Vrac, une association lyonnaise formidable, pour permettre aux publics défavorisés d'avoir accès aux aliments bio

Donner la possibilité à chacun d'avoir le choix de s'alimenter avec des produits de qualité, à prix coûtant. C'est le combat mené par l'association Vrac, fondée à Lyon par Boris Tavernier. Rencontre.
Boris Tavernier, fondateur de l'association lyonnaise Vrac : "Tous les jours, je me demande à quoi bon passer autant de temps et dépenser une telle énergie. Surtout quand on regarde l’industrie de l’agroalimentaire, les grandes surfaces, et leur monopole permanent"
Boris Tavernier, fondateur de l'association lyonnaise Vrac : "Tous les jours, je me demande à quoi bon passer autant de temps et dépenser une telle énergie. Surtout quand on regarde l’industrie de l’agroalimentaire, les grandes surfaces, et leur monopole permanent" © France 3

Boris Tavernier est le créateur de l’association « Vrac » (Vers un réseau d’achats en commun), créée en 2013, et dont l’objectif est de permettre à des gens modestes d’acheter des aliments de qualité.

En réalité, depuis début 2021, le réseau est en place. Rayonnant au niveau national, il dessert plus de 3000 foyers. « Notre action a effectivement pour but de réduire les inégalités en matière de consommation dans certains quartiers. On y enregistre une centaine de commandes mensuelles, effectuées parmi une centaine de produits bio, que l’on a repérée auprès de paysans du coin. »

Le principe est simple. Les habitants choisissent les produits et les quantités dont ils ont besoin. Dix jours après ces commandes, une épicerie éphémère est créée dans leur quartier. L’adhésion s’élève à un euro par habitant. Les produits sont ensuite vendus à prix coutants, pour les rendre accessibles.

Jouer sur les volumes pour baisser les prix

A l'origine de cette initiative, notre interlocuteur est guidé par son refus de l'injustice sociale : « Ce sont vraiment les inégalités qui m’ont poussé à créer ce réseau. Quand on habite dans les quartiers, c’est vraiment la double peine », explique Boris. « On n’a pas les moyens de consommer si on le souhaite, et, en même temps, il n’y a pas d’offre telle sur le territoire. »

Ce réseau solidaire tend à compenser ces manques, en s’appuyant sur les volumes commandés. « Plus on achète de grosses quantités, plus on arrive à obtenir des prix intéressants. Il ne s’agit pas non plus de saigner les producteurs. Il s’agit aussi de les soutenir. Mais on joue sur le coût des transports ». Le principe est pleinement vertueux.

Boris précise d’emblée qu’il n’est pas, pour autant, un "intégriste" dans son combat « La notion de choix est importante. Moi, je ne veux pas forcer les gens à manger du bio ou du local. Mais je souhaite, au moins, qu’il aient le choix » insiste-t-il.

L’autre intérêt de "Vrac" est celui de l’amélioration de la santé. « Dans les quartiers populaires, le lien n’est plus à prouver. Si on prend l’exemple de Vaulx-en-Velin, la moyenne des personnes diabétiques est 4 fois supérieure à la moyenne nationale. Et ce n’est pas dû à une volonté de mal manger. C’est vraiment lié à l’absence de possibilité » explique Boris Tavernier.

Un combattant de longue date

Ce n’est pas le premier combat mené par cet homme contre la précarité. Sa première initiative, un « café coopératif » à Lyon, date de 2004, nommé « De l’autre côté du pont » et basé à la Guillotière, un quartier du centre de Lyon.

Pour l’anecdote, Boris travaillait à l’époque pour une grande chaîne de fabriquant de jouets. Cette marque avait refusé, à cette période, de signer une charte éthique visant à protéger les enfants travaillant dans les usines en Chine. Syndicaliste, Boris s’était alors insurgé contre ce refus, et avait été poussé à quitter son entreprise. « Cela m’a permis de faire plein d’autres choses par la suite », sourit ce lyonnais d’adoption, originaire du Pas-de-Calais, dans le nord de la France.

Retour aux racines. Il a coutume de dire que ses parents, ouvriers près d’Arras, ont laissé leur santé au travail. « Ma mère était couturière. Quand on commence à bosser à 14 ans et qu’on termine avant sa retraite en étant quasiment handicapé, on peut dire qu’ils se sont bien abîmés en travaillant, je crois. »

Malgré une enfance heureuse, il a dû quitter sa région d’origine, où l’emploi se faisait plus rare, et où les perspectives de l’époque étaient nulles. De ce passé « chti », il reste encore pas mal de traces. « Je pense qu’on le ressent davantage quand on part, en fait. Cette solidarité, cette chaleur humaine typique du Pas-de-Calais, et aussi cette culture alimentaire... me manquent et j’y retourne très régulièrement avec toujours autant de plaisir » reconnaît Boris.

durée de la vidéo: 00 min 52
Boris Tavernier (Vrac) réagit à son portrait

Ces origines modestes ont guidé, toute sa vie, sa motivation. « Oui, avec toujours la même question. Pourquoi un petit nombre de personnes a tout, et pourquoi plein d’autres gens galèrent au quotidien. Le café coopératif cherchait déjà à démocratiser les bons produits. Avoir un bar avec des produits bio et locaux, mais moins chers qu’un bar classique. Cela permettait de toucher les personnes exclues de ce concept. »

Comme une sorte de revanche sur sa jeunesse modeste ? « Franchement quand j’étais enfant, je ne me rendais pas compte qu’on était pauvre. On était habillé, on mangeait à notre faim. Personne ne partait en vacances, mais on était tous pareils, donc la question ne se posait pas. De pouvoir, aujourd’hui, porter cette parole, faire avancer ces projets et obtenir une reconnaissance à la fois médiatique et institutionnelle… oui, c’est quand-même assez agréable, j'avoue » reconnaît-il.

Je pense que nos petites initiatives peuvent à la fois donner envie à d’autres de nous rejoindre dans une consommation différente. Et puis elles font quand même bouger les politiques

Un combat mené dans une société qui ne fait guère de cadeau, ce qui peut parfois être décourageant : « Tous les jours, je me demande à quoi bon passer autant de temps et dépenser une telle énergie. Surtout quand on regarde l’industrie de l’agroalimentaire, les grandes surfaces, et leur monopole permanent. Je pense alors que nos petites initiatives peuvent à la fois donner envie à d’autres de nous rejoindre dans une consommation différente. Et puis elles font quand même bouger les politiques. Ça c’est quand-même intéressant » confie cet écologiste convaincu.

Revoir l'émission Vous êtes formidables avec Boris Tavernier

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
alimentation société agriculture bio agriculture économie agro-alimentaire social à l'antenne vos rendez-vous portrait culture