Avalanche mortelle de Valfréjus : quatre gradés jugés ce jeudi après le décès de six légionnaires

Sept légionnaires ont péri dans une avalanche en Savoie en 2016, quatre gradés sont mis en cause. / © Handout / Val Frejus Tourism Office / AFP
Sept légionnaires ont péri dans une avalanche en Savoie en 2016, quatre gradés sont mis en cause. / © Handout / Val Frejus Tourism Office / AFP

Quatre militaires sont jugés jeudi et vendredi à Lyon après l'avalanche survenue en janvier 2016 à Valfréjus (Savoie), coûtant la vie à six légionnaires âgés de 21 à 33 ans. Les mis en cause sont notamment poursuivis pour homicides involontaires, la justice leur reprochant plusieurs négligences.

Par M.D. avec AFP

La formation militaire du tribunal correctionnel de Lyon va juger quatre gradés de l'armée française ces jeudi 10 et vendredi 11 octobre. Ils sont poursuivis pour homicides involontaires et blessures involontaires après le décès, en janvier 2016, de six légionnaires emportés par une avalanche à Valfréjus (Savoie).

La justice reproche aux quatre responsables de l'expédition "une connaissance insuffisante du secteur de Modane-Valfréjus", "l'absence de consultation" des guides locaux, "un manque de préparation partagée de la course en montagne" ou encore "une considérable erreur de topographie". Les gradés de la 27e brigade d'infanterie de montagne (27e BIM) mis en cause expliquaient, au lendemain des faits, que les stagiaires apprenaient le ski quand l'avalanche est survenue, le 18 janvier 2016.

Le jour du drame, 51 militaires du 2e régiment étranger de génie de Saint-Christol (Vaucluse) participaient à une sortie à ski de randonnée dans le cadre d'un stage. "De toute façon, face à une avalanche d'une telle ampleur, un skieur débutant ou aguerri est logé à la même enseigne", estimait un gradé peu après cette avalanche qui a coûté la vie à six légionnaires : un Albanais, un Malgache naturalisé Français, un Italien, un Moldave, un Népalais et un Hongrois, décédé une semaine plus tard des suites de ses blessures.

Cette grosse coulée de 400 mètres de large sur 300 mètres de dénivelé, partie au-dessus du groupe, avait emporté 18 soldats, en tuant cinq sur le coup. Âgés de 21 à 33 ans, ils devaient partir en mission au Tchad, au Mali et en Centrafrique. Sept autres soldats ont été blessés.

 

Trop risqué ?


C'est un des bilans les plus meurtriers de ces dernières années en montagne, survenu dans un régiment déjà endeuillé en février 2012 à Valloire (Savoie), où une avalanche avait emporté cinq légionnaires dont un Polonais, décédé.

En janvier 2016, le procureur d'Albertville avait ouvert une enquête aux fins de recherche des causes de la mort et des blessures. Le cas de Valfréjus relevant de l'accident du travail, la transmission au parquet militaire de Lyon devait se faire en cas d'émergence d'une éventuelle infraction pénale.
 

Le jour des faits, Météo-France affichait un risque d'avalanche "marqué" de 3 sur une échelle de 5, notamment dans le type de pente raide où le groupe s'était engagé, sous le col du Petit Argentier (2.599 mètres).

"Il s'agit de gradés qui ont commis un certain nombre d'imprudences techniques mais qui avaient aussi une certaine conception de la discipline, une conception un peu caricaturale", avait estimé en septembre l'avocat de deux soldats blessés, parties civiles, Me Jean-Michel Quillardet.

 

Itinéraire "suicidaire"


L'Association nationale pour l'étude de la neige et des avalanches (Anena), au conseil d'administration de laquelle siège de droit la 27e BIM, avait diffusé un message de prudence trois jours avant le drame. Sur Facebook, l'alerte avait été vue 200.000 fois.

Le vent avait accumulé de fortes quantités de neige dans la combe raide, en face nord, où allait s'engager la colonne de soldats, et le nombre de skieurs était un facteur de risque supplémentaire.
 

Initialement, les légionnaires devaient emprunter un itinéraire beaucoup moins exposé mais le programme avait changé. De nombreux professionnels de la montagne se sont interrogés sur la responsabilité de l'armée dans le choix de cet itinéraire, qualifié de "suicidaire" par plusieurs d'entre eux.

"Ces faits ont eu un profond retentissement au sein de la Légion", a déclaré l'avocat de deux militaires mis en cause, Me Julien Pinelli, qui a par ailleurs dénoncé des "poursuites infondées" à l'encontre de ses clients qui n'étaient "pas en charge du suivi du parcours".

 

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