Témoignage. "Je suis atterré par l’état de nos montagnes", Mathieu Navillod lance "une bouteille à la mer" pour réveiller le grand public

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Très engagé pour l’environnement, il a créé avec d’autres sportifs de haut niveau l'association « Une bouteille à la mer ». ©France 3 Auvergne-Rhône-Alpes

Mathieu Navillod est un ancien de l’équipe de France de ski de bosses. Aujourd’hui encore, il passe son temps en montagne. Fan de pêche, il est atterré par la pollution des cours d’eau et les tonnes de déchets que l’on retrouve dans la nature. Le jeune homme de Bourg-Saint-Maurice lance "Une bouteille à la mer", une association qui vise à sensibiliser le grand public à la protection des écosystèmes.

Membre de l’équipe de France de ski freestyle pendant six ans, Mathieu Navillod a délaissé les stades de bosses pour les pentes vierges. Il passe son temps en montagne. Quelle que soit la saison, cet amoureux de la nature, court, glisse, vole, roule sur les reliefs de la vallée de la Tarentaise.

Fan de pêche, il est atterré par la pollution des cours d’eau et les tonnes de déchets que l’on retrouve dans la nature, le jeune homme de Bourg-Saint-Maurice, très engagé pour l’environnement, a créé avec d’autres sportifs de haut niveau "Une bouteille à la mer", une association qui vise à sensibiliser le grand public à la protection des écosystèmes naturels et à orienter les marques du secteur de l’outdoor vers des comportements et des produits plus écoresponsables.

L’ancien sportif de haut niveau participe aujourd'hui à des tournages de films où il brille par sa maîtrise des figures aériennes et sa lecture du terrain. "Être skieur professionnel aujourd’hui pour moi, cela signifie être financé par un ou plusieurs sponsors" explique l’athlète. "Cela consiste à faire de la vidéo, de la photo et à se rendre disponible pour faire des tests ou être conseiller technique."

Originaire de Tignes, le jeune homme habite désormais à Bourg-Saint-Maurice. "La Haute-Tarentaise et particulièrement Bourg-Saint-Maurice est un super terrain de jeu puisqu’en sortant de la maison, si je veux pratiquer le parapente, je vais sur les hauteurs où il y a une très belle aérologie, si je veux courir ou faire du vélo, il y a beaucoup de sentiers praticables, si je veux pêcher entre les lacs et les cours d’eau, il y a de quoi faire, si je veux grimper ou skier en altitude, on est proche de l’Aiguille des glaciers, le sud du Mont-blanc, du Beaufortain et du massif de la Vanoise. Ce sont des endroits plutôt préservés.  J’aime y observer la faune, la flore. Quand je me promène, j’ai souvent une paire de jumelles pour regarder les bouquetins, les chamois. En faisant attention, on trouve quelques aigles, des vautours venus du sud et un des animaux emblématiques du coin, le gypaète."

Une montagne dont l’état se dégrade

Parcourant les alpages et les sommets pour assouvir son goût pour les grands espaces, Mathieu a vu la montagne se transformer sous l’effet du dérèglement climatique. "J’ai 33 ans et depuis que je suis tout petit, cet univers a beaucoup changé. Certains glaciers fondent, disparaissent ou ont disparu. Nous ne pouvons presque plus aller skier l’été sur les glaciers, et en alpinisme, nous sommes obligés d’être très vigilants, car il y a beaucoup d’éboulements : cela joue beaucoup sur nos activités de montagnards."

Grand adepte de la pêche à la ligne "no kill", ce savoyard a eu un déclic en observant les cours d’eau de sa région. "L’état de nos rivières est plutôt catastrophique avec de nombreux déchets et toute la faune est impactée. Nous sommes en station, à proximité des sources de nos rivières, et nous ne les respectons pas. Mes parents, mes grands-parents et mon entourage m’ont toujours sensibilisé à la protection de l’environnement. Aussi, j'ai créé avec des amis du milieu de l’outdoor une association qui s’appelle Une bouteille à la mer pour faire de l’éducation et de la sensibilisation autour d’une cause qui nous touche, le respect de l’environnement."

La première action de ce collectif a eu lieu en 2019. Mathieu Navillod a organisé une séance photo dans une grande déchetterie du sud de la France et il a demandé, avec le célèbre photographe Dom Daher, à de grands noms du sport de poser en train de grimper, de courir, de rouler, de glisser sur des amas de bouteilles, de canettes, de plastiques ou de métaux compactés. L’idée de ces sportifs de haut-niveau était de montrer ce que pourrait être le cadre cauchemardesque de leur pratique et de leur environnement s’il n’y avait pas de prise de conscience et de réaction. La campagne où l’on retrouvait le coureur Kilian Jornet, la championne d’escalade Liv Sansoz, le champion olympique de skicross Jean-Frédéric Chapuis ou l’apnéiste Stéphane Tourreau a eu un grand retentissement.

Influencer les marques de l’outdoor

Au-delà de ces opérations de communication, l’objectif de ce groupe est de travailler main dans la main avec les grands noms de l’outdoor pour diminuer leur empreinte carbone et leurs volumes de déchets. "Notre volonté n’était pas de dire aux gens arrêter de jeter vos déchets dans la nature parce qu’il y en a de moins en moins et que ce sont des cas très isolés, mais de participer au changement afin de créer moins de déchets", explique Mathieu. "C’est pourquoi on travaille avec des marques, nos sponsors, pour générer moins de déchets ou des déchets qui seront plus facilement réutilisables ou transformables.

On a la chance d’avoir des super porte-paroles avec des sportifs et des sportives réputés. Les marques sont à l’écoute quand un ou une athlète de leur rang vient mettre une problématique sur la table. On a trouvé de jolis leviers à travers l’image, le sport et le sportif et cela marche. On échange avec elles sur ce qu’elles ont mis en place, sur ce qui fonctionne, sur les mauvaises pratiques, sur les points où elles se sont cassé les dents… On partage et cela avance plutôt bien. On travaille avec ces entreprises dans toutes les directions, que cela soit sur des matériaux plus propres ou qui vont être ou réutilisables, sur les quantités, sur les transports : on peut et on doit à peu près tout changer. Cela me plait : c’est une belle et grande mission."

Sauvegarder la faune l’hiver

À côté de cette association qu’il préside, Mathieu travaille également avec le Parc de la Vanoise pour sensibiliser les visiteurs à la fragilité de cet environnement et au bien-être de la faune qui y réside. Avec un de ses amis de la vallée des Belleville, Fabien Maierhofer, le skieur a réalisé une vidéo sur les bons comportements à adopter pour éviter de déranger les tétras-lyres, les chamois, les bouquetins ou autres cervidés. "Il y a un paquet de choses à faire, détaille-t-il, notamment respecter les zones de quiétude qui sont créées dans les parcs nationaux et aux abords des stations, rester à bonne distance, laisser les animaux s’éloigner si on arrive sur leurs territoires et ne pas s’amuser à les photographier de trop près."

Dans cette vidéo, avec son acolyte, il n’a pas hésité à se costumer et se mettre en scène. "J’essaye de privilégier le sourire et la rigolade dans les contenus qu’on propose, car c’est un sujet qui est assez grave. Il ne faut pas culpabiliser les gens, mais les amener à s’intéresser le plus possible à ces problématiques. Aujourd’hui, on n’a plus le choix. On aura plus d’énergie à relever ce défi avec un gros sourire qu’en l’abordant de manière triste et fataliste."

Pour ce moniteur de ski, formateur pour la Fédération française de ski, c’est tout naturel de s’investir ainsi : "J’ai eu la chance de grandir dans un environnement génial qui m’a tout apporté. Aujourd’hui, je me dois de respecter cet endroit pour que cela puisse continuer pour les autres."

>> Les trois antennes de France 3 Auvergne-Rhône-Alpes mettent au cœur de leur programmation la protection de la montagne et de ses écosystèmes, beaux mais fragiles. #PréserveTaMontagne, un sujet d’actualité, une question majeure vu que deux tiers de la région se situe en zone montagne et que la région est à cheval sur les Alpes, le Massif central et le Jura.