Coronavirus. En Savoie, chroniques d'un confinement d'en haut : "Poisson d'avril" - 16e jour

Laurent Guillaume, présentateur du Magazine de la Montagne depuis plus de 20 ans, propose tous les jours ses "chroniques d’en haut" en attendant la fin du confinement. Il raconte avec authenticité et parfois humour le quotidien des habitants de sa vallée et porte un regard décalé sur l’actualité.
© Laurent Guillaume / FTV
C’est à Valloire, commune située en Maurienne (Savoie) que Laurent Guillaume passe cette période de confinement, dans un hameau perdu situé à 1 700 mètres au dessus de la station. Ici, l’isolement est dans la nature des choses. 

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Non, je vous rassure, je n’ai aucunement l’intention de faire une blague pourrie en ce premier avril, l’un des rares à ne donner envie de rigoler à personne. Je vais plutôt essayer de vous raconter des choses vraies, vérifiables, comme par exemple les premiers sifflements de marmottes dans la montagne ce matin, ou l’obligation d’acheter un cubi de rosé d’Anjou au supermarché plutôt que mon rosé de Provence, signe que la pénurie guette, ou que les gens sont tellement désabusés qu’ils se déboitent tous les jours avec le même rosé que moi au point de créer une rupture temporaire. Alors pour éviter toute autre mauvaise blague, je décide de filer sur les réseaux sociaux plutôt que sur les chaînes infos, histoire de changer de son de cloche, cloche étant, dans la plupart des cas vous allez voir, le mot approprié. 

Le règne du Selfie consiste à trouver normal de mettre sa face au premier plan devant une œuvre d’art universelle.

Ca faisait longtemps que je n’avais pas lu les commentaires qui suivent les sujets d’actualité publiés sur les réseaux asociaux. Je les ai toujours appelés ainsi parce que je ne vois rien de social à favoriser la diffusion de la haine et de la bêtise crasse, sans autre filtre que l’égo surdimensionné de chaque type qui sait utiliser un clavier planqué sur son canapé. Pour couper court à tout commentaire désobligeant : oui, j’y participe, et je suis en train, précisément, de faire la même chose. Avec une différence cependant : j’évite autant que possible d’ouvrir ma bouche sur des sujets auxquels je ne connais strictement rien. Je me contente le plus souvent d’observer l’agitation du monde et de vous en proposer une vision, si possible amusante, parfois cynique, mais toujours décalée. En fait, je sais que je ne sais pas, à défaut d’être une qualité c’est au moins une forme de lucidité. 

Revenons aux commentaires lus sur les réseaux sociaux, d’autant plus nombreux que la plupart des gens n’ont, en ce moment, que ça à foutre. Facebook ne m’a jamais déçu. Ils étaient tous là ! Les bigots du « Pauvre France », qui voient en cette période de pénitence l’avènement du cinquième cavalier de l’Apocalypse ; les Maniaques du Complot - de grands habitués ceux-là - qui se demandent comment le virus a pu faire le tour de la Terre puisqu’elle est plate ; les Macronphobes Compulsifs, qui lui mettent tout sur le dos jusqu’à la météo fraîche du moment ;  les légalistes béats, qui sont d’accord avec tout ce que fait le gouvernement par principe et parce que c’est comme ça ; et les cons, de loin les plus nombreux, puisque chacune de ces catégories considère que l’autre en fait partie. Le règne du Selfie, qui consiste à trouver normal de mettre sa face au premier plan devant une œuvre d’art universelle, c’est aussi l’avènement du ben-pourquoi-pas-moi, permettant à chacun d’avoir bien plus que son quart d’heure de gloire : une éternité de stupidité. 

Jamais je n’aurais pensé que la France compte autant de virologues, d’épidémiologistes, de pharmaciens, de médecins, de gestionnaires de crise, de scientifiques spécialistes des infections,  d’historiens des pandémies au moyen âge, de microbiologistes.

Voilà où je voulais en venir : le Professeur Raoult, et son traitement qu’on espère efficace, malgré la polémique sur le pourquoi du comment. Ouh là là, sujet glissant… ! N’ayant pas la moindre compétence médicale, je n’ai rien d’autre à faire que d’écouter, de lire, d’essayer de m’informer sur le sujet, en croisant des points de vue différents, pour me constituer sinon une opinion, au moins : un éventail d’informations suffisamment large pour avoir une vue relativement globale sur le pour et le contre, et, autant l’avouer, pour finir sur un j’en sais rien assez déprimant, mais qui a le mérite de l’honnêteté. En fait, je n’ai aucune compétence me permettant d’avoir un avis tranché sur ses travaux. Je trouve juste qu'il ressemble à Rahan, en plus vieux, ce qui, vous en conviendrez, est à la fois un fait objectif, et une information vérifiable dont on se fout complètement. C’est là que le web ne me déçoit jamais. A lire la plupart des commentaires éclairés au Pastis et les conseils avisés à vue de nez : jamais je n’aurais pensé que la France compte autant de virologues, d’épidémiologistes, de pharmaciens, de médecins, de gestionnaires de crise, de scientifiques spécialistes des infections,  d’historiens des pandémies au moyen âge, de microbiologistes. Comment expliquer qu’avec une si précieuse réserve sanitaire, on manque encore de main d’œuvre dans nos hôpitaux. Là est le vrai scandale… !

Finalement, vu que je n’arrive pas à connaitre la vérité, autant s’adonner, en ce premier avril, au seul moment où l’on peut dire tout et n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Il suffit d’ajouter « Poisson d’avril ! » à la fin. Ça justifie n’importe quelle connerie. 

A suivre...

*L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
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