Procès de Nordahl Lelandais : la personnalité de l'ex maître-chien au coeur des débats de la première journée

Le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre d'Arthur Noyer en 2017 s'est ouvert devant la cour d'assises de la Savoie ce lundi 3 mai. En cette première journée d'audience, l'examen de la personnalité de l'accusé a été au coeur des débats.

Nordahl Lelandais est jugé à partir du 3 mai 2021 devant les assises de la Savoie pour le meurtre du caporal Arthur Noyer.
Nordahl Lelandais est jugé à partir du 3 mai 2021 devant les assises de la Savoie pour le meurtre du caporal Arthur Noyer. © Christophe Busti / France Télévisions

"Doux et non violent" pour sa mère, "caractériel" pour son frère, "peu loquace" selon son père. La première journée d’audience s’est attachée à faire la lumière sur un homme "discret" et "assez secret". En chemise bleue et pantalon beige, Nordahl Lelandais comparaissait pour la première fois devant les assises de la Savoie lundi 3 mai.

"J’ai donné la mort à Arthur Noyer sans le vouloir. J’ai jamais voulu donner la mort", a d’emblée reconnu l’accusé après la synthèse de l’affaire. La famille d’Arthur Noyer, chasseur alpin de 23 ans, était assise au premier rang dans la salle des assises. La mère, le père et le frère du jeune militaire ont emporté avec eux une photo de lui, souriant, faisant face au box des accusés.

 

"Une vie normale" ?

Après avoir ordonné la nullité d'un rapport d'expertise psychiatrique, accédant ainsi à la demande formulée par la défense de Nordahl Lelandais, la cour s'est intéressée cet après-midi à la personnalité de l'accusé et à son parcours. Un parcours décrit comme "normal", "sans difficulté majeure" durant l'enfance et l'adolescence. Puis marqué à l'âge adulte par une instabilité professionnelle et sentimentale. 

Interrogé sur sa vie intime, Nordahl Lelandais dit avoir eu "une dizaine" de relations amoureuses "depuis toujours", et se souvient d'une femme en particulier qu'il a "beaucoup aimée". Après une rupture douloureuse, il décrit une descente aux enfers.

En 2017, l'année du meurtre, alors qu'il voit ses amis se mettre en couple et avoir des enfants, lui vit chez ses parents, sans travail ni petite amie. Il se met à consommer de la cocaïne - "une quinzaine, une vingtaine" de prises par jour - et de l'alcool. 

"Quand vous arrivez à une certaine stabilité sentimentale, vous bossez. Avec un certain poil dans la main, il faut le reconnaître. Mais vous avez une vie normale", insiste son avocat, Maître Jakubowicz, en s'adressant à son client.

 

"Maman, je vais dire la vérité"

A la barre, la mère de l'accusé témoigne : "C'était un enfant désiré, normal, doux, gentil". "Ce qu'il s'est passé par rapport à Arthur, je ne l'ai pas vu venir", reconnaît la septuagénaire. Puis elle s'adresse à son fils : "Je te demande Nordahl de dire toute la vérité, pour les parents d'Arthur".

"Maman je vais dire la vérité, tu me l'as déjà demandé plusieurs fois", répond Nordahl Lelandais, avant de présenter ses excuses aux proches d'Arthur Noyer. "Je n'imagine même pas à quel point ils sont peinés. Je n'arrive pas à les fixer (...) Ce matin quand je suis rentré dans le box, j'ai vu le portrait d'Arthur, ça m'a fait quelque chose".

 

"Une boule puante"

Puis les auditions de témoins se succèdent, brossant le portrait d'un personnage difficile à cerner. "Un frère protecteur" selon sa demie-soeur, "une boule puante" qu'il fallait éviter de faire exploser, aux yeux d'un supérieur hiérarchique à l'armée de terre qu'il avait rejoint en 2002 - avant d'en être réformé pour infirmité après avoir reçu "une fléchette dans l'oeil". 

L'un des témoignages marquants de la journée a été celui de l'aumônier de la prison de Saint-Quentin-Fallavier. A la barre, le sexagénaire, qui a rendu visite au suspect plusieurs fois durant sa détention, raconte "l’évolution de Nordahl" qui l'a conduit aux aveux en mars 2018. "J’ai vu sa conscience se déverrouiller petit à petit. Je me souviens de cette rencontre, face à face, essayant de soutenir votre visage avec vos mains, et après un très long moment de silence, vos larmes se sont mises à couler en abondance. Là je me suis dit que Nordahl avait retrouvé ce trait d’humanité qui le reliait encore à la société des hommes".

Puis il exhorte l'accusé à donner "toutes les circonstances de la mort d’Arthur. Peut-être que cette vérité que vous seul possédez sera un moyen d’apaiser ces douleurs."

 

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