Saint-Jean-de-Maurienne fête sa Libération, 70 ans après

Le 2 septembre 1944, la Résistance libérait Saint-Jean-de-Maurienne, au grand soulagement des habitants victimes des dégâts occasionnés par l'armée allemande en déroute. Ce 2 septembre 2014, les habitants de Saint-Jean fêtaient l'événement. 

© J. Duc

Ces fameuses journées de septembre 1944, Joseph Duc s'en souvient bien. Il n'était pas bien grand à l'époque. Mais la peur, puis la joie, ont imprégné sa mémoire d'enfant. A tout jamais.

   >>> Reportage Cédric Picaud et Dominique Semet

durée de la vidéo: 01 min 41
Libération de St Jean de Maurienne


Le film des évènements

Août 1944
L'occupant veut se maintenir en Maurienne «vallée maudite, hantée par les maquisards» pour garder le lien avec l'Italie du Nord. Des formations d’élite, empruntées aux SS de la 90ème Panzer rattachées à l’Afrika Korps du Maréchal Rommel sont justement dépêchées d'Italie. De furieux combats se déroulent dans la vallée entre les soldats allemands et les F.T.P (Francs Tireurs et Partisans Français).

Le 23 Août 1944
Dans l’après-midi, les habitants de Villargondran voient s’embraser en quelques minutes, en face d’eux, le village de Villarclément. Le soir, vers dix-neuf heures trente, ce sera leur tour. L’abbé Rechu, ancien prisonnier du sinistre camp de Rawa Ruska, implore la clémence des soldats allemands et se propose comme otage. En vain. Alimentées par le foin entassé dans les granges, les flammes gagnent rapidement. Au bout d’une demie-heure, le chef-lieu et les Anciennes Resses ne sont plus qu’un immense brasier. Ramassant à la hâte leur argent, quelque objets et vêtements, les habitants de Villargondran (hommes, femmes et enfants) s’enfuient dans la nuit qui commence à tomber et se réfugient dans la forêt, aux Villards ou à Albiez le Jeune.

Le 24 Août 1944
Dès l’aube, les gens reviennent à leur maison, les uns pour constater que le feu l’a épargnée, d’autres pour pleurer près des ruines de ce qui fut leur foyer. Des foyers d’incendie persisteront encore plusieurs jours. 40 foyers sont sinistrés totalement au chef-lieu ; 18 propriétaires d’Albiez ont perdu leur cellier. Plus de la moitié du village a été anéantie. Au Reisses, 26 foyers sont anéantis, auxquels viendront s’ajouter les huit autres foyers brûlés le 2 Septembre. Deux propriétaires d’Albanne ont perdu leur cellier. Au total 250 personnes sans abri et sans ressources. Les sinistrés trouvèrent leur premier secours chez leurs voisins épargnés. Une soupe populaire est installée aux Villards et chacun attend dans l’anxiété la fin du cauchemar. Les occupants en retraite, pour décharger leur voiture trop pleine, avaient abandonné des sacs de farine le long de la route. Ces balles de farine furent récupérées,  et le boulanger en fit du pain pour nos sinistrés.

Le 29 Août 1944
La deuxième compagnie de l’Armée Secrète, renforcée de quelques éléments de la compagnie «Stéphane», arrive de l’Isère par les cols du Glandon et de la Croix de Fer et, attaque à partir des Villards et du chef-lieu. Un jeune maquisard est tué. Le lendemain soir, un déserteur de l’armée allemande, qui a rejoint les troupes de la résistance, s’installe avec son fusil mitrailleur dans l’ancien cimetière, au pied du clocher. Il tirera toute la nuit, et sera tué à l’aube par des obus allemands qui endommageront gravement le clocher et l’église. Plus de deux cents coups de canon seront tirés par cette batterie ennemie des Plans sur cette compagnie dans la forêt de Villargondran et dans la gorge du Rieu.
Le va et vient routier s’intensifie. Les Afrika-Korps sont chargés de protéger la retraite et de tout détruire derrière eux. Pour cela, les mulets sont réquisitionnés de force. Sur la route, des convois hippomobiles se suivent. Ce sont les attelages réquisitionnés dans la basse Maurienne. Les vainqueurs d’hier les suivent à pied ou en bicyclette. Aux côtés des allemands, à St Jean, les «Miliciens» de triste mémoire.

Le 1er Septembre 1944
Un conseil de guerre se tient au Villard, avec le lieutenant Bernardy, dit Michel, commandant la 2ème Cie d’A.S. de St Jean, et ses adjoints, les lieutenants Barriai et Jacob, l’adjudant Truchet, et le capitaine Stéphane accouru en renfort avec son bataillon du Grésivaudan. C’est lui qui va bousculer les conseils de prudence que dictaient au lieutenant Bernardy et au Capitaine Gerlotto la férocité de l’adversaire et la peur de représailles sur les villages voisins qui avaient déjà tant souffert.
Ordre est donné d’évacuer Villargondran. A la nuit tombante, sur tous les sentiers, divers groupes guidés par les jeunes du pays, s'en vont occuper leurs positions, 250 hommes bien armés, depuis le Replat jusqu’aux ruines du Château de la Garde. Les sections Barriai et Jacob gardent la Route Nationale. Les sections Stéphane occupent l’arête du Château de la Garde et les environs. D’autres groupes sont éparpillés à travers les vignes. Et la Maison Blanche deviendra un poste de secours. 

Le 2 Septembre 1944 à 6 heures
Un coup de revolver donne le signal d’ouvrir le feu. La bataille commence, et la riposte allemande ne se fait pas attendre. Des pièces de 150 et 77, des mortiers, sont mis en position vers les fermes Tétaz et derrière le passage à niveau. L’un des premiers obus est pour le clocher. La détonation fit tinter les cloches, mais seul, un pan de mur fut endommagé. Plus de 200 coups furent tirés sur Villargondran, à travers la forêt, même jusqu’à Albiez. Vers midi, une section du capitaine Stéphane, après avoir été copieusement arrosée d’obus, doit se replier vers le Goléron. Le bruit se répand que les Allemands montent vers Villargondran. Un sauve-qui-peut général se déclenche vers Albiez. Les Reisses d’En-bas flambent. Les allemands y ont mis le feu avec leurs balles incendiaires. A quelques heures de la libération, 9 nouveaux foyers viennent s’ajouter à la liste déjà longue des sinistrés. 
Vers cinq heures, sonnent les cloches de St Jean, puis celles de Fontcouverte. C'est la libération ! Deux FFI l'ont payé de leur vie.

Source : Mairie de Villargondran/Bulletins paroissiaux/J. Duc


La compagnie Stéphane

« Stéphane » était le nom de résistant du capitaine Étienne Poitau. Né en 1919, amoureux de la montagne, il choisit le 159ème RIA de Briançon après sa formation à St Cyr. A 21 ans, le 2 juin 1940 dans la Somme, il prend la tête d'une compagnie qui vient de perdre son capitaine. Après la défaite, il fonde une "compagnie franche" dans le Dauphiné. A son actif 69 actions de guerre entre juin et août 1944. La compagnie ne comptera que 12 tués sur 136 hommes. C'est cette formation qui sera le noyau du 15ème BCA reconstitué. Le capitaine Poitau sera tué le 4 avril 1952 au cours d'une embuscade dans le Nord du Vietnam.
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