Ski : Pass sanitaire ou pas ? Entre l’Italie et la Suisse, une ouverture des pistes à deux vitesses

Samedi dernier, c’était le grand retour des skieurs sur « plateau Rosa », le sommet du domaine skiable commun entre Italie et Suisse. Une avant-première des difficultés qu’auront bientôt à affronter leurs homologues franco-suisse, confrontées à des modalités d’accès aux remontées mécaniques toujours aux antipodes d'un pays à l’autre.

« Superbe cette neige » !; « C’est un grand bonheur de retrouver les belles pistes de la vallée d’Aoste »…Ces réactions de skieurs euphoriques, qui font chaque hiver à pareille époque l’ouverture des « TG » (des Journaux télévisés) italiens datent d’il y a 2 ans. L’an dernier, à la mi-octobre c’est l’image de l’assaut de 2000 skieurs à la queue leu leu ou compressés dans la benne du téléphérique montant à plus de 3000 mètres d’altitude en pleine pandémie de Covid qui avait fait la Une… et la polémique.

Car dans les sacs à dos des premiers skieurs de la saison, montés de Milan ou de Turin, le virus avait ensuite commencé son œuvre d’infection dans la petite vallée francophone. La touchant au point d’en faire l’une des dernières régions italiennes à sortir des restrictions sanitaires au printemps suivant.

Samedi dernier, l’image qu’aucun media ne voulait manquer, ce n’était pas tant les images des skieurs en pleine extase sur les pistes enfin retrouvées du domaine italo-suisse. Mais plutôt celles des personnels de Cervinia ou des forces de police contrôlant le pass sanitaire des candidats à la montée dans le téléphérique s’envolant vers les sommets.

Réservations du forfait en ligne et « green pass » obligatoires

« Je suis plutôt satisfait de la façon dont s’est passée cette ouverture », expliquait samedi soir à nos confrères du TGR de la Rai vallée d’Aoste, Herbert Tovagliari, le patron de la Cervino Spa, la société des remontées mécaniques de Cervinia. « On peut dire que notre clientèle a globalement joué le jeu, en aidant les membres de notre personnel et les forces de l’ordre a contrôler leurs pass sanitaires et pièces d’identité rapidement. Tous ou presque l’avaient à portée de main. Ce qui a aidé la queue à rester fluide et avec la distanciation adéquate ».

Un soupir de soulagement vraisemblablement partagé par l’ensemble du monde du ski italien. Car il n’est un secret pour personne de dire que des conditions d’ouverture du plus précoce des domaines skiables italiens, dépendront les règles prochaines édictées par le gouvernement de Rome pour ouvrir début décembre, l’ensemble du grand « cirque blanc » transalpin.

Aux caisses comme à l’entrée des remontées : une révolution est passée en un an

Alors, à Cervinia, pour ce premier week-end d’ouverture, on avait mis toutes les chances de son côté pour ne pas rééditer la faillite sanitaire de l’ouverture de la saison 2020-2021. « Rien à voir avec ce qui s’est passé aux caisses l’an dernier » poursuivait le patron de la station. « Chacun a pu constater la parfaite garantie sanitaire apportée à nos clients comme à notre personnel ». Pour en arriver à ce résultat, le cadre choisi était plutôt rigide : achat des forfaits en ligne obligatoire, accès aux remontées exclusivement réservée aux porteurs de pass sanitaire, et de documents d’identité en cours de validité (excepté pour les mineurs de moins de 12 ans)… et enfin, port obligatoire d’un masque chirurgical ou FFP2 et porté correctement sur la bouche et le nez. Quelle différence par rapport à l’ouverture de la station en 2020 ! En un an, une révolution culturelle semble être passée par les caisses et les accès aux remontées mécaniques de la station italienne.

Policiers, carabiniers, garde des finances : un déploiement de force inédit

La contrepartie, c’est l’importance des moyens employés pour encadrer ce premier retour au ski après une année d’interruption. Personnel de la station, policiers (municipaux ou nationaux), carabiniers, « finanzieri », un déploiement de force qui contrastait singulièrement avec la légèreté du cadre fixé côté Suisse du domaine skiable. « Sur nos domaines binationaux » déclarait il y a quelques jours Hans Wicki, le président de l’association des stations helvètes, « lorsque le pass sanitaire sera demandé pour skier sur le domaine non suisse, la responsabilité du contrôle ne pourra être imputé à la commune suisse ». Une règle du « laisser-passer/laisser faire », qui valait déjà l’hiver dernier, lorsque la Suisse restait le seul pays riverain de l’Italie et la France a laisser ses stations ouvrir… Et qui a repris du service dès le week-end dernier.

Ainsi, lorsque l’on se livrait à des contrôles massifs côté Cervinia, du côté de Zermatt, on laissait les skieurs accéder aux remontées même sans pass- sanitaire, avec pour seule obligation de porter un masque et de respecter un minimum de gestes barrières. Un « deux poids-deux mesures » sur le même domaine skiable qui n’est pas sans poser question quand on sait que le taux de vaccination de la population suisse peine à atteindre les 60 %, lorsque la France et l’Italie fleurtent avec les 80% !

Quid des conditions d’ouvertures des domaines skiables « helvéto-européens » ?

Autant de questions, qui  sont en cours de réflexion dans tous les domaines skiables « helvéto-européens » des alpes. « Pour l’heure, ce que l’on nous a assuré au gouvernement, c’est que l’on ouvrirait bien », se contente-t-on de lâcher dans la station haut-savoyarde des « Gets », l’une des entrées du maxi-domaine skiable franco-suisse des « Portes du Soleil ».  « La RTS (Radio Télévision Suisse) est même venue faire un sujet lundi dernier pour nous demander comment on allait s’y prendre pour ouvrir », explique Chrystelle Felisaz, la chargée de communication de la station. « En l’absence de directives sanitaires officielles venues d’en haut, nos responsables ne peuvent que répondre que nous sommes prêts à tous les scénarios ». « Comme je suis d’un naturel optimiste » tempère aussitôt Benoît Cloirec, le directeur du domaine franco-suisse, « je dirais plutôt que tous les voyants semblent au vert. En termes de réservation, notamment. Ce qui nous met du baume au cœur. Mais l’expérience de la pandémie nous enseigne que tout peut changer très vite ».

«Si l’on devait démarrer aujourd’hui », poursuit-il, « ce serait sans contrôles de pass sanitaires, aussi bien dans nos stations françaises, qu’à l’embarquement sur les remontées mécaniques côté suisse ».

Aucune obligation légale, en effet, n’a pour l’heure été promulguée par l’un ou l’autre des gouvernements. Là où la situation se complique, c’est quand on demande aux autorités des deux pays de se prononcer. « Le vent tourne vite en la matière. Il y a 2 semaines, quand vous demandiez aux autorités françaises s’il faudrait un pass sanitaire pour skier l’hiver prochain, on vous disait : « bien sûr que non » ! Et en Suisse : « bien sûr que oui » ! La même question, il y a 3 jours donnait : en France : Oui, au pass, et en Suisse : Non », conclut le directeur dans l’impasse des relations franco-suisses !

Et si l’Italie inventait un « ski-pass… sanitaire » ?

A la lumière de son expérience du week-end passé, le patron de Cervinia, lui, préfère prendre les devants et miser sur ses propres forces. Loin d’espérer un assouplissement des règles prochainement fixées par son gouvernement romain pour la saison d’hiver, il préfère se préparer à une saison d’hiver encore compliquée à vivre.
« En prévision de l’ouverture de tout le domaine de Cervinia, nous sommes déjà en train de chercher de nouvelles solutions pour accélérer la vitesse des contrôles de pass sanitaires à nos remontées », expliquait-il dans une interview à nos confrères du journal La Repubblica. « On cherche des solutions techniques avec notre fournisseur de guichet automatique pour les forfaits. Mais il nous manque encore des indications claires de la part des autorités compétentes pour fixer le cadre légal de leur utilisation. On espère qu’elles arriveront avant Noël, lorsque la fréquentation de la station sera à son pic ».
 

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