Chevaux comtois : dans le Doubs, un passionné valorise la traction animale et veut la faire reconnaître comme une énergie renouvelable

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Le travail de la terre avec les chevaux comtois, c'est une évidence pour Jean-Louis Cannelle. Depuis 1998, il propose des formations au travail et au guidage de ces animaux, emblématiques de la Franche-Comté.

Le jour de ma rencontre avec Jean-Louis Cannelle à Villers-sous-Chalamont (Doubs), il fallait être matinal. Car c'est à l'aube, au lever du soleil précisément, que le solide gaillard, chapeau vissé sur la tête m'a donné rendez-vous.

Les chevaux comtois, le travail de la terre, la nature et le soleil levant ne font qu'un. C'est une harmonie. Valoriser le travail avec les Comtois, c'est montrer l'intégralité de cette harmonie, soleil compris.

Jean-Louis Cannelle, fondateur du Centre Européen de Ressources et de Recherches en Traction Animale

L'homme a toujours vécu au contact des chevaux, et pour cause. Installé à Villers-sous-Chalamont, juste à côté de Levier, il est situé en plein cœur d'une terre presque intégralement vouée aux Comtois.

En 1998, Jean-Louis y crée le centre Européen de ressources et de recherches en traction animale, le CERRTA. Une structure qui dispense des stages de débardage, d'attelage et même de maréchalerie.

Mais ce qui m'intéresse particulièrement ce jour-là, c'est l'apprentissage du métier de meneur. 

Le meneur est celui qui va diriger le cheval, à la voix et aux guides (les longues rennes) pour mener le cheval là où il le souhaite, et avec précision, lors du travail de la terre. Une mission qui peut paraître simple mais qui nécessite une vraie complicité entre l'homme et l'animal.

Passionné par les chevaux depuis l'enfance, je ne résiste pas à l'envie de demander les commandes du cheval à Jean-Louis. Lequel, en bon pédagogue n'hésite pas une seconde.

En traction animale, on ne parle pas de rênes pour conduire le cheval, mais plutôt de guides. Prends les en mains, avec douceur et accompagne avec la voix, tu vas voir, ça n'est pas si compliqué.

Jean-Louis Cannelle

Timidement, j'exécute les consignes du maître. Non sans être impressionné par la précision de l'imposant Comtois qui marche devant moi. Je ne perds pas pour autant mon objectif : déplacer un long tronc d'épicéa sur un parcours chaotique, parsemé de divers obstacles.

Au fil des cônes renversés, je mesure l'importance de la douceur et de la délicatesse qu'il faut avoir avec cet animal majestueux. Je prends aussi conscience de la nécessité de bien me placer à l'extérieur du virage effectué par le cheval, et de l'importance de l'anticipation. La conduite d'un cheval de traction ne s'improvise pas, elle s'apprend, à grand renfort de motivation, de passion et de patience.

Lors du débardage en forêt, le cheval ne doit toucher aucun obstacle pour ne pas se blesser, et le bois débardé ne doit pas frotter les arbres sur pied pour ne pas les abimer. Tout l'intérêt est là, préserver la nature, la respecter et ne pas la détériorer.

Jean-Louis Cannelle

L'importance de la sélection génétique

Outre l'entraînement et le savoir-faire du "meneur", les prédispositions du cheval comtois sont importantes. Il ne faut pas oublier que si la race menacée d'extinction a été sauvée, c'est grâce à la filière viande. La sélection des spécimens présentant le plus de prédispositions est donc primordiale.

Même si l'information n'est pas réjouissante pour nos équidés devenus emblématiques de la région, c'est une réalité : "aujourd'hui près de 80% des chevaux comtois terminent à la boucherie. C'est le prix à payer pour pérenniser la race et continuer à les voir s'ébattre dans nos prairies" m'explique Jean-Louis.  Pour optimiser leur efficacité au travail, les éleveurs opèrent donc des sélections lors de la reproduction.

Il y a des chevaux d'élevage, plus lourds, plus gros, à destination bouchère, et nous on sélectionne des chevaux plus fins, plus agiles, pour le travail.

Jean-Louis Cannelle

Après un café pris en pleine prairie, au milieu des Comtois en liberté, il est temps de se séparer. C'est fou comme le temps passe vite, au contact de passionnés, en pleine nature, sans stress, et aux côtés de chevaux qui viennent régulièrement vous solliciter pour une caresse. Comme si le temps s'était arrêté, ou avait même reculé un peu, à l'époque des chevaux et des calèches dans nos rues.

Sans pour autant être nostalgique d'un temps passé et désormais perdu, l'attachant paysan militant de la Confédération paysanne reste objectif. Il sait qu'un retour en arrière avec simplement des chevaux pour travailler la terre n'est pas possible, mais cela ne l'empêche pas de rêver.  Dans un avenir proche, il aimerait simplement que "cette énergie animale soit entièrement considérée comme une énergie renouvelable et qu'on maintienne pleinement cette agriculture-là, pour sauver le monde."

Reportage à découvrir en intégralité sur France3 Bourgogne-Franche-Comté le samedi 19 mars, à 11h25 dans l'émission "En Terre Animale", puis en replay pendant un an sur france.tv.