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En burn-out, une soignante de l'hôpital Nord Franche-Comté témoigne

La colère gronde dans de nombreux hôpitaux publics français y compris au sein de l'hôpital Nord Franche-Comté à Trévenans, dans le Territoire de Belfort. Une soignante a accepté de témoigner anonymement.
Des troubles de la concentration, de l'attention et de la mémoire font partie des premiers signes du burn-out.
Des troubles de la concentration, de l'attention et de la mémoire font partie des premiers signes du burn-out. © (GETTY IMAGES / FLICKR )

Elle ne décroisera pas les doigts pendant toute la durée de l’interview. Gladys, soignante à l’hôpital Nord Franche-Comté a dû mal à cacher son mal-être, sa peur, face à notre caméra. Pourtant, aujourd’hui, elle a envie de parler, Gladys*. Elle a envie de crier haut et fort que beaucoup de ses collègues sont comme elle, en plein burn-out.

"Les soignants en général ressentent une souffrance parce que tout va très vite. On a des patients qui ne sont pas hospitalisés dans le bon service à cause du manque de lit. Du coup, les patients sont soignés avec du personnel qui n’est pas spécialisé dans la pathologie du malade. C’est dur aussi pour nous, le personnel. On a une charge mentale qui n’est pas reconnue, on n’a pas le temps d’évaluer l’état du malade. On se sent plus "distributeur de soin" que "soignant". Et cette charge mentale n’est pas prise en compte et quand on interpelle la hiérarchie ce n’est pas forcément "leur priorité". On ne comprend pas toujours ce que l’on fait à cause du déficit de contact avec les médecins eux-mêmes dépassés par le manque de lit. On a l’impression que l’humain passe au second plan".

Régulièrement, comme beaucoup de ses collègues, Gladys consulte le Dr. Patrick Adam, médecin psychiatre à Héricourt. C’est lui qui tire la sonnette d’alarme. "Je vois affluer dans mon cabinet des soignants et du personnel administratif de cet hôpital. Ils viennent avec une pathologie qui n’est pas une spécificité psychiatrique particulière mais pour lesquels on peut établir un lien direct et certain avec leur activité professionnelle. Je vois des situations d’angoisse, de traumatisme où les personnes ont des phobies spécifiques, qui font des crises d’angoisse sur le parking de l’hôpital, des conduites addictives alcooliques mais aussi des dépressions franches avec un risque de passage à l’acte suicidaire".

Contacté, l'hôpital Nord Franche-Comté n'a pas souhaité répondre face caméra. Dans un communiqué, la direction conteste fermement les affirmations du psychiatre, qu'elle a cherché plusieurs fois à rencontrer. Elle rappelle qu'un service de santé au travail composé de 2 médecins, 2 infirmières et un psychologue sont à même de prendre en charge les agents en difficulté.

Le Dr Adam espère une prise de conscience sur la question du burn-out. Un problème qui selon lui touche plusieurs hôpitaux publics en Franche-Comté.

(Le prénom a été modifié)

durée de la vidéo: 02 min 11
Le burn-out du personnel hospitalier




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