"Ce patrimoine est beau et il rend les gens heureux": des bénévoles reconstruisent les murs de pierres sèches de Besançon

Publié le Mis à jour le
Écrit par Raoul Advocat

Ancienne ville de vignes et de vergers, Besançon, dans le Doubs, voyait ses collines occupées par des terrasses et des murs en pierres sèches. Les bénévoles de l'association "Terrasses des collines bisontines et d'ailleurs" reconstruisent ce patrimoine en ruines. DIAPORAMA SONORE.

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Une timide éclaircie a interrompu la pluie. Au pied de la colline du Rosemont, à Besançon, la rue porte le joli nom de chemin des œillets. Après une centaine de mètres de montée raide, elle devient sentier. Les bruits de la ville disparaissent. Remplacés par le chant des oiseaux.

A l’entrée de la forêt, une dizaine de bénévoles sont au travail, dans un grand trou, au bord du sentier. Près d'eux, des tas de pierres. Un panneau mentionne le chantier école de l’association Terrasses des collines bisontines et d’ailleurs

Bientôt, à la place du chaos de pierres et de terre, il y aura la beauté austère d’un mur en pierres sèches.

Puzzle en trois dimensions

L’ambiance est studieuse et détendue à la fois. Il faut reconstruire ce qui ressemble à un puzzle en trois dimensions. Un éloge de la patience et de la lenteur.

"C’est une question de logique, la théorie est assez facile, pente, contre-pente, des termes techniques mais qui sont faciles à appréhender", explique José Maj, jeune retraité et bénévole de l'association. En pratique, c'est une toute autre affaire :

Le plus long, c’est de trouver la bonne pierre au bon endroit, ça c’est horrible ! on peut mettre une heure pour trouver une pierre !

José Maj, bénévole de l'association

Sur le chantier, pas le moindre sac de ciment. C’est la règle du jeu, celle du savoir-faire traditionnel du mur en pierres sèches. Il est réalisé en empilant des pierres tirées du terrain. Sans mortier pour les faire tenir ensemble, et sans les tailler.

La technique a été utilisée pendant des siècles pour retenir et cultiver la terre sur des terrasses.

Regardez notre diaporama sonore à la rencontre de ces bénévoles

Reportage : Raoul Advocat, montage Stéphanie Chevallier

Jean-Paul Bouju est le propriétaire du terrain où se tient le chantier école. Il voulait remettre en état le vieux mur qui borde la propriété, le long du sentier. Un mur envahi par la végétation et en partie enfoui dans le sol.

Géomètre à la retraite, il aide les bénévoles à effectuer des relevés topographique fiables. Ces relevés permettent de démonter puis de reconstruire les murs en respectant la forme initiale.

Jean-Paul Bouju est aussi "écolier du chantier école" comme il aime le dire. Un écolier admiratif du travail réalisé par les anciens habitants de Besançon.

J’ai un profond respect pour ces gens ! Quand on voit la difficulté qu’on a pour faire 25 mètres de murs... Eux ont retiré les pierres du terrain, ils les ont empilées, ils ont entretenu les murs pendant des siècles.

Jean-Paul Bouju, bénévole de l'association et propriétaire du terrain

Un voyage dans le temps

Construire ce mur est une invitation au voyage dans le temps. Comment étaient les collines qui entourent la ville de Besançon ? Les archives en témoignent : jusqu’au début du 20ème siècle, il n’y a pas de forêt, comme aujourd'hui. Mais un paysage agricole, avec des paysans et des viticulteurs.

Il y avait des vignes, sur ce versant des vergers. C’était des exploitations vivrières, il fallait que les gens produisent, donc pas de forêt !

Jean-Paul Bouju

Jean-Paul rejoint le groupe de bâtisseurs bénévoles. Il écoute les conseils de Muriel Loriod-Bardi. Avec son mari, Luc, elle est à l’origine de toute cette aventure. Elle se souvient : "Un jour, on prenait l’apéro face à une des collines, et on voyait des lignes régulières. Quelqu’un a dit ça ne doit pas être un rocher, mais un mur en pierres sèches."

Elle ajoute :

C’est pas croyable, on part en vacances en Ardèche pour voir ça, et chez nous on a ce patrimoine, et on est en train de le laisser tomber en morceaux !

Muriel Loriod-Bardi, association Terrasses des collines bisontines et d'ailleurs

Muriel enseigne les règles de la construction aux nouveaux venus. Chaque pierre doit être posée parfaitement stable, avec 3 ou 4 points d'appui, sur le dessous et les côtés. Oublier une règle fragiliserait  tout l'ensemble. Or, la volonté de ces amoureux du patrimoine est de construire des murs qui tiendront au moins deux siècles !

"C’est essentiel de faire quelques chose de qualité", précise Muriel, "c’est du patrimoine, ça a une valeur. Le respect du savoir faire est dans les valeurs de l’association."

On est peut-être des gamins, on adore ça ! On est dans la nature, on oublie tout, on est concentré sur ce qu’on fait. Ce patrimoine est beau, il rend les gens heureux !

Muriel Loriod-Bardi

Aujourd’hui, l’association Terrasses des collines bisontines et d’ailleurs compte une soixantaine de bénévoles. Elle multiplie les chantiers de restauration. La replantation de variétés anciennes de vignes, comme sur la colline de Bregille, fait aussi partie des projets de l'association.

En replantant des vignes, l'association fait revivre un autre patrimoine oublié. Le vignoble de Besançon avait, comme tous les autres, été détruit par le phylloxera, il y a plus d'un siècle.

Qui sait, un jour peut-être, la reconstruction d'un mur sera fêtée avec une bouteille d'un vin du terroir "terrasses bisontines"...

D'ici là, c'est à l'eau de pluie que les bénévoles du sentier de l'oeillet achève leur journée. Ils se retrouveront le prochain troisième dimanche du mois.