Charolles : des agriculteurs manifestent contre l’accord commercial Europe-Mercosur

Un accord a été passé entre l'Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Il prévoit une baisse des tarifs douaniers sur plusieurs produits agricoles. Les agriculteurs des JA et de la FNSEA protestent. On vous explique pourquoi. 
 

Les agriculteurs des JA et de la FNSEA protestent contre l'accord passé entre l'Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay).
Les agriculteurs des JA et de la FNSEA protestent contre l'accord passé entre l'Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay).

Un rassemblement a eu lieu devant la sous-préfecture de Charolles en Saône-et-Loire, berceau de la race charolaise, mardi 2 juillet à partir de 20h.

D’autres actions étaient organisées au même moment à travers la France à l’appel de JA (Jeunes Agriculteurs) et de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles).
 Reportage de Christina Chiron, Anthony Borlot, Cédric Torelli et Hugo Piguet avec :
-Joffrey Beaudot, président des Jeunes agriculteurs de Saône-et-Loire
-Didier Loudenot, éleveur de viande bovine
-Jérôme Perraud, président de canton des Jeunes agriculteurs
-Thierry Pouch, économiste spécialiste de l'agriculture
 

1-Que prévoit l’accord entre l'Union européenne et le Mercosur ?

Les deux syndicats agricoles sont vent debout contre l’accord de libre-échange qui a été passé entre l’Union européenne (UE) et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Cela concerne notamment la viande de boeuf, de volaille, le sucre, le riz, le miel, le maïs doux…

Pour la viande de bœuf, cela correspond à 99 000 tonnes d'équivalent-carcasse (55% de viande fraiche et 45% de viande surgelée) pourront être importés depuis les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) avec un droit de douane à 7,5%.

L'accord prévoit aussi de supprimer tous les droits de douane, actuellement à 20%, sur les quelque 60 000 tonnes de viandes importées du Mercosur sous un quota dit "Hilton", qui s'applique aux viandes de qualité issues d'élevage extensifs herbagers.

 
 

2-Que craignent les agriculteurs de Bourgogne ?

Les agriculteurs craignent des "distorsions de concurrence" avec des produits agricoles d'Amérique latine qui ont des standards de "moindre qualité".
Par exemple, "en France, l’utilisation d’hormones de croissance pour les animaux c’est interdit, contrairement à ces pays-là", explique Joffrey Beaudot, président des Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire.

Au-delà de l’aspect sanitaire, les craintes sont surtout économiques. "Cet accord va engendrer une arrivée massive de viande bovine sur le marché européen. Cela va faire baisser les cours de la viande qui sont déjà catastrophiques", assure Joffrey Beaudot, président des Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire.

"Ces produits pourraient entrer en France avec des taxes moins élevées et du coup avoir un prix concurrentiel sur le marché. Ensuite, c’est de la viande qui peut se retrouver dans les cantines des écoles, les EPADH, les hôpitaux…

On sait qu’en France on a un coût de production supérieur à ces pays-là, dit Joffrey Beaudot. On ne pourra pas être concurrentiels et donc on va mourir à petit feu. On a peur pour notre métier et on ne souhaite pas que le consommateur se fasse tromper. On veut qu’il achète de la viande française produite par des agriculteurs français. "
 
Des tracts distribués par les Jeunes Agriculteurs en décembre 2017
Des tracts distribués par les Jeunes Agriculteurs en décembre 2017 © Gabriel Talon FTV
 

3-Quand l’accord entre l’UE et le Mercosur entrera-t-il en vigueur ?

A partir de quelle date va s’appliquer l’accord qui a été conclu à Bruxelles vendredi 28 juin ? La France n'est "pour l'instant pas prête à ratifier" cet accord commercial, a déclaré Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement français. Ce texte, il faut le "regarder dans le détail et en fonction de ce détail décider", dit-elle.

"La ratification n’a pas encore eu lieu", reconnaît Joffrey Beaudot, "mais on souhaite montrer notre mécontentement dès à présent pour éviter que nos pouvoirs publics fassent n’importe quoi", conclut le président des Jeunes Agriculteurs de Saône-et-Loire.

 "N'importons pas l'agriculture dont nous ne voulons pas", dit aussi Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Elle pointe par exemple les conditions d'élevage "où bien-être animal, ce n'est même pas un mot connu du vocabulaire de ces pays-là".

Pour la patronne de la FNSEA, "on ne peut d'un côté dire : "montez en gamme, faites beau, faites bien, faites bien-être" et en même temps ouvrir les vannes à tout-va".

 
Un rassemblement contre l’accord entre l'Union européenne et le Mercosur a eu lieu devant la sous-préfecture de Charolles, en Saône-et-Loire, mardi 2 juillet 2019.
Un rassemblement contre l’accord entre l'Union européenne et le Mercosur a eu lieu devant la sous-préfecture de Charolles, en Saône-et-Loire, mardi 2 juillet 2019. © Anthony Borlot

 
Christian Bajard, président de la Fdsea 71 et Hélène Geronimi, sous-préfète de Charolles lors d'un rassemblement contre le Mercosur à l'appel de A (Jeunes Agriculteurs) et de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles).
Christian Bajard, président de la Fdsea 71 et Hélène Geronimi, sous-préfète de Charolles lors d'un rassemblement contre le Mercosur à l'appel de A (Jeunes Agriculteurs) et de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles). © Anthony Borlot

 
C'est quoi le MERCOSUR ?

Le Marché commun du Sud, en abrégé Mercosur (de l'espagnol Mercado Común del Sur), est une communauté économique qui regroupe plusieurs pays de l'Amérique du Sud. 

Il est composé de l'Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l'Uruguay. Cela fait 20 ans que des discussions étaient en cours entre l'UE et ces quatre pays.

L'accord qui a été passé doit permettre d'éliminer de nombreux droits de douane dans l'industrie et l'agriculture.

Mais d'autres secteurs sont concernés : services, marchés publics, propriété intellectuelle, mesures sanitaires et phytosanitaires, obstacles techniques au commerce.


 
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