Coronavirus Covid-19 : La Franche-Comté accueille le report du Tour de France 2020 avec philosophie et sagesse

La décision était pressentie depuis plusieurs jours, elle est désormais officielle : le Tour de France 2020 n'aura pas lieu en juillet prochain mais fin août début septembre avec deux arrivées d'étapes dans le Jura et à la Planche des Belles Filles en Haute-Saône.
Dylan Teuns - Tour de France 2019 - la Planche des Belles Filles, Haute-Saône - maxPPP
Dylan Teuns - Tour de France 2019 - la Planche des Belles Filles, Haute-Saône - maxPPP © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT - maxPPP
« Les trois semaines du Tour de France, c'est 21 fois le 14 juillet » écrivait le journaliste Antoine Blondin dans une de ses chroniques consacrée à cette épreuve mythique. Mais cette année 2020,  il faut désormais se faire à cette idée, le mois de juillet sera orphelin de son incontournable rendez-vous annuel. La grande boucle aura bel et bien lieu du 29 août au 20 septembre. L'annonce a été officialisée ce mercredi 15 avril par Amaury Sport Organisation (ASO). Et cette modification du calendrier, une première depuis la seconde guerre mondiale, suscite de nombreuses réactions. A Champagnole dans le Jura, qui devait être ville d'arrivée de la 19e étape le 17 juillet, Guy Saillard, le maire de la commune veut rester optimiste « J'avais eu Christian Prud'homme, le directeur du Tour, la semaine dernière au téléphone. Il avait évoqué ce report et je pense que c'est la décision la plus juste ».
 

"Le Tour est essentiel pour notre économie locale.."

Dans le Jura, l'édile le garantit, tout le monde restera mobilisé pour faire de ce rendez-vous estival, une grande fête... de septembre. « A Champagnole nous attendons d'être de nouveau ville étape du Tour depuis 1937. Alors si ce n'est pas en juillet, nous serons très heureux d'accueillir le Tour en septembre. Tous les services techniques de la ville, mais aussi toutes les associations, les acteurs du tourisme, les hôteliers, les restaurateurs, les commerçants, et l'ensemble des Jurassiens, feront en sorte que la fête soit belle. Nous attendions 5 à 10.000 personnes à Champagnole le 17 juillet, et nous aurons bien sûr moins de monde en septembre car les vacanciers ne seront pas là, mais l'essentiel c'est que le Jura sera mis en avant malgré tout. Le Tour reste un événement planétaire et un vecteur de communication sans équivalent. C'est très important pour notre économie locale, qui malheureusement subit de plein fouet la crise sanitaire ».
 

Très apprécié des cyclistes lors du Tour du Jura, le Tour de France revient dans ce beau département
Très apprécié des cyclistes lors du Tour du Jura, le Tour de France revient dans ce beau département © Philippe TRIAS - maxPPP


 

" Dans cette période très difficile, le Tour de France sera un bol d'air pour nous..."

Derrière cette joie d'accueillir le Tour, se cache justement la préocupation et l'inquiétude de nombreuses professions, du tourisme notamment. Pour Elie Sclafer, le directeur de l'hôtel restaurant Le Bois Dormant à Champagnole, les mois à venir s'annoncent difficiles : « Nous subissons tous les effets du Covid-19. Lors des 15 premiers jours du confinement, j'ai perdu 350.000 euros de chiffre d'affaires à cause des annulations. Nous avions plusieurs mariages de prévus en mai et juin. Et aujourd'hui, mon cahier de réservation est absolument vide. C'est dramatique. Sur les 30 salariés que j'emploie je vais devoir n'en garder que 20. Alors dans ce contexte très difficile, le Tour de France sera un véritable bol d'air pour nous. Nos 40 chambres ont d'ores et déjà été réservées pour la nuit du 18 septembre par l'organisation du Tour ».

 
Combien de goodies ce jeune va-t-il ramener chez lui ?
Combien de goodies ce jeune va-t-il ramener chez lui ? © France 3


" Le report était la décision la plus sage..."


En cette période de crise, l'annonce du report du Tour fait donc figure d'éclaircie dans un ciel chargé de lourds nuages. En Haute-Saône, qui devait accueillir l'avant dernière étape, Lure-La Planche-des-Belles-Filles le 18 juillet, l'heure est également à la sagesse et à l'espoir. Pour Yves Krattinger, le président du Conseil Départemental, l'essentiel est préservé. « La venue du Tour sera un moment de joie pour tous, après la période compliquée que nous traversons. Nous donnons d'ores et déjà rendez-vous samedi 19 septembre pour cette étape 2020 inédite, qui sera exclusivement haut-saônoise. Je souhaite vivement que les conditions sanitaires soient réunies pour que ce Tour soit une belle et grande fête..».

Pouvoir vivre pleinement cet événement grandiose, c'est aussi le souhait des principaux concernés : les coureurs. Sur les réseaux sociaux, le jurassien Alexis Vuillermoz, a fait part de sa satisfaction. Le grimpeur de la formation AG2R- La Mondiale remercie ASO d'avoir « oeuvré pour sauvergarder notre patrimoine sportif » et souligne que « la fête sera d'autant plus belle après cette période difficile... »
 
Même son de cloche pour un autre coureur professionnel jurassien, Fabien Doubey, de l'équipe Wanty-Gobert : « C'était la meilleure décision à prendre. Le Tour de France c'est la vitrine de notre sport. Actuellement nous sommes confinés nous aussi, et nous devons nous entraîner sur nos Home-Trainer, mais je suis d'un naturel optimiste et même si nous ne sommes à l'abri de rien tant ce virus est imprévisible, j'espère de tout cœur que ce Tour redonnera du baume au cœur au cyclisme et à tous les français.. ».

Si la situation sanitaire ne se dégrade pas dans les semaines à venir, le scénario très noir d'une annulation pure et simple du Tour, serait donc écarté. Et pourtant, certains émettent encore des doutes sur cette édition 2020. C'est le cas de l'accordéoniste Bernard Marly, 39 grandes boucles à son actif, accordéon en bandoulière. De Jacques Anquetil à Raymond Poulidor, de Bernard Hinault à Bernard Thévenet, il a connu la folie du Tour quand elle s'emparait de la France en juillet. Avec ce report en septembre, il ne cache pas son inquiétude « Je crains que l'ambiance soit bien différente au bord des routes. Je pense que le Tour c'est avant tout la fête des vacances d'été, avec des amoureux du cyclisme qui posent leur congés en fonction de l'épreuve et la suivent parfois dans son intégralité. En septembre, ce sera beaucoup plus compliqué pour eux. Et cela risque de se ressentir. Et puis la caravane sera sans doute beaucoup moins importante. C'est dommage car cela risque de ternir la fête...».

Donner du bonheur au public et rester une fête unique. Le Tour de France réussira t'il ce pari en septembre prochain ? Réponse, si tout va bien, dès le 29 août prochain à Nice, où sera donné le départ de la première étape. 
 
Raymond Poulidor et l'accordéoniste Bernard Marly sur les routes du Tour de France
Raymond Poulidor et l'accordéoniste Bernard Marly sur les routes du Tour de France

 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société cyclisme sport tourisme économie tour de france