Nuits-Saint-Georges : les Basquiat exposés à la Galerie Volcano sont-ils des faux ?

Une galerie près de Beaune présente une exposition de dessins inédits de l'artiste Jean-Michel Basquiat. Un collectionneur averti a lancé l'alerte, en contestant l'authenticité des oeuvres présentées.

© Dessins : Jean-Michel Basquiat (Coll. Privée)/ Galerie Volcano / France 3 Bourgogne
Nous avions relayé le 17 septembre dernier l'ouverture de la galerie Volcano à Nuits-Saint-Georges, qui inaugurait sa saison d'expositions avec la présentation de 35 oeuvres inédites de l'artiste Jean-Michel Basquiat. 
Cette initiative de cette nouvelle galerie a été visiblement repérée, car France 3 Bourgogne a été contactée par un internaute ayant vu le reportage, et identifiant les oeuvres présentées comme n'étant pas de Jean-Michel Basquiat. 
L'association Artefact Mundi et la Galerie Volcano, à l'origine de l'exposition, ont elles aussi été contactées par la personne dénonçant l'authenticité des oeuvres.

"Tous les dessins sont faux"

C'est Richard Rodriguez qui a signalé les oeuvres comme des "faux". Ce collectionneur parisien et ami du peintre est catégorique : "tous les dessins sont faux. J'ai prévenu l'Office Central de lutte contre le trafic des Biens Culturels (OCBC), j'ai fait un signalement à la gendarmerie de Nuits-Saint-Georges ainsi qu'à la famille de Jean-Michel Basquiat (qui gère les droits de l'artiste disparu ndlr). Ce sont de grossières imitations, j'ai envoyé un mail à la galerie Volcano, ils ont pris les choses à la légère."
Sur l'aspect "inédit" des oeuvres, Richard Rodriguez est dubitatif: "on ne peut pas imaginer qu'une enveloppe d'une trentaine de dessins ait pu être retrouvée comme ça !"
Le collectionneur estime que "cette exposition porte un grave préjudice à la famille et à la mémoire de l'artiste."

Richard Rodriguez n'en n'est pas à son coup d'essai. Ce collectionneur parisien avait vu, en 1994 à la Fiac (Foire Internationale de l'Art Contemporain), trois oeuvres proposées au stand Templon, convaincu qu'il s'agissait de faux.
Il alerte le galériste qui prend les choses plutôt mal (Daniel Templon lui intente un procès en diffamation) ainsi que le comité d'organisation de la FIAC. Un an plus tard, le comité Basquiat à New-York donne raison à Richard Rodriguez, et Daniel Templon va perdre le procès engagé pour diffamation à l'encontre du collectionneur. 

"Nous avons fait toutes les démarches utiles"

Dominique Viano, collectionneur et représentant de l'association Artefact Mundi, conteste le doute émis sur l'authenticité des oeuvres présentées à Nuits-Saint-Georges.Au nom de la galerie, M. Viano "ne souhaite pas alimenter la polémique avec un individu (ndlr Richard Rodriguez) qui n'est pas représentatif d'une autorité compétente à nous le demander, et ne cherche qu'à attirer l'attention."

Selon lui, "tout le travail en amont a été fait auparavant. Nous nous sommes assurés de l’authenticité des œuvres auprès d’experts, notamment avec Enrico Navarra, qui était le seul à valider les œuvres de J.M. Basquiat.»

Enrico Navarra est décédé en juin dernier. Nous avons contacté son fils, Doriano Navarra. Il est catégorique : "nous nous sommes toujours refusés à expertiser ou authentifier une œuvre de Jean-Michel Basquiat. Ce n'est pas la vocation de notre galerie. C'est du ressort du comité Basquiat et de ses héritiers. Il est notoire que nous ne donnons jamais d'avis sur ces questions." 

Artefact Mundi est une association d’artistes qui travaille pour la promotion et la confrontation artistique, toutes disciplines confondues : musique, théâtre, arts plastiques.
Quant à l'origine des dessins exposés, ils proviennent intialement de la collection privée de Danny Rosen, un New-Yorkais, grand ami de l'artiste underground. Ces dessins se sont vendus et dispersés avec le temps, et Dominique Viano a pu les collecter : ces dessins appartiennent semble-t-il maintenant à deux collectionneurs privés, un en Bourgogne et un aux Etats-Unis.

Parole d'un expert

France 3 a recueilli le témoignage de Nordine Zidoun, galeriste au Luxembourg. Spécialisé dans l'art contemporain et notamment les artistes afro-américains, ce dernier avait fait une exposition avec des oeuvres de J.M. Basquiat en 2016. La prime d'assurance se chiffrait alors à 100 millions de dollars au vu de la valeur des quinze toiles et quinze dessins présentés. Le galeriste avait du passer un partenariat avec un grand groupe d'assurances qui, en tant que mécène avait pris à sa charge cette prime. 

Il a contacté la galerie Volcano, qui, selon lui, "lui a raccroché au nez". M. Zidoun relate son échange avec la galerie Volcano : "Il n'y a pas eu de dialogue, pas eu de réponse au mail suivant [...] C'est juste "Non on s'est renseignés auprès de professionnels." Mais donnez-moi le nom de ce professionnels que je puisse les appeler et leur demander comment vous pouvez faire une erreur d'authentifier 30 dessins de Basquiat ?"
Il nous a proposé quelques photo-montages, présentant au centre, des oeuvres authentifiées de Jean-Michel Basquiat, et en confrontation de part et d'autre, des oeuvres présentées à la galerie Volcano à Beaune.
 
Au centre un dessin authentique de Jean-Michel Basquiat, à g. et à d., les dessins présentés à la galerie Volcano à Nuits-Saint-Georges. Ce photomontage a été réalisé à notre demande par la galerie Zidoun-Bossuyt.
Au centre un dessin authentique de Jean-Michel Basquiat, à g. et à d., les dessins présentés à la galerie Volcano à Nuits-Saint-Georges. Ce photomontage a été réalisé à notre demande par la galerie Zidoun-Bossuyt.
 
Au centre, une oeuvre authentique de Jean-Michel Basquiat, à g. et à d., des oeuvres présentées à l'exposition de la galerie Volcano à Nuits-Saint-Georges. Ce photomontage a été réalisé à notre demande par la galerie Zidoun-Bossuyt.
Au centre, une oeuvre authentique de Jean-Michel Basquiat, à g. et à d., des oeuvres présentées à l'exposition de la galerie Volcano à Nuits-Saint-Georges. Ce photomontage a été réalisé à notre demande par la galerie Zidoun-Bossuyt.


Le reportage de Maryline Barate et Amélie Douay
Intervenants : 
Nuits-Saint-Georges : les Basquiat exposés à la Galerie Volcano sont-ils des faux ?

 
Qui était Jean-Michel Basquiat ?
Jean-Michel Basquiat est né à New-York le 22 décembre 1960, de parents d'origines portoricaines et haïtiennes. 
Il montre dès le plus jeune âge une réelle aptitude artistique
Basquiat se fait connaître dans le milieu de l'underground par ses graffitis et ses tags (à la fois humoristiques et énigmatiques), sur les murs de Soho et du métro new-yorkais, qu'il signe sous le pseudonyme SAMO ("Same Old Shit").
Ami et collaborateur d'Andy Warhol ( ils travaillent ensemble à partir de 1984), Ils produisent plusieurs œuvres cultes, comme "Monster beat" ou "Eggs".
Il devient rapidement l'un des artistes les plus en vue : Jean-Michel Basquiat n'a pas 20 ans lorsque les galeries new-yorkaises commencent à s'arracher ses œuvres, associations de matières, de sources et de formes. A 25 ans, le jeune prodige fait la une du "New York Times Magazine".
Le corps humain inspirera énormément l'artiste dans son oeuvre, à l'âge de 7 ans, il a été hospitalisé suite à un accident de voiture (sa mère pour passer le temps lui a offert un livre d'anatomie intitulé Gray's Anatomy qui influencera Basquiat par la suite), ce qui lui laissera un profond traumatisme. La mort est omniprésente dans son oeuvre ( des têtes de morts, des flammes, des totems vaudous...), comme un présage.
Le décès de Warhol en 1987 choque profondément Basquiat qui s'isole et décède quelques mois plus tard d'une overdose d'héroïne, laissant derrière lui plus de 800 tableaux et 1 500 dessins.
Malgré sa mort, l'oeuvre de Basquiat continue de faire vivre le marché de l'art contemporain.
En 2017, le peintre est devenu l'un des artistes américains les plus chers de l'Histoire. Un tableau sans titre du peintre new-yorkais a en effet été acquis par un collectionneur japonais pour une somme record de 110,5 millions de dollars.
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