Le CHU de Dijon lance une enquête sur la représentation de l'embryon dans la société

Archives. / © MARCEL MOCHET / AFP
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A l'heure de la révision des lois de bioéthique, en ce moment en discussion à l'Assemblée, le centre d'Assistance Médicale à la Procréation du CHU de Dijon lance une grande enquête en ligne sur la représentation de l'embryon dans la société.

Par M. F. avec Anne Berger

Des députés très engagés, près de trois semaines de débats et plus de 2 500 amendements : c'est le coup d'envoi ce mardi 24 septembre à l'Assemblée d'un marathon parlementaire sur le projet de loi bioéthique.

Outre la mesure phare maintes fois repoussée de l'extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires prévue dès l'article 1er, le vaste projet de loi aborde nombre d'autres sujets hautement sensibles.

En 32 articles, il prévoit notamment une réforme de la filiation et de l'accès aux origines des enfants nés par don, mais traite aussi de l'autoconservation des ovocytes ou de la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

Dans ce contexte, le centre hospitalier universitaire de Dijon a lancé ces derniers jours une enquête sur la représentation de l'embryon dans la société. Nous avons interrogé le professeur Patricia Fauque, chef de service du laboratoire biologie de la reproduction de l'hôpital sur cette initiative.
 
Le professeur Patricia Fauque. / © France 3 Bourgogne
Le professeur Patricia Fauque. / © France 3 Bourgogne

• Pourquoi lancer cette enquête aujourd'hui ?

Professeur Patricia Fauque : Cette enquête, que l'on souhaite mener au sein de la population générale, vient d'une première étude qui a été menée au sein des couples qui sont pris en charge en AMP (assistance médicale à la procréation) et pour laquelle on a vu qu'ils faisaient un choix sur le devenir des embryons qui était différent en fonction de la représentation qu'ils pouvaient faire de cet embryon.

Donc on a voulu savoir si notre société – en fonction de l'âge, du sexe, etc – pouvait avoir une représentation de l'embryon qui était différente. Et cette question nous semble importante parce qu'il y a eu une évolution de notre société ces dernières années, de par l'introduction de nouvelles techniques, de nouvelles technologies. Par exemple l'échographie qui permet une visualisation du foetus. Est-ce qu'ils assimilent cette représentation du foetus à l'échographie comme un embryon ?

On a besoin d'avoir ces éléments là. D'autant plus que cette question est au centre de la révision de la loi de bioéthique, où cette question du statut de l'embryon est posée à travers des différentes évolutions de la loi.


• Si je veux répondre à cette enquête, à quel type de questions vais-je devoir répondre ?

P. F : Il y a des questions qui sont posées vis-à-vis de la représentation de l'embryon. Est-ce que c'est un amas de cellules ? Est-ce que c'est une chose ? Est-ce que c'est une personne ? Est-ce que c'est la vie ? Toutes sortes de questions qui vont nous permettre de déterminer la représentation que vont se faire les personnes qui vont répondre au questionnaire.

Et puis à côté de cette question de la représentation, on a aussi des questions qui nous donnent une idée sur l'éventualité d'une ouverture de l'assistance médicale à la procréation vis-à-vis des couples de femmes ou des femmes seules. Des questions relatives aux dons d'embryons. Toutes sortes de questions qui sont aussi en lien avec la révision de la loi de bioéthique.


• Vous attendez des réponses de quel type de population ?

P. F. : On souhaite avoir des réponses de toute la population. Qu'elle soit jeune, âgée, des femmes, des hommes, quelle que soit la religion, quelle que soit la profession, on souhaite avoir un éventail très large de la population. Et ensuite on fera des analyses en fonction du sexe, en fonction de l'âge notamment.
 

C'est des questions qui sont importantes pour nous, parce que ça reflétera un peu le choix et l'avis de la société vis-à-vis de toutes ces questions au centre des débats de la révision de la loi de bioéthique.



• C'est très bien de savoir tout ça, mais ça va servir à quoi ?

P. F : Déjà, on souhaite valoriser cette enquête de manière un peu plus scientifique. Comme je vous l'ai dit, on va faire une analyse en fonction de divers paramètres socio-culturels des personnes qui ont répondu à ce questionnaire. Ça permettra de faire un parallèle avec l'évolution de notre société. On souhaite replacer l'avis des personnes actuelles vis-à-vis de ce qui s'est passé dans l'Histoire, au début du siècle, au moment de la loi sur l'avortement. Puisqu'on a déjà des informations de manière historique, on souhaite avoir l'avis de notre société actuelle.


• À quoi vont servir ces réponses ? Est-ce qu'elles vont pouvoir faire avancer la recherche, avancer les idées du législateur ?

P. F. : Déjà, c'est une initiative qui est propre au CHU de Dijon. On n'est pas missionnés par des parlementaires ou par le gouvernement. On souhaite avoir des éléments de réponse pour peut-être pointer du doigt qu'il y a une nécessité de faire une information plus en détails de la population générale.

Les couples infertiles que l'on voit et que l'on prend en charge sont bien informés du parcours, des différents éléments qui sont rattachés à l'embryon notamment. Mais je pense que la plupart des personnes dans la population générale méconnaissent certains éléments et peuvent avoir un avis qui est peut-être faussé du fait de cette méconnaissance. Et qu'il n'y a nécessité de faire cette information.


• Est-ce que la recherche sur l'embryon doit avancer ? Est-ce que c'est quelque chose qui, d'après vous, a un réel avenir ?

P. F. : Oui, on a besoin de faire ces recherches sur l'embryon. Elles sont très encadrées en France mais elles sont nécessaires. Quelquefois ça nous permettra d'avancer sur certaines pathologies qui sont rares et ça permettra de mieux les appréhender, d'améliorer aussi l'évolution de l'environnement dans lesquels on met en culture les embryons.
 

Il y a toutes sortes de recherches qui ont une application future importante et qui vont modifier possiblement nos pratiques ou découvrir l'origine de certaines pathologies.


Si vous souhaitez répondre à cette enquête, elle est accessible sur le site internet du CHU de Dijon.
 

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