Coronavirus Covid-19 : la tension retombe dans les établissements pénitentiaires

La Garde des Sceaux Nicole Belloubet a listé les mesures pénitentiaires en vigueur le 9 avril dernier, en application depuis le confinement. Thierry Cordelette, secrétaire général de l'Union Régional UFAP-Unsa, donne son témoignage sur les effets dans les prisons.

La maison d'arrêt de Dijon (photo d'illustration)
La maison d'arrêt de Dijon (photo d'illustration) © FTV François Latour
Alors que les mesures de confinement établies au début de la crise sanitaire ont pesé sur le fonctionnement des lieux de privation de liberté, comme la suspension des parloirs, de nouvelles mesures ont décrispé l'atmosphère dans les établissements pénitentiaires.

Moins de détenus dans les prisons

Depuis le 16 mars dernier, un dispositif de régulation carcérale a été mis en place sur le territoire.
Thierry Cordelette, personnel pénitentiaire à la maison d'arrêt de Dijon, et délégué régional UFAP-UNSA s'est rendu à la Maison d'Arrêt de Blois en région Centre. Selon lui, "de 180 détenus on passe à 130 détenus, suite aux annonces de Mme Belloubet."
Il s'agit d'une baisse de 8500 détenus sur tout le territoire, liée à deux facteurs : le premier, pour près de la moitié, est dû à la réduction de l’activité des juridictions pénales. Le confinement entraîne en effet une baisse importante de la délinquance sur la voie publique et un ralentissement des enquêtes, donc une réduction de l’activité des parquets, des juges d’instructions et de toute la chaîne pénale.
L'autre facteur est l'augmentation des sorties de détention consécutives aux mesures mises en œuvre par les parquets et les juges d’application des peines depuis le début du confinement. Les dispositifs de libération anticipée des détenus en fin de peine ont été mis en place dans le cadre de la loi d’urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19. Seuls les détenus qui devaient déjà être libérés d’ici la fin du mois de mai sont concernés par ce dispositif.

Thierry Cordelette constate au niveau régional :"Il y a des effets sur le nombre de détenus, ce qui désamorce considérablement les détentions, mais aussi sur le comportement des détenus, qui savent, pour ceux qui sont encore à l'heure actuelle incarcérés, que selon leur comportement et leur façon de se tenir en détention, ils vont être bénéficiaires ou non des mesures."
Le secrétaire régional du syndicat UFAP-UNSA ajoute que : "On voit bien que les choses se sont apaisées dans la Maison d'Arrêt de Dijon, on sent que ces annonces-là, plus la pédagogie faite par les personnels sur les détenus, les détentions sont relativement calmes sur notre région."

Polémique autour des sorties de détention

Pour répondre aux polémiques autour de la libération de détenus pour diminuer la surpopulation carcérale, Thierry Cordelette ajoute que :
"Les détenus qui sortent ont le profil de sortir, on ne met pas de dangereux criminels en liberté. Ce sont ceux qui rentrent dans les conditions d'aménagement, qui ont un comportement tout à fait calme en détention, et qui ont des condamnations pénales qui rentrent dans un certain cadre. Ce n'est pas à la volée que le choix s'effectue"

Mais Thierry Cordelette de s'interroger : "Si on est capables dans ce contexte-là de remettre dehors des détenus, et que cela se passe relativement bien, quand on va revenir à une situation normale, la question à se poser, c'est pourquoi incarcérer ces gens-là finalement ? On est capable de mettre 3 à 4000 personnes dehors, et quand le confinement sera terminé, on remettra des gens dans les prisons pour arriver à des taux d'occupation de 200%. Ça pose question tout de même."

Les mesures en direction des détenus

Selon un communiqué du Ministère de la Justice, on apprend que "Des mesures exceptionnelles accompagnant les mesures restrictives du confinement ont par ailleurs été prises dès le 23 mars. Les détenus bénéficient de la gratuité d’une partie de leurs conversations téléphoniques, d’un service de messagerie et de la gratuité d’accès à la télévision. Les plus démunis sont destinataires d’une aide 40 euros pour acheter des produits en détention."
Thierry Cordelette approuve ces décisions, qui ont un effet important sur les détenus : "On sait l'importance des visites familiales, on vit la difficulté en tant que citoyens libres du confinement. Toute mesure qui vient apaiser la détention et qui vient faire accepter la privation de visites familiales, on est preneurs."

Des masques pour les personnels

Dès le début de la crise sanitaire, les personnels pénitentiaires, à l'instar des forces de l'ordre, ont réclamé de pouvoir porter des masques.
"Contrairement à ce que pensaient les autorités pénitentiaires au plus haut niveau, et même la Chancellerie au départ, la distribution des masques pour les personnels pénitentiaires a eu aussi un effet apaisant sur les détenus qui avaient peur d'être contaminés. Alors que les 15 premiers jours du confinement, les ports de masques pour les personnels ont été strictement interdits par l'Administration Pénitentiare, voire même sanctionnés à certains endroits."
Le syndicaliste fustige l'attitude de l'Administration pénitentiaire :
"La polémique va venir après, les personnels n'ont pas oublié que pendant 15 jours, on les a envoyé au charbon et pour ceux qui venaient avec des masques, on leur a demandé de les retirer sous peine de sanction disciplinaire."


Y-a-t-il suffisamment de masques ?

Alors que l'Administration pénitentiaire alloue 260 000 masques aux personnels en contact avec la population carcérale, le syndicaliste précise que cela ne suffit pas :
"Tous ceux qui sont dans les services annexes n'ont pas de masques, c'est pas entendable pour nous, car les uns et les autres se côtoient, donc tout le monde doit avoir des masques. Et les masques distribués aujourd'hui sont des masques chirurgicaux, ils sont valables 3 heures, alors que ceux qui en ont sont valables pour 12 heures de faction"

Le syndicat fournit des masques

Thierry Cordelette précise "De notre côté, le syndicat UFAP continue à acheter des masques en tissu lavable et renouvelable, jusqu'à concurrence de 200 heures et de les distribuer. On l'a fait à Dijon, on l'a fait à Varennes-le-Grand, là on va faire en région Centre, Châteaudun et Blois la semaine prochaine. On continue d'acheter des masques à Jura Textile à Orchamps. Là où la centrale syndicale peut financer, elle contribue, sinon les personnels contribuent financièrement pour acheter leur propre masque. Il a même été demandé par l'Administration que l'UFAP achète des masques et en fasse don à l'Administration, pour qu'elle les distribue aux personnels, c'est totalement hallucinant !"
et il conclut :"Laissez-nous faire, on est dans la débrouille, vous ne savez pas protéger les personnels, alors nous on se débrouille."

 
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