"Certaines personnes obèses ont une alimentation très saine", rappelle une diététicienne

Diététicienne au Centre spécialisé sur l'obésité (CSO) du CHU de Dijon, Sabrina Larderet bat en brèche les stéréotypes grossophobes à l'occasion de la journée mondiale de l'obésité ce lundi 4 mars.

18,8 % des habitants de Bourgogne-Franche-Comté sont obèses, un pourcentage légèrement au-dessus de la moyenne nationale (17%), selon une étude de 2020 de la Ligue contre l'obésité coordonnée par des chercheurs de l’Inserm et du CHU de Montpellier. Diététicienne au Centre spécialisé sur l'obésité (CSO) du CHU de Dijon, Sabrina Larderet revient sur les causes de cette maladie et bat en brèche les stéréotypes grossophobes à l'occasion de la journée mondiale de l'obésité, ce lundi 4 mars.

Quelles sont les différentes causes de l'obésité ?

L'obésité est une maladie chronique caractérisée par le dépôt excessif de tissu adipeux, la graisse corporelle. Elle est causée par différents facteurs. Contrairement aux idées reçues, certaines personnes obèses ont une alimentation très saine. Cette maladie peut être causée par des prédispositions génétiques, des dérèglements hormonaux, la prise de médicaments ou encore des souffrances psychologiques...

Certains facteurs culturels, économiques et environnementaux jouent aussi énormément, comme l'éducation et surtout, le budget dont on dispose pour faire ses courses. Un paquet de chips coûte souvent moins cher qu'un kilo de légumes. Les ouvriers et les employés souffrent d'ailleurs deux fois plus d'obésité que les cadres supérieurs, selon une étude de l'observatoire des inégalités, les ouvriers et les employés.

Comment le Centre spécialisé sur l'obésité (CSO) accompagne ses patientes et ses patients ?

On commence par dresser un "bilan d'obésité", en s'appuyant sur un questionnaire. Le principal indicateur est l'indice de masse corporel (IMC) calculé en fonction de la taille et du poids, même s'il n'est pas parfait : certaines personnes très sportives ont un IMC élevé, et pourtant, elles ne sont pas vraiment obèses, puisque leur poids est surtout lié à leur masse musculaire.

Ensuite, on peut mettre en place un accompagnement avec un ou une diététicienne, psychologue, et un médecin, en fonction des besoins. Dans certains cas, on peut aussi décider de pratiquer une chirurgie bariatrique, comme un bypass. Cette opération consiste à enlever un bout d'estomac. Mais cela n'est absolument pas obligatoire : on ne le fait qu'à la demande des patients, dans certains cas très précis, en fonction de l'IMC et des risques de comorbidités associés.

En revanche, on ne pose plus d'anneaux gastriques comme on le faisait avant, car on s'est rendu compte que les risques de ces opérations (dénutrition, fibrose de l'estomac) étaient bien trop importants.

Quelles sont les méthodes les plus efficaces pour accompagner les personnes dont la maladie est liée à un trouble du comportement alimentaire ?

Nous travaillons beaucoup avec des approches psycho-comportementales. L'objectif, c'est d'aider les patientes et les patients à redécouvrir leurs sensations alimentaires, comme la faim et la satiété. Il faut aussi les encourager à regarder moins souvent leur balance, puisque l'obsession peut entraîner un cercle vicieux, où le sentiment de culpabilité favorise la rechute. 

De plus en plus de personnes témoignent de la grossophobie dont elles sont victimes. Est-ce que le problème n'est pas surtout dans le regard que la société pose sur les personnes obèses ?

Tout à fait ! L'obésité cause des troubles vasculo-respiratoires, des cancers, du diabète. Elle nécessite un suivi médical. Mais l'urgence, c'est aussi de changer de regard sur cette maladie et de lutter contre les inégalités économiques et sociales qui favorisent son essor.

Les personnes obèses sont victimes de nombreuses discriminations au quotidien. Pour s'en rendre compte, il suffit d'écouter les témoignages qui se multiplient sur les réseaux sociaux.

Il y a les moqueries, les remarques blessantes que l'on peut faire, parfois, sans s'en rendre compte : par exemple, en commentant en permanence le poids des femmes. Il y a aussi le fait que les vêtements sont rarement adaptés au poids des personnes obèses... Tout cela a des conséquences très concrètes. L'obésité est ainsi l'un des premiers facteurs de discrimination à l'embauche, selon une étude de l’Organisation internationale du travail (OIT) et du Défenseur des droits.

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