En 2009, la tour Elithis se dévoile entre l’Auditorium et le Palais des Congrès. Le projet se voulait innovant et révolutionnaire. Mais aujourd’hui, seules deux tours à énergie positive ont été construites : à Dijon et à Strasbourg.
La promesse était ambitieuse
Une tour qui consomme moins d’énergie qu’elle n’en produit. Le projet, unique au monde, a vu le jour à Dijon en 2009. Le groupe Elithis a mis sur pied un bâtiment de 33 mètres pour 50 m² au sol. 10 étages abritent différents cabinets médicaux, des avocats, ainsi que différentes filiales du groupe Elithis.Là où un bâtiment classique consomme entre 4 et 500 kw/h au m², la tour Elithis en consomme 2 kw/h. Les constructeurs ont misé sur des apports naturels et gratuits en énergie. La tour est entièrement vitrée : de quoi profiter du soleil à toutes les saisons. Les émissions de gaz à effet de serre ont été divisées par 12 et la tour fabrique 72% d’énergies renouvelables. Les charges sont par conséquent, considérablement réduites pour les occupants.
En 2015, le reportage d'Anne Berger :
A l'heure où toute la planète est réunie à Paris pour la COP 21, certains exemples attendent toujours d'être suivis. La Tour Elithis, à Dijon, est un bâtiment à énergie positive que l'on vient visiter du monde entier parce qu'il est toujours, depuis son inauguration en 2009 unique en son genre.
A l’inauguration de la tour Elithis à Dijon, les bureaux devaient être chauffés à 19°C en hiver. Les premiers usagers se sont plaints du froid. Désormais, la température en hiver avoisine les 21,4°C. Le bâtiment se veut peut-être innovant mais il est important d’adopter les bons gestes au quotidien : bien éteindre les lumières, ne pas laisser les ordinateurs en veille, etc.
Une deuxième tour à Strasbourg
La livraison était initialement prévue au premier trimestre 2016. C'est finalement en 2018 que la deuxième tour du groupe Elithis s'est dévoilée, à Strasbourg. Située dans le quartier Danube, la tour en porte le nom. Contrairement à sa grande soeur à Dijon, la tour Elithis Danube ne se compose que de logements. 66 plus précisément, dans une tour de 16 étages. Les mêmes méthodes de construction ont été utilisées qu'à Dijon. Le bâtiment est entièrement vitré et permet aussi de récupérer l'énergie du soleil pour chauffer les appartements. Contrairement à la tour Elithis de Dijon, chaque locataire paye sa facture d'électricité. A l'inauguration, Elithis promettait d'ailleurs des factures ne dépassant pas les 100 €... par an !Rapidement, les premiers locataires ont commencé à trouver quelques inconvénients à habiter dans la tour Elithis Danube. Elle a longtemps été en travaux, même après l'inauguration, et l'architecture atypique de la tour ne facilite pas l'installation de meubles dans les appartements.
Avec : Lynda Lassal, Thierry Bièvre
PDG Elithis, Anouk Legendre
XTU Architectes
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©France 3 Grand Est
Mais pourquoi il n'y a pas d'autres tours ?
Le projet se voulait révolutionnaire et ambitieux. Mais dix ans après l'inauguration de la première tour, à Dijon, et un an après l'inauguration de la tour Danube à Strasbourg, aucun autre bâtiment n'est sorti de terre.Pour Catherine Hervieu, conseillère municipale (EELV), à Dijon, "il ne faut pas oublier le contexte de la création de la tour Elithis en 2009." Contexte qui a fortement évolué depuis 10 ans.
Seulement un an après le début de la crise financière, la tour Elithis était inaugurée. Les investissements ont donc été ralentis depuis. Catherine Hervieu rappelle que la tour dijonnaise est une pionnière en la matière d'infrastructures à énergie positive. En 2009, on était assez éloigné de la prise de conscience actuelle des problématiques écologiques et climatiques. Les questionnements étaient donc bien différents.
Aujourd'hui, construire un tel bâtiment nécessiterait un bilan d'implantation et de répondre à des questions d'utilisation. A Dijon, des entreprises se sont installées dans la tour Elithis alors qu'à Strasbourg, ce sont des particuliers qui occupent des logements. Il est important de se demander à quelle(s) demande(s) on répond quand on lance la construction d'un bâtiment.
D'autant que si la tour Elithis était construite en 2019, certaines améliorations seraient apportées: la température intérieure, l'orientation de la tour mais aussi son emplacement. Entre l'Auditorium et le Palais des Congrès, la tour se trouve dans une zone majoritairement constituée de bêton.
Et il y a aujourd'hui une forte demande sociale de rendre les espaces urbains plus "verts".
Les projets de végétalisation deviennent une priorité, surtout à l'heure où des pics de chaleur inédits sont atteints. Ces espaces verts sont notamment demandés par les dijonnais pour des questions de biodiversité mais aussi de protection face aux épisodes caniculaires.
La tour Elithis de Dijon demeure un exemple dans le domaine mais aujourd'hui les réflexions ne sont pas les mêmes que dix ans en arrière. Un tel chantier engage aussi des sommes importantes. A Dijon, la construction a coûté environ 7 millions d'euros, pour un prix de sortie de 14 millions d'euros, bien au-delà des prix du marché.
Enfin, l'écologie est un véritable cap aujourd'hui, plus qu'en 2009. " Que ce soit au niveau européen ou français, nous avons besoin d'une direction plus volontariste et musclée." conclut Catherine Hervieu.