"Il faut faire ça en douceur", un ancien dresseur défend la fin des animaux sauvages dans les cirques

Frédéric Geffroy a été dresseur de tigres. En 2011, il a fondé une association pour défendre les tigres en milieu naturel. Pour lui, l'annonce du gouvernement d'interdire progressivement les animaux sauvages dans les cirques va dans le bon sens, mais il faudra que la transition se fasse en douceur.

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Illustration. © Pixabay
La ministre de la transition écologique, Barbara Pompili, a annoncé mardi 29 septembre plusieurs mesures visant les animaux sauvages en captivité. Après des années de polémiques, la ministre a voulu "ouvrir une nouvelle ère dans notre rapport à ces animaux. Il est temps que notre fascination ancestrale pour ces êtres sauvages ne se traduise plus par des situations où l'on favorise leur captivité par rapport à leur bien-être". 

Pour Frédéric Geffroy, ancien dresseur de tigres, ces annonces vont dans le bon sens. "Je trouve que c'est une bonne initiative. Parce que je me bats contre la captivité depuis quelques années", explique-t-il. 

L'homme avait pour projet en 2006 de monter un parc à thèmes dédié aux félins, près de Dijon à Talant. Mais il a totalement abandonné cette idée pour créer une association de défense des tigres. Le déclic est venu lors d'un voyage en Inde. "J'ai vu mon premier tigre en milieu naturel. C'était dans le centre de l'Inde, des réserves qui font 600 kilomètres carrés. Ça a été vraiment pour moi un changement de position et j'ai arrêté mon projet de parc pour créer mon association en 2011", raconte-t-il.

L'association de Frédéric Geffroy, Planète Tigre, mène plusieurs actions pour sauver les tigres en Asie, essentiellement en Inde. Elle indemnise par exemple les habitants victimes d'attaques de tigres. "J'indemnise le bétail quand le tigre attaque, pour éviter qu'il soit empoisonné ou électrocuté en représailles, détaille le président de la structure. Et de plus en plus, j'indemnise des familles en prenant en charge les frais hospitaliers quand ils sont blessés ou en leur versant des sommes quand ils sont tués". L'association fonctionne grâce aux dons de particuliers.

Les conditions de vie des animaux dans les cirques itinérants ne sont pas toujours idéales, rappelle Frédéric Geffroy. "Même s'il y a des cirques où il y a de bonnes conditions, quand vous voyez un tigre dans quatre mètres carrés…  Moi j'ai connu l'envers du décor aussi. Il y a des gens très bien, mais sur les 80 cirques itinérants, il y en a un paquet qui ne sont pas très bien".
 

"Il faut faire ça en douceur"

Le gouvernement va mettre "au moins 8 millions" d'euros sur la table pour la reconversion des cirques ambulants (les cirques et autres spectacles sédentaires ne sont pas concernés) et des trois delphinariums du pays. La ministre ne s'est pas engagée sur un échéancier pour les cirques, mais selon des sources de la profession reçues la semaine dernière au ministère, elle a évoqué une transition de cinq ans.

"En tant qu'ancien dresseur, j'ai beaucoup d'amis dans le milieu circassien. C'est des gens qui vivent avec leurs animaux depuis des décennies et c'est leur outil de travail. Il faut faire ça en douceur. C'est-à-dire interdire les reproductions et puis laisser s'éteindre ça doucement pour permettre aux circassiens de se reconvertir dans autre chose. On ne peut pas interdire du jour au lendemain toutes ces choses là. C'est très complexe", ajoute-t-il. La reproduction sera précisément interdite, selon le ministère.
 

Cette mesure va dans le bon sens, mais il faut vraiment qu'elle soit bien régulée. Et puis qu'elle se mette en application.

Frédéric Geffroy


L'enveloppe budgétaire annoncée inquiète aussi l'ancien dresseur. "Pour l'instant ce n'est pas une loi, il n'y a pas de décret. On ne sait pas où on va. Ils prévoient à peu près 8 millions d'euros étalés sur cinq ans pour venir en aide aux circassiens, sachant qu'il y a à peu près 80 cirques itinérants. Donc à mon avis, ça va être un peu juste", explique-t-il.

Reste également à en savoir davantage sur le sort des animaux. "Un tigre en captivité, ça vit vingt-cinq ans. Il n'y a pas de places dans les zoos, faire des sanctuaires, on n'a pas de places non plus. C'est vraiment compliqué comme situation." Barbara Pompili a assuré que "des solutions vont être trouvées au cas par cas, avec chaque cirque, pour chaque animal", qui ne pourra évidemment pas être "remis en liberté".

Pour concrétiser les annonces du gouvernement sur le bien-être animal, les députés LREM vont en partie soutenir dès ce jeudi 1er octobre en commission une proposition de loi du groupe Écologie, Démocratie, Solidarité (EDS), hormis ses dispositions sur la chasse. Le texte est ensuite attendu dans l'hémicycle le 8 octobre.

La proposition de loi EDS présentée jeudi en commission des Affaires économiques est portée par la députée de Côte-d'Or Yolaine de Courson et Cédric Villani, des ex-LREM de l'aile gauche passés dans un groupe parlementaire dissident.  La France rejoint la vingtaine de pays européens qui ont déjà interdit ou limité la présentation d'animaux sauvages dans les cirques.
 
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