Nouveau groupe à l'Assemblée : la députée de Côte-d'Or Yolaine de Courson explique son départ du groupe LREM

Yolaine de Courson, députée de Côte-d'Or, quitte le groupe LREM à l'Assemblée pour rejoindre un nouveau groupe composé de 17 députés, baptisé "Écologie Démocratie Solidarité". C'est la seule élue de la région à avoir fait ce choix. Elle nous explique ses motivations.
Yolaine de Courson, députée de Côte-d'Or.
Yolaine de Courson, députée de Côte-d'Or. © Thomas Padilla/MAXPPP
L'Assemblée nationale compte un nouveau groupe politique, le neuvième, composé majoritairement d'ex-membres du groupe La République en Marche.

Ce groupe baptisé "Écologie Démocratie Solidarité", dont la création a été annoncée ce mardi 19 mai, compte pour l'instant 17 élus. On y retrouve la députée de Côte-d'Or Yolaine de Courson, mais aussi d'anciens "marcheurs" comme Matthieu Orphelin (proche de Nicolas Hulot), des LREM de l'aile gauche comme Aurélien Taché ou Cédric Villani. Y figure également l'ex-ministre PS à l'Ecologie Delphine Batho.

Le groupe se veut "indépendant", "ni dans la majorité, ni dans l'opposition", selon la déclaration politique des élus. Avec ce neuvième groupe - un record - LREM perd sept de ses membres ou apparentés, tombant à 288, juste sous le seuil de la majorité absolue (289 sièges) qu'il détenait jusqu'alors à lui seul. Un symbole fort même si le groupe majoritaire peut s'appuyer sur les 46 MoDem et la dizaine d'élus Agir.

"Nous voulons porter beaucoup plus haut et plus fort des valeurs, des idées et des projets autour de la démocratie, de l'écologie et de la solidarité", nous explique Yolaine de Courson. "Quand on a un groupe aussi grand [le groupe LREM comptait jusqu'ici 295 élus], c'est parfois difficile d'avoir l'agilité, la créativité que l'on souhaiterait pour pouvoir porter ces sujets. Et les porter de façon transversale dans l'Hémicycle", ajoute-t-elle.
 

Le Covid-19 comme déclencheur

"Certains de mes collègues avaient déjà un malaise du fait de cet écrasement, du rouleau-compresseur d'un grand groupe depuis longtemps. En ce qui me concerne, le déclic c'est l'énorme avertissement que nous sommes en train de recevoir en ce moment avec cette crise du Covid. Je crois que ça nous met en face d'un certain nombre de responsabilités. Et il y a maintenant des urgences écologiques, environnementales. Je pense que ça m'a énormément poussé à prendre cette décision."
 

Nous voulons porter des propositions, des idées, des projets et faire des majorités de projet et des majorités d'idées. Et pas des silos, des majorités de partis.
Yolaine de Courson, députée


Au début du mois d'avril, Yolaine de Courson signait avec une soixantaine de parlementaires un appel sur le monde d'après la crise du Covid-19. Quatre autres députés de Bourgogne-Franche-Comté paraphaient également cet appel. Ils ne sont pas allés jusqu'à quitter leur groupe politique. Mais les deux initiatives n'étaient pas forcément liées, selon la parlementaire.

Certains citaient le nom de Denis Sommer, député du Doubs, parmi les membres potentiels du nouveau groupe politique. Il ne figure pas sur la liste de 17 élus dévoilée ce mardi. Nous lui avons demandé s'il avait finalement renoncé à quitter le groupe LREM. Voici sa réponse : "Je vous confirme que je discute avec tous les députés, qu’ils aient l’ambition de créer un nouveau groupe ou non. Ceci dit, je n’ai pas pour habitude de faire comme si j’étais seul au monde. J’ai avec moi un collectif avec qui je travaille. Je ferai le point prochainement, le confinement ne nous a pas permis de le faire avant."
  


Un départ du groupe mais pas du parti

Pour Yolaine de Courson, son départ du groupe LREM à l'Assemblée ne signifie pas pour autant un départ du parti En Marche. "Je me suis engagée avec Emmanuel Macron pour faire de la politique autrement […] Je suis encore dans cette démarche, cette façon de faire. J'y crois toujours. C'est pour ça que je ne quitte pas le mouvement, je veux simplement au niveau de l'Assemblée pouvoir conserver cette agilité et cette façon de faire de la politique simple et collaborative."

Le groupe sera co-présidé par Matthieu Orphelin et l'ex-LREM Paula Forteza. Delphine Batho et Cédric Villani seront vice-présidents, tandis qu'Aurélien Taché et Emilie Cariou seront délégués généraux.

Dans un document, les députés listent leurs "15 premières priorités" : cela va d'"un plan de réindustrialisation pour une souveraineté et une autonomie retrouvées" à une "réelle transparence de la vie publique" en passant par le rétablissement d'un système de santé "robuste" ou une refonte de "la fiscalité du capital et du patrimoine".

Les élus affichent également leur engagement en faveur de l'égalité homme-femme. Ils soulignent que "jamais un groupe politique français n'a compté une telle proportion de femmes" (65%).
 

"Nous pouvons faire plus et mieux à l'Assemblée"

Le nouveau groupe entend contribuer à "une ambition forte de transformation sociale et écologique". "Répondre à l'urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales : nous pouvons faire plus et mieux à l'Assemblée nationale", estiment ces députés, pour qui "après le Covid-19, plus rien ne doit être comme avant".

"Nous pousserons et soutiendrons toutes les décisions à la hauteur des enjeux, mais saurons nous opposer dans tous les autres cas", préviennent ces députés, tous élus en 2017 sous l'étiquette LREM à l'exception de Delphine Batho. Ils se disent dans une "démarche ouverte" et appellent les députés qui s'y retrouvent "à s'y associer".
 
Yolaine de Courson a été élue en juin 2017 dans la quatrième circonscription de Côte-d'Or, circonscription détenue par François Sauvadet (UDI) pendant 23 ans. Elle n'avait occupé aucun autre mandat que celui de maire (dans la petite commune d'Arrans) avant son arrivée à l'Assemblée.

En 2018, elle avait été nommée référente nationale dans le cadre du grand débat voulu par Emmanuel Macron après la crise des "gilets jaunes".
 
Les membres du groupe parlementaire
Des "marcheurs", des ex-"marcheurs" et une ex-ministre PS: voici la liste des 17 membres du nouveau groupe "Ecologie Démocratie Solidarité" créé mardi à l'Assemblée:

7 membres du groupe LREM ou apparentés
    - Emilie Cariou (Meuse)
    - Annie Chapelier (apparentée, Gard)
    - Guillaume Chiche (Deux-Sèvres) 
    - Yolaine de Courson (Côte d'Or)
    - Hubert Julien-Laferrière (Rhône) 
    - Aurélien Taché (Val-d'Oise)
    - Cédric Villani (Essonne), toujours membre du groupe, après son exclusion du parti fin janvier, après avoir maintenu sa candidature dissidente à Paris

9 ex-"marcheurs", exclus ou partis
    - Delphine Bagarry (Alpes-de-Haute-Provence), non-inscrite
    - Paula Forteza (Français de l'étranger), non-inscrite
    - Albane Gaillot (Val-de-Marne), non-inscrite
    - Sébastien Nadot (Haute-Garonne), non-inscrit
    - Matthieu Orphelin (Maine-et-Loire), apparenté au groupe Libertés et Territoires 
    - Jennifer de Temmerman (Nord), non-inscrite
    - Sabine Thillaye (Indre-et-Loire), non-inscrite
    - Frédérique Tuffnell (Charente-Maritime), non inscrite
    - Martine Wonner (Bas-Rhin), non-inscrite

1 non-"marcheur"
    - Delphine Batho (Deux-Sèvres), ex-ministre PS à l'Ecologie et présidente de Génération Ecologie
 
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