La Chouette, monnaie locale dijonnaise, ne circule plus… pour l’instant

Débuts timides, manque de bénévoles… Depuis début décembre, il n’est plus possible de payer en "Chouettes", la monnaie locale de Dijon créée en 2021. L’équipe a décidé de faire une pause.

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La Chouette entre en hibernation. Ou plutôt en "dormance". La monnaie locale du dijonnais ne circule plus depuis décembre. Plus possible donc d’écouler ses Chouettes dans les 25 commerces partenaires du centre-ville.

"Nous manquons de bénévoles et [il est] devenu trop difficile de faire circuler correctement la monnaie", annonce l’association qui gère la monnaie la Chouette dans un mail aux adhérents.

Un des membres, Nicolas Cavan, nous précise : "On avait 3 options après le constat du manque de bénévoles. Soit on continuait tant bien que mal, soit on prononçait la dissolution pure et simple, soit on se recentre sur des activités de reconstitution de bénévoles sans assurer la circulation de la monnaie en attendantC’est celle qu’on a choisi." Une décision "difficile à prendre" mais nécessaire, face à la fatigue des équipes.

Pour les utilisateurs réguliers comme Mathieu, cette annonce est une déception. "Je m’étais vraiment investi au départ dans ce projet, remet le Dijonnais, qui dépensait principalement ses Chouettes dans une épicerie. Je trouve que ça permettait de développer plus d’échanges, de relations sociales au niveau local."

Faire vivre l'économie locale 

Créée en 2021, la Chouette s’était lancé le pari "d’irriguer le tissu économique local". En adhérant à l’association, il était possible d’échanger 1 euro contre 1 Chouette. L’argent pouvait ensuite être dépensé dans les commerces partenaires.

Parmi eux, le restaurant La Menuiserie, dans le centre-ville de Dijon. Le gérant, Antoine Barré Foncelle, a adhéré au projet en 2022 et regrette aujourd’hui sa mise en pause : "C’était dans la droite ligne des valeurs que l’on porte. Notre but en adhérant, c’était de s’inscrire dans une toile de commerçants et d’acteurs du monde artisan qui ont envie de travailler ensemble et de développer une économie moins autocentrée, plus collaborative au niveau local".

"Choisir d’utiliser la Chouette, c’était militant"

Antoine Barré Poncelle, gérant d'un restaurant partenaire

En deux ans, le restaurateur dit avoir récolté environ 700 Chouettes… Un succès "timide", tout comme le nombre de particuliers adhérents : environ 150.

Peu de surprise donc à l’annonce de cette mise en dormance. La Fédération nationale des monnaies locales dit avoir eu vent des difficultés de la Chouette depuis "à peu près un an".

Monnaie-papier

Parmi les principaux freins, sa forme : papier uniquement. Les Chouettes se déclinent en coupure de 1, 4, 10 et 25. Dans les commentaires d’un post Facebook de l’association La Chouette, un utilisateur écrit : "[] je ne vois pas comment ça peut prendre. On n’utilise plus trop de liquide avec les paiements par carte." Réponse de la Chouette : "C’est vrai que la monnaie locale existe aussi en numérique mais nous n’avons pas le moyen de le développer." 

Deuxième difficulté, donc : celle de l’association. Mickaël Médina, coordinateur à la Fédération nationale des monnaies locales, analyse le problème : "Il y a un manque d’accompagnement voire de considération des associations. Il y a notamment la difficulté d’obtenir des financements courants, pour le fonctionnement." Le tout couplé à un manque de bénévoles, 6 pour l’association La Chouette. L’une des solutions avancées par le spécialiste : trouver des financements du côté des collectivités territoriales.

Projet de longue haleine

Côté consommateurs, basculer de l’euro à une monnaie locale pour certaines transactions n’est pas non plus évident. "On a pris l’habitude que la gestion monétaire soit faite par la BCE, les banques privées… Faire redescendre ce concept au niveau local prend du temps, c’est très compliqué de changer un paradigme qui fait culture et habitude. Les projets de monnaie ne feront jamais le buzz. C’est une dynamique qui, petit à petit, s’installe dans un territoire et grandit."

La Chouette, elle, s’est donnée un an pour "recréer une équipe de bénévoles en capacité de relancer une dynamique" et faire revivre le projet. Pour les détenteurs des dernières Chouettes, il est encore possible de les échanger contre des euros jusque mars.