VIDÉO. La monnaie locale de Dijon La Chouette a un an, comment ça marche ?

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C'est une des 82 monnaies locales émises en France. La Chouette circule dans l'agglomération dijonnaise depuis un an.

C'est la petite dernière qui est entrée en circulation en Bourgogne-Franche-Comté. Depuis un an, La Chouette monnaie de Dijon a rejoint la Pive de Besançon, le Br'ain dans le Jura ou la Cagnole à Auxerre.

Comment ça marche ?

La Chouette est une monnaie locale qui n'est pas destinée à détrôner l'euro. Elle se veut complémentaire à la monnaie européenne sur le bassin de vie dijonnais, en permettant de régler ses achats chez des professionnels qui acceptent cette monnaie.

Elle se présente sous forme de billets. Il existe 4 coupures : 1, 4, 10 et 25 Chouettes. L'oiseau symbole de Dijon l'orne sur une face, des monuments célèbres de la ville décorent le verso. Le taux de change est simple et fixe : 1 Chouette égale à 1 euro. 

Pour en avoir dans son porte-monnaie, il est nécessaire d'adhérer à l'association qui a lancé cette initiative. C'est auprès d'elle qu'on peut convertir des euros en Chouettes. Des bénévoles tiennent régulièrement des comptoirs de change chez les commerçants qui prennent ce règlement.

Quel intérêt de créer une monnaie locale ?

Pierre Lerouge paye 50 à 60% de ses emplettes alimentaires en Chouettes. Il soutient donc des commerçants qui acceptent ces coupures en consommant chez eux, plutôt que dans des grandes enseignes. 

Cet habitant de Talant favorise ainsi les circuits-courts et donne un coup de pouce à l'économie locale. "On ne veut pas que l'argent brasse, que cela fasse des fluctuations monétaires. On essaye de protéger l'environnement et on sauve nos emplois ici", explique Pierre Lerouge.

Effectivement, il est impossible d'épargner des Chouettes ou de spéculer sur son cours qui est immuable. La seule vocation d'une monnaie locale est de circuler et donc d'irriguer le tissu économique du coin.

Pour les adhérents à la Chouette, c'est une façon de réinjecter de l'éthique dans le champ monétaire, à l'heure où l'économie est de plus en plus financiarisée, toujours plus mondialisée et que l'argent devient de plus en plus virtuel. Ces personnes prônent le retour à l'argent liquide.

"On commence à être complétement tributaires des banques avec le paiement sans contact ou par smartphone. Ces technologies rentrent dans nos viens. Or, je suis quelqu'un qui veut de la liberté. Je ne veux pas qu'on me suive, qu'on sache ce que je fais, voilà pourquoi je suis dans la monnaie locale", rajoute Jacques-Yves Carton, un autre adhérent de la Chouette.

Une monnaie encadrée par la loi 

Il est possible de créer une monnaie locale en France depuis juillet 2014. Un article de la loi Hamon portant sur l'économie sociale et solidaire ouvrait cette possibilité alors que des expérimentations avaient commencé à poindre ici ou là depuis 2010.

Outre le taux de change fixe - un pour un -, la loi impose qu'une monnaie locale circule sur un territoire restreint, une commune ou une communauté de communes. 

Autre obligation, l'équivalent en euros de ce qui circule dans la ville doit être déposé sur un fonds de garantie qui est géré par la banque partenaire. C'est une protection pour les porteurs si d'aventure la monnaie disparaissait. Ils pourraient alors être remboursés.

La plupart des monnaies locales choisissent de mettre cet argent bloqué à la Nef, une coopérative bancaire qui  finance uniquement des projets avec une forte dimension écologique, sociale et solidaire.

La Chouette, des débuts discrets

Après cinq ans d'élaboration et de travail par une poignée de bénévoles, les premières Chouettes ont pu passer de main en main en mars 2021. Un an après, les débuts sont restent modestes.

140 particuliers ont adhéré au concept. Une vingtaine de commerçants ou de professionnels acceptent ces coupures. 11.000 Chouettes ont été émises, soit l'équivalent de 11.000 euros.

Julie Collin en fait partie. Elle tient une épicerie en vrac, à quelques encablures de la place de la République, qui reçoit en moyenne cinq clients par semaine utilisant la monnaie locale dijonnaise. C'est encore peu mais c'est déjà assez pour avoir constitué de la trésorerie qui dort dans sa caisse, des Chouettes qu'elle ne parvient pas encore à écouler.

"L'idée est d'avoir une chaine continue et qu'il n'y ait jamais un cul de sac. Mais aujourd'hui vu que c'est le début, je ne peux pas encore payer des fournisseurs locaux avec des Chouettes. Il n'y en a pas encore", précise la commerçante.

En France, 82 monnaies locales ont vu le jour ces dix dernières années avec des fortunes diverses. La réussite la plus éclatante reste l'Eusko, qui a été créée dès 2013 dans la région de Bayonne. Elle est portée, il est vrai, par une forte identité régionale. 

Résultat dans ce coin du pays basque, 4.000 personnes utilisent ces billets chez 1200 professionnels. Après une longue bataille juridique avec l'Etat, cette monnaie locale a pu être acceptée par 33 mairies pour payer la cantine des enfants ou l'entrée de la piscine municipale par exemple. Trois millions d'Eusko circulent.

Pour en savoir plus, voyez le reportage de M. Barate, T. Pfeiffer et R. Augier.