La solitude, un fléau toujours tabou : "trois quarts des gens n'en parlent pas car ils ont honte"

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Écrit par Lisa Guyenne .

Ce lundi 23 janvier est la journée mondiale des solitudes. À Dijon, l'association Astrée vient en aide à ceux qui se sentent seuls, en leur proposant une écoute et un suivi sur la durée.

Un Français sur cinq dit se sentir régulièrement seul, mais trois quarts d'entre eux n'osent pas parler de leur mal-être. Ces chiffres, ce sont ceux de l'association Astrée, qui vient en aide aux personnes isolées. À l'occasion de la journée de lutte contre les solitudes ce lundi 23 janvier, nous nous sommes entretenus avec Christine Raimond, bénévole de l'antenne dijonnaise d'Astrée.

Tous les âges et tous les profils sont concernés

"Il faut distinguer la solitude objective, lorsque les gens sont réellement isolés, et la solitude ressentie par des personnes qui se sentent seules malgré le fait qu'elles aient un entourage familial, des collègues de travail ou des proches autour d'elles", explique Christine Raimond. 

Et la solitude touche tous les âges. "On pense tout de suite aux personnes âgées ou handicapées qui vivent seules et isolées, mais il faut savoir que 28% des gens qui nous contactent sont des 18-24 ans." La solitude touche aussi tous les profils, toutes les classes sociales. "Ça peut concerner aussi bien des cadres, des ouvriers... Certains ont des situations professionnelles élevées", note la bénévole. 

Les causes sont également diverses. Certains sont éloignés de leur famille à la suite d'un divorce ou d'un conflit familial, d'autres sont isolés pour raisons de santé, d'autres encore souffrent de la solitude car ils sont éloignés de l'emploi.

"Notre rôle, c'est de les écouter"

L'association Astrée existe depuis 35 ans, mais l'antenne de Dijon a été créée juste avant la crise du covid. Une quinzaine de bénévoles est là pour tendre la main à ceux qui en ont besoin. "On réceptionne les demandes par mail ou téléphone, puis on rappelle la personne pour identifier ses besoins. Parfois, certains nous confondent un peu avec les services sociaux", précise Christine Raimond. Le rôle des bénévoles est clair : proposer de l'écoute "active et bienveillante". 

"L'idée est d'inciter les gens à trouver eux-mêmes les ressources en eux. Des solutions, tout le monde en a. Simplement, il y a des personnes qui ne savent plus comment faire et qui ont besoin de parler de leur solitude pour pouvoir avancer. En s'exprimant, ils trouvent souvent eux-mêmes les réponses."

Christine Raimond

L'accompagnement, gratuit, prend la forme d'une séance hebdomadaire d'environ 1h30 avec un suivi qui peut aller jusqu'à six mois ou un an. "On les rencontre en présentiel et on les écoute, on les laisse parler en reformulant ce qu'ils disent."

Une oreille attentive, qui n'est ni celle d'un psychologue, ni celle d'une assistante sociale. Les bénévoles sont sensibilisés via une formation dispensée par le siège parisien de l'association Astrée. "On ne juge pas. On ne donne pas de conseils. On ne console pas. Notre rôle, c'est vraiment d'écouter, et de montrer à la personne qu'on comprend ce qu'elle nous dit."

Prévenir la solitude en milieu scolaire

L'association travaille aussi, depuis peu, dans le milieu scolaire. Mi-janvier, les bénévoles sont intervenus dans cinq classes de quatrième du collège Champollion, à Dijon, pour former d'ici la fin de l'année des élèves volontaires pour devenir des "bienveilleurs".

"L'idée est qu'ils soient attentifs aux jeunes élèves de sixième à la rentrée prochaine, car c'est souvent compliqué pour eux qui sortent de l'environnement rassurant de l'école primaire." Les "bienveilleurs" auront pour rôle de repérer et d'aider les élèves en difficulté, "ceux qui sont tous seuls à la cantine ou à la récré par exemple".

"Avec tout ce qu'on voit sur le harcèlement et le suicide des collégiens et lycéens, nous sommes très attentifs. Le but est d'essayer, dans la mesure du possible, de détecter les élèves qui ne vont pas bien et d'éviter ces drames", explique Christine Raimond.

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