Dans la peau d’Hamed, réfugié syrien

Hamed a quitté son pays, la Syrie, en 2012. Il a dû partir après avoir été arrêté lors d'une manifestation. Cela a été le début d'un long chemin qui l'a ammené en France, pour "sauver sa peau" et celle de sa famille.

Par Fatima Larbi - Propos recueillis par Sébastien Kerroux

Hamed a habité Alep en Syrie avec sa famille jusqu’en 2012. A cette date tout bascule . Suite à une manifestation il est arrêté. Ce passage par les geôles du régime de Bachar el Assad hante encore ses nuits.

Je rêve souvent des prisons du régime syrien. Parfois on vient m’arrêter, d’autres fois on me cherche, mais à chaque fois j’entends des cris.

Hamed garde encore le souvenir de ce qu'il a vécu lors de cette arrestation.

Je ne pourrai jamais oublier ce jour-là. Mon ami était torturé sous mes yeux et on me demandait de répondre à des questions.

A sa sortie de prison, pour se protéger et éviter une nouvelle arrestation, il n'est pas rentré chez lui. Dans le même temps, sa ville, Alep, était bombardée et transformée en ruines.
Du jour au lendemain il n'a pas eu d'autre choix que de quitter la Syrie avec sa famille pour se réfugier en Turquie.
C’est le moment où, pour lui, la vie a basculé.

Quelques mois auparavant j’étais professeur à l’université, j’avais un statut, un salaire, un appartement de cinq pièces. En arrivant en Turquie on était dans la rue, on ne savait pas où aller, sans travail et ne parlant pas la langue. 

Cette période laisse un souvenir douloureux à Hamed. Mais heureusement, comme il parlait français, il a très vite travaillé pour l'ONG "Médecins sans frontières".
Il pensait rester en Turquie quelques mois, cela a duré deux ans.

Ensuite, il est parti en France. Là encore, il imaginait que cela durerait peu de temps et qu'il retournerait ensuite en Syrie. Aujourd’hui, cela fait cinq ans qu’il est dans notre pays, il ne sait pas s’il revivra un jour chez lui.

Je dis toujours qu’ici ce n’est pas un refuge, nous ne sommes pas des réfugiés mais des exilés.

Malgré la guerre, Hamed n’a pas perdu espoir, il a encore confiance dans les hommes.

Je suis reconnaissant envers les gens et le pays qui nous ont accueillis et aidés à nous installer.

 


►Quand a commencé la guerre en Syrie ?


Aujourd’hui on parle de guerre civile syrienne mais cette crise a commencé par un mouvement pacifique.

En 2011, dans de nombreux pays arabes, la population aspire au changement et le manifeste.  C’est ce que l’on a appelé le "Printemps Arabe". La Syrie n'échappe pas à ce mouvement et de nombreuses manifestations l'expriment.

Face à cette contestation, la répression du régime est impitoyable. L’arrivée de l’armée dans les villes, en février 2012, fait franchir au conflit un pas vers la militarisation, entrainant plusieurs centaines de milliers de morts. La ville d'Alep, un des champs de bataille du conflit, est bombardée dès 2012.

Le pays entre dans une guerre civile extrêmement dévastatrice qui se complexifie et ne trouve pas d’issue.


 

► Où vont les réfugiés syriens ?


Selon le UNHCR (agence des nations Unies pour les réfugiés) 5,6 millions de personnes, près de la moitié de la population totale, ont fui leur domicile ou leur pays depuis 2011, trouvant refuge au Liban, en Turquie, en Jordanie et au-delà. Ils représentent 25 % des réfugiés dans le monde et seuls 0,05 % d'entre eux ont pu déposer une demande d'asile en France.
• C’est la Turquie qui accueille le plus grand nombre de Syriens : 3,3 millions de personnes.
• Le Liban en accueille plus d’un million.
• La Jordanie en accueille 655 000.





 

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