Surveillant pénitentiaire : pourquoi la profession n'attire pas

surveillant de prison / © France 3 Bourgogne
surveillant de prison / © France 3 Bourgogne

A l'heure où ils bloquent les prisons bourguignonnes, plusieurs surveillants nous ont expliqué les problèmes de recrutement dans l'administration pénitentiaire. 

Par Tiphaine Pfeiffer

" Comment voulez-vous que l'on assure la sécurité des détenus avec un sifflet ? demande Frédéric Stoll, le délégué syndical FO, mobilisé avec les surveillants pénitentiaires devant la maison d'arrêt de Dijon.

Comment faire son travail sans outils ?
Comment susciter des vocations lorsque le personnel en place crie son mécontentement ?

Le métier de surveillant pénitentiaire n'attire pas. Les raisons sont nombreuses.

Le salaire de départ est de 1200 euros, insuffisant pour attirer du personnel qui devra travailler les week-ends, jours fériés et en horaires décalés.

"Avec les primes, explique Thierry Cordelette, délégué syndical UFAP-UNSA, on arrive péniblement à 1300-1400 euros. Vu les risques en terme de sécurité, il n'y a plus de candidats."

A Dijon, lors de la dernière campagne de recrutement, seuls 20 candidats sur les 97 convoqués se sont présentés aux épreuves.


Les conditions de travail sont difficiles.
Avec un taux de surpopulation carcérale de 180% à Dijon, selon les élus du personnel, les surveillants peuvent difficilement accomplir l'intégralité de leurs missions, notamment le volet "d'aide à la réinsertion et la prévention de la récidive grâce à leur capacité d'écoute" (extrait de la fiche métiers


Les surveillants pâtissent aussi de "la mauvaise image qui est véhiculée dans le grand public" explique Thierry Cordelette.
"Nous n'utilisons la force qu'en cas de nécessité. Là, il y a urgence car la sécurité n'est plus assurée."

"Nous sommes dans une situation où le personnel est en danger mais les détenus aussi.
Nous avons besoin de pouvoir maintenir l'ordre et la discipline pour que tout le monde puisse purger sa peine dans de bonnes conditions, sans se sentir menacé." 
explique Fréderic Stoll.

 

Fréderic Stoll, délégué FO pénitentiaire / © France 3 Bourgogne
Fréderic Stoll, délégué FO pénitentiaire / © France 3 Bourgogne


Des embauches irréalisables


Alors que les négociations se déroulent cet après-midi entre les organisations syndicales des gardiens de prison et la Ministre de la Justice Nicole Belloubet, le gouvernement a déjà promis l'embauche de 1 100 surveillants pénitentiaires supplémentaires.

C'est insuffisant selon les représentants du personnel rencontrés pour qui il sera impossible de trouver des candidats pour ces postes sans une réforme salariale et statutaire.

Les trois principaux syndicats demandent des revalorisations:
  • soit indemnitaires (pour l'Ufap) : avec une hausse des primes de nuit ou de pénibilité
  • soit statutaires (pour FO et la CGT) : avec le passage pour les agents de la pénitentiaire de la catégorie C à la catégorie B

Le personnel pénitentiaire est la 3ème force publique de l'Etat avec l'armée et la police.




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