VIDEO. Jean-Louis Etienne repart en exploration avec "Polar POD", navire qui va dériver autour de l'Antarctique

A l'occasion du Festival du film "Les écrans de l'aventure" qui se tient actuellement à Dijon, l'explorateur Jean-Louis Etienne est venu présenter son nouveau projet d'exploration scientifique dans les eaux de l'Antarctique : Polar POD. Un navire révolutionnaire conçu pour dériver autour de l'Antarctique pendant trois ans.

Infatigable explorateur, arpenteur des terres glacées, l'explorateur Jean-Louis Etienne est venu à Dijon présenter le projet "Polar POD". POD pour Plateforme d'Observation Dérivante, son nouveau projet scientifique d'observation pour l'océan austral. Il nous en dit plus sur cette expédition.

Après toutes vos explorations passées, est-ce que votre notoriété vous a aidé à monter le projet "Polar Pod" ?

J-L. E. : Cette expédition est coûteuse, c'est un gros investissement. Si l'Etat finance la construction, c'est que j'ai été écouté, j'ai réussi à convaincre que la communauté scientifique avait besoin de cet outil. C'est l'investissement. Pour l'exploitation, je dois convaincre des partenaires privés, à la fois des mécènes et des sponsors. C'est un travail de longue haleine et qui demande de trouver les mots justes. C'est un travail de pédagogie.

On ne va pas faire une course, battre un record, chose auxquelles sont habitués les sponsors. Aux partenaires, je leur dis vous avez une légitimité sur la course au large à travers le partenariat que vous faites, mais maintenant, vous pouvez donner aussi à l'Océan sa juste place, car c'est de la science fondamentale que l'on va faire. C'est vrai que ma notoriété et mon expérience me donnent du crédit, mais il faut convaincre, et c'est toujours un long travail !



Vous étiez l'un des premiers à évoquer le réchauffement climatique, en évoquant le terme de "fébricule" pour la Planète. Sommes-nous toujours dans la pédagogie à ce sujet, ou bien le réchauffement est une réalité qui commence à s'installer ?

J-L E. : Tout le monde est conscient, surtout si on parle à l'échelle planétaire de l'été qu'on vient de connaître : ces inondations monstrueuses, les tempêtes tropicales dans les régions de la Caraïbe, de la Floride deviennent des cyclones meurtriers aujourd'hui, on est montés en degrés.
Effectivement, je parlais d'une fébricule de la Terre, elle a une fièvre chronique. Sa température normale c'est 37, elle a pris un degré, ça fait 38. Vous voyez ce que c'est 38, si on ne soigne pas cette fièvre chronique, on va vers des complications, on est là aujourd'hui.

Il faut faire de la pédagogie, mais c'est compliqué  : c'est lié à l'excès de consommation d'énergies fossiles. On n'a pas la notion de la quantité d'énergie que l'on consomme.Vous dites 1 million de dollars, ah oui. Si je dis 1 kilowatt/heure, mégawatt, gigawatt, terawatt/heure... On n'a pas d'idée.

Chacun d'entre nous apporte sa contribution au réchauffement climatique, quand on prend la voiture...  Changer de style de vie, on parle de la sobriété, il faut apporter effectivement une autre solution décarbonnée. Et ça, c'est une vraie métamorphose qui arrive. On est en face d'un mur et il faut apporter autre chose !

Le Polar Pod est un outil qui servira à convaincre ? Il servira d'abord aux scientifiques, mais médiatiser leur travail servira à changer les comportements ?

J-L E. : Toutes les explorations que je fais depuis longtemps, il y a toujours un volet pédagogique, j'adore expliquer. Moi, je suis autodidacte de formation, très autodidacte ! Il faut d'abord que je m'explique à moi-même, donc ça me demande du travail. J'aime cette transmission que je fais depuis toujours. 

L'aventure, ça a quelque chose de captivant, et ça permet de faire une attractivité pédagogique. Ça va nous permettre de parler du climat et le puits de carbone qu'on va étudier, et puis aussi étudier cette biosphère. On va faire un inventaire de la faune par acoustique, on va apporter une idée de la richesse de ce secteur. Toutes ces expéditions sont des supports pédagogiques qui sont extrêmement attrayants.

L'expédition "Polar POD"

Le Polar POD est une capsule d'observation océanographique qui va dériver dans l'océan austral.

L'idée du projet a germé en 2010. Le but est d'étudier cet océan qui n'est pas cloisonné par les continents et qui circule autour de l'Antarctique. Poussé par les vents d’ouest, le Courant Circumpolaire Antarctique (CCA) réunit les trois océans, l’Indien, le Pacifique et l’Atlantique. Cet océan est encore méconnu, les campagnes océanographiques y sont rares. La communauté scientifique a besoin de mesures sur place car ce courant est un acteur majeur du climat et réserve de la biodiversité marine.

L'océan Austral est le principal puits de carbone océanique de la planète. Le POD permettra de relever la quantité de CO2 dans l'eau et dans l'air, tout en dérivant autour de l'Antarctique.

Pour résister aux conditions extrêmes des "50èmes hurlants" de ce secteur, le polar Pod a été conçu pour posséder un fort tirant d'eau, pris dans les eaux stables profondes, et une faible surface à l’impact des vagues. Une tour de 100 mètres de haut, pesant près de 1000 tonnes, dont la partie supérieure se situera à 15 mètres au-dessus de la mer. 

Le projet scientifique concerne l’acquisition de données et d’observations sur le long terme, qui seront transmises aux chercheurs, océanographes, climatologues, biologistes ; 43 institutions scientifiques de 12 pays sont impliquées dans le projet. 8 personnes avec 6 mois d’autonomie se trouveront dans le POD.

Le Polar POD est “navire zéro émission”, car il possède son autonomie électrique avec 6 éoliennes de 3,2kW et des panneaux solaires. Pour faire une visite virtuelle du Polar POD, suivez le lien suivant : https://epod.polarpod.fr/

La construction du POD va débuter le 9 décembre 2022, pour un départ prévu en début d'année 2024. La campagne d'exploration devrait durer 3 ans, avec plusieurs relèves d'équipage, afin de faire "deux tours environ d'Antarctique" selon Jean-Louis Etienne.