ZAD ? ZEC ? Quel avenir pour les Jardins des Lentillères? La mairie de Dijon a son idée

Le collectif des Lentillères avait appelé à manifester ce lundi 19 juin devant l'Hôtel de Ville de Dijon. La raison, un point à l'ordre du jour du conseil municipal qui a ravivé leurs craintes de destruction du lieu. En effet, les élus étaient amenés à voter le rachat de sept des huit hectares des terrains dits "des Lentillères".

Dans l'ordre du jour du conseil municipal de Dijon de ce lundi 19 juin, on pouvait lire le point « Jardin des Maraîchers » – Phase 2 – Acquisition d’emprises sur la SPLAAD et l’EPFL. Un point suffisamment obscur et inquiétant pour le collectif des Lentillères qui craignait leur expulsion et la destruction de tout ce qui a été créé ces treize dernières années.

Réunis en assemblée, les jardinièr-es, habitant-es et usagèr-es du Quartier Libre des Lentillères enjoignaient au maire de Dijon, François Rebsamen, d'abandonner toute urbanisation de la zone. Pour rappel, il avait pris cet engagement en 2019.

Le collectif a aussi appelé à manifester lundi après-midi devant l'Hôtel de Ville. Dans ces murs où le conseil municipal a voté le rapport sur le dit point d'acquisition, à 53 voix pour et 6 contre (dont celles d'Emmanuel Bichot et de Stéphanie Modde).

"Secteur des maraîchers - Phase 2", le retour de l'écocité ?

Avant ce vote, Philippe Lemanceau, conseiller et 14ème vice-président de Dijon Métropole a présenté le projet dit des "Jardins des maraîchers".

La SPLAAD (aménageur public qui possède la délégation d'urbanisme de la ville de Dijon) est détentrice depuis 2009 des huit hectares composant la zone des Lentillères. Elle devait y construire 500 logements supplémentaires dans le prolongement de l'écocité des maraîchers. Mais en 2019, au plus fort de la bataille avec les associations, le maire François Rebsamen finit par revenir sur le futur des terrains. Dans le nouveau projet présenté ce jour, le mot 'Écocité' a disparu au profit de 'Jardins', Philippe Lemanceau a donc expliqué à quoi serviraient les 7,04 hectares rachetés par la mairie.

"85% des terrains seront réservés au projet collectif en cours de discussion" rapporte l'élu.

L'objectif est de créer en concertation avec ceux qui le souhaitent un lieu d'agriculture urbaine, de réflexion et d'expérimentation sociale.

C'est un effort majeur, en cohérence avec le renforcement constant de la ville en matière de transition écologique.

Philippe Lemenceau, conseiller municipal

La SPLAAD n'aura donc plus que 1,14 hectare dans les mains, en bordure du mail Capitaine Guynemer, pour "structurer la composition urbaine en interface avec l’écoquartier" selon la délibération.

Stéphanie Modde du groupe des écologistes et citoyen.e.s déclare regretter de ne pouvoir "voter en faveur de ce rapport, mais il manque un peu plus d'un hectare pour pouvoir le faire".

Des jardins, mais avec ou sans le collectif ?

La délibération votée indique bien une nouvelle orientation dans l'urbanisme du quartier. Elle déclare qu'"il importe que ce secteur devienne ainsi un espace ouvert largement à tous les dijonnais, qui pourront y trouver un lieu d’expérimentation en matière d’agriculture en ville, un lieu de réflexion citoyenne sur les enjeux de l’alimentation durable, du climat et de la biodiversité, un lieu de sensibilisation et d’innovation pédagogique sur le développement durable et l’environnement, un lieu de solidarité, vecteur d’une alimentation saine réellement accessible à tous et un lieu de culture et d’animations."

Nous ne sommes pas pour rejeter de nouvelles formes de réflexion urbaine, mais dans le respect de la loi.

François Rebsamen, maire de Dijon

On trouve là un nombre conséquent de thèmes chers au collectif du Quartier Libre des Lentillères. La question étant de savoir si ce dernier sera associé en raison de son œuvre depuis 2010. Le maire, François Rebsamen, a précisé qu'il souhaitait encadrer par la loi tout projet de maraîchage. "Le respect de la loi, c'est le bail" enchaîne-t-il.

Un appel du pied est toutefois compris dans le texte voté : "Il s’agit bien pour la Ville d’offrir aux actuels occupants sans titre la possibilité de s’inscrire dans un projet d’intérêt général qui respecte la loi et les normes sanitaires et environnementales."

C'est donc bien le début de la mise en œuvre d'une nouvelle politique pour le quartier des Lentillères. Mais François Rebsamen, toujours mordant à l'égard des actuels occupants, tend la main tout en menaçant. "Nous sommes la carotte, nous faisons des propositions[...] mais l'ordre public, c'est l'état qui s'en occupe. Si on n'avance pas, un jour il se passera quelque chose."

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Conseil municipal de Dijon le 19 juin 2023, vote du rapport sur la phase 2 du projet "jardins des maraîchers" aux Lentillères ©Ville de Dijon

Reste au collectif, dans toute sa diversité, de répondre ou pas à "la main tendue" par la municipalité.