Anesthésiste de Besançon : “On ne souhaite pas qu'il reste en liberté” confie une des victimes présumées du médecin

L'anesthésiste de Besançon Frédéric Péchier entouré de ses avocats Me Spatafora et Me Randall Schwerdorffer - 29 mars 2017 / © Sébastien Bozon - AFP
L'anesthésiste de Besançon Frédéric Péchier entouré de ses avocats Me Spatafora et Me Randall Schwerdorffer - 29 mars 2017 / © Sébastien Bozon - AFP

Ce mercredi 12 juin, la cour d'appel examinera la requête déposée par le parquet de Besançon. Mis en examen pour 24 cas suspects d'empoisonnements, le médecin reste actuellement libre sous contrôle judiciaire. Une décision que n'acceptent pas certaines des parties civiles.  

Par S.C avec AFP

Il devrait être présent à l'audience. Et ses avocats demanderont à ce que l'audience soit publique. Malgré son interdiction de séjourner à Besançon. Le docteur Frédéric Péchier et ses défenseurs joueront plus que jamais ce jeudi 12 mai, le maintien en liberté de leur client toujours interdit d'exercer son métier. 

Le parquet de Besançon souhaite voir le médecin placé en détention provisoire dans l'attente de la fin de l'instruction et d'un procès devant les assises. Le juge des libertés et de la détention en a décidé autrement mi-mai après la mise en examen du médecin pour 17 nouveaux cas du suspects d'empoisonnements dans une clinique de Besançon. 

Le Docteur Péchier peut-il rester libre en dépit des 24 empoisonnements dont il est soupçonné?  24 empoisonnements suspectés, dont neuf mortels.
 

Comment va se dérouler l'audience ? 


L'audience se tiendra probablement à huis clos, portera sur la seule question de la liberté ou de la détention et non sur le fond du dossier. D'un côté, les avocats de la défense, qui n'ont cessé de mettre en garde contre un "emballement judiciaire" dans cette affaire très médiatique et de faire valoir le manque de preuves, réclameront le maintien en liberté de leur client qui clame son innocence et dénonce un coup monté.  Les avocats du médecin ne manqueront pas de souligner que depuis 2017, Frédéric Péchier, est resté à la disposition de la justice. Il ne peut plus se rendre à Besançon et vit désormais à Poitiers, sa région d'origine.


D'autres arguments vont entrer en ligne de compte, et notamment les dernières révélations faites par l'un des avocats des parties civiles. "Le Docteur Péchier profite de la liberté pour nuire au bon déroulé de l'instruction", argumentait ce weekend Me Frédéric Berna l'un des avocats des parties civiles. Me Berna entend mettre en exergue des "violations du contrôle judiciaire". Pour l'avocat, "Péchier, c'est un mensonge et une manipulation permanents"

De l'autre, le ministère public, qui considère que le Dr Péchier est "le dénominateur commun" des 24 cas d'empoisonnements survenus entre 2008 et 2017 et a relevé un "faisceau d'éléments concordants", demandera son placement sous mandat de dépot, invoquant le trouble à l'ordre public.

A l'audience devant la cour d'appel, devrait être présente mercredi la clinique Saint-Vincent, où pratiquait l'anesthésiste. Partie civile elle aussi, elle devrait aussi être représentée par son avocat. En revanche, le Syndicat national des anesthésistes-réanimateurs de France (Snarf), qui vient de se constituer partie civile, ne sera pas représenté mercredi à Besançon.
 


Des victimes présumées de l'anesthésiste seront présentes au palais de justice


Mercredi devant le palais de justice de Besançon, des victimes présumées regroupées en collectif seront présentes. Parmi elle Sandra Simard.  "On ne souhaite pas qu'il reste libre", explique Sandra Simard, vice-présidente d'Avapolvi, une association qui regroupe la plupart d'entre elles ou leurs proches. Cette femme de 38 ans a passé cinq jours dans le coma début 2017 à l'occasion d'une opération du dos et en conserve des séquelles cognitives."Frédéric Péchier demande à garder sa liberté, mais au vu de tous les cas ajoutés aux sept premiers cas, on estime qu'il n'y a plus beaucoup de doutes sur sa culpabilité", explique t-elle.

La décision du juge des libertés de laisser le médecin sous contrôle judiciaire avait provoqué le  17 mai dernier, la colère des victimes. Elles "vivent depuis deux ans un véritable ascenseur émotionnel", ce maintien en liberté "est assez incompréhensible", avait alors déclaré Me Frédéric Berna, avocat de parties civiles.
Conseil des parents de la plus jeune victime présumée, un enfant de quatre ans en 2016, opéré des amygdales et qui a survécu à deux arrêts cardiaques, Me Jean-Michel Vernier a évoqué la "colère" de ses clients.

 

24 empoisonnements suspects et 9 morts
    

Les victimes présumées du docteur Péchier sont âgées de 4 à 80 ans. Elles ont toutes fait des arrêts cardiaques, fatals dans neuf cas, à l'occasion d'opérations chirurgicales sans difficultés particulières.
Selon l'enquête, ces "événements indésirables graves" (EIG) auraient été causés par la pollution volontaire "de poches de soluté de réhydratation ou (...) de paracétamol avec des anesthésiques locaux ou du potassium".
Les enquêteurs estiment que le Dr Péchier cherchait à provoquer des complications chez les patients de ses collègues pour les réanimer ensuite et apparaître en sauveur. L'enquête a révélé un "un contexte de conflit aigu avec ses collègues anesthésistes ou chirurgiens".

  
 

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