Besançon : après sa régularisation, Laye apprenti boulanger a repris le travail, un espoir pour d'autres jeunes

Laye Fodé Traoré a remis la main à la pâte ce mardi 19 janvier dans la boulangerie de Besançon "La Huche à pain". Heureux, il doit beaucoup à son patron Stéphane Ravacley qui a mis tout en oeuvre pour obtenir sa régularisation. Ils ont expliqué leur parcours lors d'une conférence de presse.

Le boulanger Stéphane Ravacley et son apprenti Laye Fodé Traoré à l'intérieur de la boulangerie "La Huche à pain".
Le boulanger Stéphane Ravacley et son apprenti Laye Fodé Traoré à l'intérieur de la boulangerie "La Huche à pain". © Anne Fauvarque pour Maxppp

Le patron de la "Huche à pain" Stéphane Ravaclay a retrouvé le sourire. Après 11 jours de grève de la faim et un passage aux urgences en raison d'un malaise, il est conscient d'avoir fait peur à certaines personnes, mais il va bien. Surtout, il sait que son combat n'était pas vain, et qu'il était attendu.

La chose qu'on m'a dite, c'était merci. Merci d'avoir mené ce combat. C'est que du bonheur en fait.

Stéphane Ravacley

Le boulanger explique que son apprenti après un an et demi de travail à ses côtés, a vraiment sa place dans son entreprise. 

Une proposition de loi

Le combat de Stéphane Ravacley n'est pas terminé pour autant. Il est aujourd'hui plus vaste. Il travaille sur une proposition de loi avec le député européen Raphaël Glucksmann pour que les migrants jeunes en formation puissent aller au bout de leurs études même après 18 ans.

 

Tous ces gamins sont méritants. Il faut qu'on arrive à les protéger qu'ils aient 18,19 ou 20 ans. Mon combat n'est pas politique, il est logistique"

Stéphane Ravacley

Le boulanger de Besançon a ouvert le 11 janvier la page facebook Patrons Solidaires pour les chefs d'entreprises dans la même situation que lui. Un moyen de donner la force à d'autres de mener le combat vers la régularisation d'autes jeunes comme Laye Fodé Traoré.

"C'est comme si ma vie recommençait à zéro, c'est une renaissance"

Laye Fodé Traoré prend la parole à son tour. Il a repris le travail ce mardi matin. Le travail lui manquait, il dormait mal et la journée lui paraissait sans fin, dit-il. Aujourd'hui, il est heureux d'avoir repris du service. Une activité qu'il a appris à aimer au côté de Stéphane Ravacley.

Mon patron m'a donné l'amour de la boulangerie.

Laye Fodé Traoré

Car le jeune guinéen n'avait au départ pas pensé à devenir boulanger. Il est passé par la plomberie, puis la restauration. Une annonce en 2019 de Stéphane Ravacley lui a permis de découvrir le secteur de la boulangerie. Une annonce à laquelle seuls des migrants avaient répondu, a précisé le boulanger. 

Laye s'est lancé alors, qu'il n'avait jamais touché une pâte. Grace à son travail sérieux et son implication, grace à la mobilisation de son patron qui a cru en lui, Laye n'a pas fini d'en pétrir des pâtes !.

Le combat continue pour d'autres

 

Lors de cette conférence de presse, devant des médias nationaux, Stéphane et Laye sont venus accompagnés de Yaya Camara. Une jeune migrant qui vit le même désarroi. Ce Guinéen de bientôt 19 ans, a reçu une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) en novembre 2020 alors qu'il est en CAP électricien et apprenti dans une société de Houtaud dans le Haut-Doubs. Son patron Roger Duarte lui a fait une promesse d'embauche, mais il ne peut plus le faire travailler bien qu'il soit entièrement satisfait de son travail.

Yaya Camara a déposé un recours devant le tribunal administratif, il sera fixé sur son sort le 26 janvier. En attendant, il bénéficie du soutien du boulanger et de son apprenti.

Yaya Camara, Laye Fodé Traoré et Stéphane Ravacley le 19 janvier 2021
Yaya Camara, Laye Fodé Traoré et Stéphane Ravacley le 19 janvier 2021

Pris en charge en France en tant que mineur isolé, Laye Fodé Traoré n'avait pas obtenu de titre de séjour à sa majorité. La préfecture de Haute-Saône considérait jusqu'à présent que les documents d'identité du jeune homme n'étaient pas authentiques. Leur validation récente par l'ambassade de Guinée, qui a délivré un acte de naissance, et la mobilisation en faveur d'un jeune apprenti boulanger ont mené la préfecture à lui accorder la possibilité de rester sur le sol français.

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