"Fantastique galette" à Besançon : comment l'Écho de la boucle, site parodique, a piégé des élus politiques et des journalistes

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Écrit par Sarah Rebouh

Le site parodique l'Écho de la boucle, né à Besançon, a fait mouche en partageant une fausse information au sujet de la galette des rois dans la ville dirigée par la maire EELV Anne Vignot. On vous explique comment c'est arrivé et ce que cela nous dit de l'état de notre société.

Le message a été posté le 2 janvier 2022 à 19h11, sur le réseau social Twitter. "URGENT : la maire de Besançon demande aux boulangers de sa ville d’utiliser l’appellation « Fantastique galette » à la place de « Galette des Rois », qu’elle juge à la fois sexiste et anti-républicaine". 

Accompagnée d'une appétissante photo de galette des rois, cette publication est à l'initiative du site d'informations parodiques l'Écho de la Boucle. Malheureusement, et comme régulièrement sur la toile, la dimension parodique est passée à la trappe pour de (trop) nombreux internautes et notamment des élus politiques et journalistes. Le buzz est réussi pour le site internet franc-comtois, le bad buzz est évident pour celles et ceux qui l'ont pris au pied de la lettre. 

Ce post fait référence à une polémique née en novembre 2021, lors des illuminations de Noël à Besançon. Régulièrement attaquée par des détracteurs de droite, la maire écologiste Anne Vignot a subi la foudre d'Eric Ciotti, alors candidat à la primaire Les Républicains. Ce dernier l'accusait, de "déconstruire" la fête chrétienne de Noël en affichant "Fantastique décembre" à la place de "Joyeux Noël" sur ses illuminations. Rien que ça...

"Fantastique décembre"

"À Besançon, grâce à la maire écolo, on ne dit plus 'Joyeux Noël' mais plutôt 'fantastique décembre'", condamnait-t-il ainsi sur son compte Twitter, reprenant à son compte une "info" partagée par une élue locale du Rassemblement national (RN), Géraldine Grangier ainsi que par l'élu Les Républicains d'opposition Ludovic Fagaut. La maire écologiste n'avait pourtant rien à voir avec cette initiative puisque l'illumination en question existe depuis 2019, avant qu'Anne Vignot ne soit élue maire de la capitale comtoise. La formule avait été lancée par l'Office de tourisme.

Evidemment, cette fake news a été pointée du doigt à de nombreuses reprises, comme dans cet article de France 3 Franche-Comté, mais les acteurs n'ont néanmoins jamais supprimé leurs propos erronés de la toile. 

Dans le cas de "la Fantastique galette", le procédé est le même, avec une différence pourtant remarquable : l'information est officiellement fausse puisqu'elle est née d'un site ouvertement parodique. 

"Où est le dogmatisme ?"

Plusieurs élus politiques sont néanmoins tombés dans le panneau comme Eléonore Bez, conseillère régionale Rassemblement National Paca (tweet supprimé) ; Laurence A. Gougeon, conseillère municipale LR dans le Var (tweet supprimé) ; Benoît Auguste, conseiller régional RN en Auvergne-Rhône-Alpes (tweet supprimé) ou encore Valérie Boyer, sénatrice Les Républicains des Bouches-du-Rhône (tweet supprimé). 

De son côté Catherine Procaccia, sénatrice Les Républicains, a aussi supprimé son tweet mais a quand même tenu à préciser : "Merci, mais vu les positions d’autres maires EELV, ce n’était même pas surprenant." 

Plus inquiétant encore, des journalistes se sont aussi fait piéger comme Jean-Christophe Buisson, directeur-adjoint du Figaro Magazine ou Jean-Sébastien Ferjou, fondateur du média Atlantico. Ce dernier, plutôt que de reconnaître simplement son erreur et supprimer sa fausse information a ajouté, faisant fi au passage du point 6. de la Charte mondiale d’éthique des journalistes : "La parodie ressemble tellement à la réalité verte qu’on s’y perd… La maire de Besançon est juste anti 5G, pas (encore) anti galette des rois."

Anne Vignot, maire de Besançon, a réagi sur Twitter le lendemain : "La reprise de l'article de @EchodelaBoucle, sans aucun recul, par certains élus et journalistes révèle à quel point l 'idéologie anti #EELV les pousse à croire et relayer ce qui n'est qu'une blague. Où est le dogmatisme ? Le leur imprègne leurs pensées."

De l'erreur d'inattention à la mauvaise foi assumée

L'erreur étant humaine et les biais cognitifs favorisant la propagation des fake news nombreux, nul ne peut se vanter de n'avoir jamais été pris au piège d'une fausse information sur internet. Cependant, le web étant un espace où l'auto-régulation reste forte notamment sur les réseaux sociaux, il est désormais difficile de propager une fausse information sans que l'erreur ne soit signalée et même moquée dans les minutes ou heures qui suivent, et ce par de nombreux internautes. Les deux exemples cités plus haut en sont une fois de plus l'illustration parfaite.  

A voir : VIDEO. Les biais cognitifs - Interview d'Albert Moukheiber | La Fabrique de l'ignorance | Arte :

Mais alors, pourquoi certaines personnes, qui plus est élus politiques et représentants du peuple français ne corrigent-ils pas leur erreur en supprimant tout simplement leur publication erronée comme le permettent tous les réseaux sociaux ? Il s'agit dans ce cas d'une évidente manipulation de l'information, très régulièrement dissimulée sous une bonne couche de mauvaise foi.

Ce procédé couramment appelé désinformation est monnaie courante sur les réseaux sociaux. Il met en lumière une méthode notamment utilisée en politique pour déstabiliser publiquement un adversaire.

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Malheureusement, ce phénomène participe incontestablement au développement d'un sentiment d'incompréhension et de tromperie d'une part grandissante des citoyens face à la parole journalistique et politique. Il favorise également l'émergence des théories du complot. 

Pourtant, en 2019, pour 9 Français sur 10 (88%), les "fake news" constituaient déjà un problème important. 

Bon sens et esprit critique

Contre les fake news, la meilleure protection restent le bon sens et l’esprit critique. Il est important de prendre du recul face à l'information et de modérer son impulsivité sur les réseaux sociaux.

Il convient aussi de remonter au maximum à la source d’une information et de vérifier si cette source est fiable. Dans le cas de L'Écho de la boucle, le site internet indique clairement dans sa rubrique "à propos" : "Les articles publiés sur ce site sont tous écrits dans un but parodique, satirique, humoristique. Souvent les trois à la fois. Tout est faux et nous n’en avons même pas honte." 

Les moteurs de recherche permettent aujourd’hui de vérifier beaucoup de choses, à condition d’aller au bout de la vérification et d'en avoir envie. Ce n’est parce qu’une information est largement partagée qu’elle est vraie. Bien au contraire, la preuve...