Hausse du prix de l'énergie, revalorisation des fonctionnaires : le "cri d'alerte" d'Anne Vignot, maire écologiste de Besançon, sur les difficultés financières des collectivités

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Confrontée à la hausse des coûts de l'énergie et des charges de personnels, Anne Vignot, la maire EELV de Besançon, alerte sur la situation budgétaire de sa ville et en appelle à l'Etat. Interview.

Il n'y a pas que les particuliers qui doivent se serrer la ceinture pour payer leurs factures. C'est aussi le cas des collectivités locales.

A Besançon, Anne Vignot, la maire Europe Ecologie-Les Verts, lance un "cri d'alerte" pour demander à l'Etat d'aider les communes, confrontées comme tout à chacun à la hausse du prix des matières premières, de l'énergie, ainsi qu'aux augmentations salariales des agents. Au point d'envisager d'arrêter, contrainte et forcée, certaines activités ou certains équipements. Interview.

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L'interview d'Anne Vignot ©Jérémy Chevreuil

Quelle est aujourd’hui la situation budgétaire de Besançon ?

"On a une très bonne situation financière. Mais nous avons hérité d’une dette grise, de bâtiments très énergivores. Au regard de la crise énergétique, notre budget est entamé. On est normalement à un peu plus de 4 millions d’euros de dépenses d’énergie. Aujourd’hui on a deux millions supplémentaires pour l’énergie. C’est énorme. On avait anticipé, donc on peut absorber cette dérive, mais ça ne durera pas. Ça, c’est la première alerte. La deuxième alerte, c’est la dérive des prix sur les matériaux : le bois, l’aluminium, les aciers... C’est colossal, entre 20 et 40 % d’augmentation. Au bout du compte, il se pourrait qu’on soit obligé d’abandonner une opération pour aller au bout d’autres chantiers. Le gouvernement a aussi pris une habitude étonnante : il décide de transférer un certain nombre de missions aux collectivités sans compensation. Demain, et c’est très bien parce qu’il y a un besoin de proximité, pour les changements de nom de famille par exemple, c’est un équivalent temps plein (ETP) supplémentaire. Là, il n’y a aucune compensation. On a aussi un élément nécessaire, important et urgent : l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires. On attend de savoir à quelle hauteur. Les dernières revalorisations impactent déjà le budget de fonctionnement de notre collectivité, 2,4 millions d’euros en plus."

L’augmentation du point d’indice ne sera pas compensée ?

"Aujourd’hui, l’ensemble des associations de collectivités demande que ce soit compensé. Pour l’instant, rien n’est annoncé."

Sur Besançon, combien cette augmentation du point d’indice va-t-elle coûter ?

"Si on considère une augmentation de 3 points d’indice, et c’est le minimum à mon avis, c’est 1,8 millions, c’est-à-dire 600.000 euros par point d’indice. Au fur et à mesure, on voit nos budgets d’investissement et de fonctionnement déséquilibrés de façon très importante, au point de remettre en cause la structuration même du budget tel qu’il a été voté. L’Etat n’a pas d’obligation d’équilibrer son budget, alors que nous, si. Si l'on a des surcoûts, on abandonne un certain nombre d’investissements ou de fonctionnement, c’est-à-dire d’activités de la collectivité."

Si rien ne change, vous allez dans le mur ?

"On va dans le mur dans le sens où on aura toujours l’obligation d’être à l’équilibre. Dans le pire des cas, on serait obligé d’arrêter des activités de service à la population. Le fonctionnement, c’est du service à la population. Tout fonctionnement en moins, c’est moins d’argent aux associations culturelles, sportives, sociales... Toute la vie de la ville dépend de ces subventions. Aujourd’hui, j’ai des associations, des clubs qui ont perdu des adhérents, qui sont en très grande difficulté, qui viennent me voir pour qu’on les aide au niveau du fonctionnement. C’est la denrée la plus rare désormais dans cette maison, et pourtant c’est ce qui innerve, ce qui fait vivre le territoire. C’est la subvention, l’accompagnement, qui permet aux associations de continuer à fonctionner. On ne mesure jamais ce que les associations nous apportent. Bien sûr il y a du bénévolat, mais sans subvention, on fait tout tomber. C’est inédit ce qu’on est en train de vivre."

Avez-vous déjà réfléchi à ce que vous pourriez être contrainte d’arrêter ?

"C’est un travail que l’on fera cet été sans doute. Fin août, on aura les pistes sur lesquelles va travailler le gouvernement pour la Loi de finances 2023. On connaîtra alors nos dotations et les contraintes. Le bouclier énergie a été appliqué pour préserver le pouvoir d’achat des particuliers. Des mesures sont prises pour les entreprises, pour les locataires des bailleurs sociaux, mais pour les collectivités, il n’y a aucune compensation. Aujourd’hui, ce sont les collectivités qui absorbent tous les chocs de la crise. On va tous être amenés à réviser nos budgets, ce qui est exceptionnel. Si ça continue comme ça, on sera peut-être obligés d’arrêter des activités. On gardera, bien sûr, les activités essentielles."

Où avez-vous des marges ? Où pouvez-vous mettre des coups de rabot ?

"On est déjà dans une grande sobriété. Il est nécessaire de continuer à travailler sur ce qui est structurel : l’école d’abord. On ne fera pas d’économies sur les enfants. Au vu du budget actuel, on espère qu’on pourra résister en 2022, et on regardera attentivement ce qui va se passer en 2023. On résiste aussi parce qu'on a été ambitieux: les gymnases, on a mis 5 millions dans leur rénovation. On a une économie directe d’énergie de 150.000 euros. On aura donc un retour sur investissement rapide et important."

Des communes, plus petites que Besançon, ont arrêté de chauffer leur piscine à cause du coût de l’énergie. Pourrait-on arriver à cela à Besançon ?

"Je ne sais pas si c’est sur le loisir ou sur la culture qu’il faut fermer ou arrêter des activités. Il faut analyser l’impact sur nos populations. C’est un équilibre qu’il va falloir trouver."

Qu’attendez-vous précisément du gouvernement ?

"L’ensemble des collectivités, de manière transpartisane, interpelle l’Etat pour qu’il travaille avec les collectivités, pas au détriment des collectivités. Les marchés publics, un des grands moteurs de l’économie, c’est nous, les collectivités… Les partis de gauche demandent la mise en place d’un fonds de justice sociale et climatique. Ce n’est pas dans la culture de Bercy, mais l’urgence est bien de flécher les aides de l’Etat aux collectivités. Les investissements et le fonctionnement doivent être dédiés à des choses capitales. C’est un cri d’alerte. Le modèle arrive au bout. Les collectivités ne peuvent pas tout absorber. Si l’Etat empêche les collectivités de fonctionner, c’est tout le système qui tombe."

Même en augmentant les impôts locaux ?

"Il n’y a plus d’impôts locaux. Plus de taxe d’habitation. Il reste la taxe foncière, mais ce n’est pas très important."

Vous ne dites donc pas « Je n’augmenterai pas les impôts ».

"Je ne peux rien dire du tout. Si demain, je ne peux plus assurer les aides à domicile, avec le CCAS, si je ne peux plus assurer l’encadrement des enfants à l’école, il est évident qu’on regardera de très près cette problématique d’impôts. Les impôts, c’est un levier mais il est minime par rapport à la crise. Aujourd’hui, on demande à l’Etat qu’il ne nous interdise pas d’agir."