Pénurie de carburant : en Franche-Comté, proche de la Suisse, la crainte de "l'effet domino"

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Une station-service française sur six est concernée par la pénurie de carburants ce vendredi 7 octobre, en raison d'un mouvement de grève dans les raffineries. En Franche-Comté, les professionnels craignent que la situation s'aggrave dans les prochains jours, en raison notamment de la proximité de la Suisse, où l'essence est plus chère.

 – Allô bonjour, je voulais savoir si vous aviez du carburant.

 – Rien du tout monsieur, et aucune livraison avant le 16 octobre. Franchement on est à sec.

La conversation téléphonique est brève, et pour cet employé d'un transporteur, malheureusement répétitive.

Pour les sociétés de poids lourds, la chasse aux carburants est ouverte. Quand les secrétaires trouvent des stations-service avec du gazole à vendre, les camions sont déroutés, d'autant plus s'il s'agit d'une station TotalEnergies, qui ajoute 20 centimes aux 30 centimes de ristourne de l'Etat. A 1000 litres le plein, la différence de prix est de 200 euros.

Pas anodin pour Jean-Marc Casmi, le président régional du syndicat OTRE (Organisation des Transporteurs Routiers Européens), qui facture à l'appui déplore déjà une hausse de 32 centimes hors taxes entre août 2021 et août 2022, soit 27% d'augmentation.

Cliquez ici pour voir la carte des stations-service privées de carburant:

Des revendications salariales dans les raffineries

La remise de TotalEnergies, qui gère près du tiers des stations-service en France, a suscité l'engouement des automobilistes, et asséché les stocks desdites stations.

Mais surtout, plusieurs raffineries sont bloquées depuis quelques jours. Les grévistes demandent une augmentation de salaires. Les groupes TotalEnergies et Esso-ExxonMobil sont concernés par ces blocages, à l'origine des difficultés d'approvisionnement. A TotalEnergies, la CGT demande 10% d'augmentation (7% pour l'inflation, 3% pour "le partage de la richesse"). Le groupe pétrolier français a réalisé 10,6 milliards de dollars de bénéfices au premier semestre 2022.

J'appelle les entreprises concernées, qui, pour la plupart, ont quand même de bons résultats, à considérer aussi les demandes d'augmentation de salaire.

Olivia Grégoire, ministre déléguée aux petites et moyennes entreprises

FranceInfo

Le gouvernement met la pression sur les acteurs de ce conflit social dans les raffineries, jusqu'à la Première ministre Elisabeth Borne qui ce vendredi "appelle vraiment à la responsabilité les directions et les représentants des salariés de ces entreprises pour que ces négociations salariales - puisque c'est de ça qu'il s'agit - aboutissent et ne pénalisent pas les Français".

La pénurie fait tâche d'huile

Des stations TotalEnergies, la pénurie s'étend aux concurrents. Chez Intermarché, 2e distributeur national, l'évolution de la situation est scrutée avec attention.

Directeur du magasin de Quingey (Doubs), près de Besançon, Stéphane Dague se dit "inquiet? non, mais très vigilant".

D'ordinaire, les stations-service comtoises sont ravitaillées par trois sources principales : Lyon, dont la raffinerie de Feyzin est complètement bloquée ; Mulhouse, où les hydrocarbures arrivent lentement en barge d'Europe du Nord ; et le dépôt pétrolier de Dijon-Longvic, dont les réserves avoisinent 75.000 mètres cubes.

C'est l'affolement qui créé la pénurie. Ce n'est pas un problème de logistique ou de tension sur l'approvisionnement

Stéphane Dague, directeur du magasin Intermarché de Quingey

"Ce que l'on craint, c'est l'effet domino, explique le patron de supermarché. Dans tout le bassin frontalier, avec les différences de prix par rapport à la Suisse, on est déjà sur des volumes historiques. Les clients qui n'ont plus de carburant là-bas pourraient descendre sur le plateau."  Et augmenter ainsi la pression sur des stations déjà assaillies par les clients.

En Franche-Comté, la situation pourrait donc se dégrader dans les prochains jours. Surtout qu'il faudra bien deux semaines pour relancer les raffineries arrêtées et rétablir des circuits d'approvisionnement réguliers.

Dans une station-service bisontine, un automobiliste que nous avons croisé résumait le paradoxe de la situation : "Un jour sur deux, il n'y a pas d'essence. Du coup quand on en voit, il faut sauter dessus". Et augmenter ainsi la pénurie.

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