À l'occasion de la Journée internationale contre l'homophobie et la transphobie, notre rédaction a choisi de laisser la parole à Julie, personne transgenre installée à Besançon, dans le Doubs. Une construction singulière et un parcours de vie hors du commun ont fait de Julie une femme empreinte d'un immense courage. Portrait. 


"On ne naît pas femme, on le devient" écrivait Simone de Beauvoir, dans "Le Deuxième Sexe", ouvrage féministe publié en 1949. Cette citation prend tout son sens au regard de l'itinéraire singulier de Julie, Bisontine de 47 ans, enjouée et apprêtée. Julie n'a pas toujours porté ces vêtements. Elle n'a pas toujours eu les ongles longs et le visage imberbe. Julie a eu "une double vie". Son sexe d'assignation de départ est celui d'un homme. Elle a pourtant fait le choix de devenir femme, pour continuer à exister.

"Ça m'a pesé toute ma vie, mais j'avais choisi de vivre quand même. Je choisissais des chemins à la con, j'étais perdue. Un jour, ça a été un pont ou la vie. J'ai choisi la vie" confie celle qu'on appelait "Jojo", lorsqu'elle était encore un homme. Un livre l'a "sauvée" : celui de Mathilde Daudet, l’arrière-petite-fille de l’écrivain Alphonse Daudet. "J'ai lu Choisir de vivre, un petit bouquin de quelques centimètres. Après l'avoir lu je me suis redressée de quelques centimètres" mime Julie du bout des doigts, en redressant son buste lorsqu'elle prononce ces mots. 

"J'ai construit une bulle"


Lorsqu'elle a pris la décision d'entamer sa transition, Julie a quitté les deux jobs qu'elle exerçait : manutentionnaire et femme de ménage. La Bisontine veut désormais devenir horlogère. Elle est actuellement en formation à l'AFPA Besançon. Cette passion pour l'horlogerie est arrivée tardivement, comme une bouée de sauvetage, un exutoire psychologique dans lequel Julie trouve refuge. La montre... Cet objet caractérise bien son parcours de vie. La multitude de rouages qui composent une montre se mettent en place et s'activent au moment de l'assemblage final. Toutes les pièces fonctionnent ensemble et le tout est protégé par une enveloppe de verre.

Julie, lorsqu'elle était "Jojo". / © DR
Julie, lorsqu'elle était "Jojo". / © DR

"Au début de ma transition, j'ai commencé à choisir qui je fréquentais, à faire le tri. J'ai construit une bulle. Lorsque je suis à l'AFPA, le midi, je mange parfois dans ma voiture. À ce moment-là, je sors de l'enclos et je redeviens moi-même, entièrement" détaille cette véritable passionnée, particulièrement attirée par les montres à gousset. 

La transition, un processus long 


Pour une personne trans, faire une transition, c’est effectuer un certain nombre de changements physiques et/ou sociaux afin d’être plus à l’aise avec son corps et avec la façon dont on est perçue ou désignée en société. Julie a décidé d'avancer sur le long chemin de la transition il y a maintenant un an et demi.

La Bisontine a choisi un nouveau prénom, demandé à modifier ses papiers d'identité et débuté une prise d'hormones, pour modifier lentement son corps et pour prendre place dans une nouvelle enveloppe féminine. "Lorsque j'ai choisi d'entamer ma transition j'ai tout ouvert psychologiquement. Quand j'ai récupéré ma nouvelle carte d'identité, quelle émotion ça a été pour moi !" raconte-t-elle, pleine d'enthousiasme.

Julie prend désormais un réel plaisir à choisir ses tenues : "Quand j'étais d'apparence masculine, je n'avais pas de goût pour m'habiller." / © Sarah Rebouh
Julie prend désormais un réel plaisir à choisir ses tenues : "Quand j'étais d'apparence masculine, je n'avais pas de goût pour m'habiller." / © Sarah Rebouh

"Je flippe, mais je le ferai"


Le traitement médicamenteux que prend Julie est assez léger. Une crème oestrogène à appliquer à l'intérieur de l'avant-bras vient compléter la prise de cachets bloqueurs de testostérone. "On ne peut pas décider sans l'avis d'un médecin de prendre des hormones. Il nous faut une ordonnance. J'ai compris au moment de ma transition l'importance d'avoir un bon médecin traitant. Mentalement, des choses se mettent en place. À l'extérieur, on se fait du bien, en s'habillant comme on le souhaite. Je n'ai pas envie de ressembler à autre chose" détaille la quadragénaire qui bénéficie également d'un suivi psychologique.

Elle le sait. La prochaine étape est l'opération chirurgicale, afin de se voir attribuer un sexe de femme. Julie veut limiter les risques mais n'a aucun doute : "Je veux être opérée mais c'est une opération lourde qui dure 8 heures. Je flippe, mais je le ferai. Ils ont fait beaucoup de progrès médicaux concernant la réassignation [sexuelle]." 


"À 99% concernée par le droit des femmes"


"Quand j'étais un homme, je n'étais pas macho, et maintenant l'attitude des hommes me gave carrément. Le fait de passer d'homme à femme, c'est là que tu vois les différences. Tu dois prouver plus en fonction de ton sexe. Le monde est fait pour les hommes, y'a pas à chier" explique Julie qui dénonce et s'indigne du patriarcat dans notre société. Elle a développé une sorte de rejet de la masculinité, à force de blessures et d'exclusion. "C'est vrai les nanas ont été plus sympas avec moi" avoue-t-elle. "Je me sens concernée à 99% par le droit des femmes... Car je manque encore de confiance en moi !" sourit-elle. 

Témoignage de Julie, personne transgenre

Le mouvement #MeToo, né sur les réseaux sociaux de la dénonciation des agressions sexuelles subies par des milliers de femmes, l'inspire. "Il fallait que ça arrive. C'est capital. Il fallait ce coup de pied là-dedans. C'est le résultat de plus de 40 ans de combats des femmes. On n'est pas justes des plantes vertes" explique Julie. Cette dernière voue une admiration sans bornes pour les luttes féminines et notamment pour "le combat" de sa mère : "Cette femme a lutté en dehors des groupes militants, dans sa propre vie, notamment en s'émancipant de son père."

Des manifestantes crient des slogans lors de la marche #MeToo et #WeTogether place de la republique a Paris, en janvier 2018. / © Christophe Petit Tesson/MAXPPP
Des manifestantes crient des slogans lors de la marche #MeToo et #WeTogether place de la republique a Paris, en janvier 2018. / © Christophe Petit Tesson/MAXPPP

 

Le collectif bisontin XYZ


Julie fait partie du collectif XYZ. Cette association bisontine féministe et queer a été créée en 2014, "après la bataille pour l'ouverture des droits au mariage pour les couples de même sexe et la Manif pour tous qui a occupé le devant de la scène médiatique pendant des mois avec sa rhétorique réac et homophobe".  

La quadragénaire y a trouvé de nombreux soutiens et une "véritable famille". Le collectif organise chaque année le Festival Hors Clichés, en avril à Besançon. Les membres de l'association participent également à une émission radio intitulée XYZondes, diffusée sur Radio Bip qui constitue un véritable espace d'information pour les personnes homosexuelles et transgenres.