Lilou accuse son grand-père de l'avoir violée l'été de ses 12 ans, elle conteste le non-lieu rendu en sa faveur

Elle accuse son grand-père de viols et d'agressions sexuelles quand elle avait 12 ans. Ce mercredi 17 avril 2024, la jeune femme de 19 ans contestait devant la Chambre d'accusation de la Cour d'appel de Besançon (Doubs) le non-lieu rendu en février dans ce dossier.

Elle est arrivée au Palais de justice de Besançon (Doubs) au bras de son avocate, entourée par ses parents. Toujours aussi déterminée à obtenir justice. En septembre 2020, la jeune femme, alors âgée de 15 ans, avait porté plainte pour quatre viols et des agressions sexuelles de la part de son grand-père paternel à l'été de ses 12 ans. Mais le chef d'entreprise a obtenu un non-lieu en février dernier.

Un non-lieu contesté ce mercredi 17 avril 2024 devant la chambre d'accusation de la Cour d'appel. Une audience à huis clos, c'est la règle dans cette procédure, au cours de laquelle seuls les avocats des deux parties ont pu s'exprimer. Mais Lilou a pu tout de même assister aux débats sur demande exceptionnelle de ses défenseurs.

Audience à huis clos

"On ne parle pas d'une jeune fille sur papier avec des dépositions écrites qu'on relirait, explique à France 3 Franche-Comté Me Marine Allali, l'avocate de Lilou, Lilou, elle existe, elle est réelle et je pense que c'est important de prendre des décisions en la regardant droit dans les yeux."

Une jeune femme aujourd'hui majeure qui "attend justice pour se reconstruire", insiste Me Didier Seban, le ténor du barreau parisien, spécialisée dans les affaires non résolues, qui assure aussi personnellement la défense de la jeune femme. "Ce qu'elle dit a d'autant plus de poids qu'elle le repère et l'a répété extrêmement régulièrement, indique-t-il. Elle veut que sa parole soit crue et entendue."

L'adolescente a été entendue quatre fois. Deux confrontations ont eu lieu avec son grand-père qui nie toujours les faits. Selon le juge qui a prononcé le non-lieu, "c'est la parole de l'un contre la parole de l'autre, on n'est pas arrivé à prouver ce que Lilou soutient, il y a des indices, mais pas suffisamment d'éléments à charge, résume Me Didier Seban. Nous, nous considérons que les éléments qui sont au dossier et qui ont été débattus aujourd'hui justifient qu'on renvoie le grand-père de Lilou devant la Cour d'assises."

De son côté, Me Frédéric Berna, bâtonnier du barreau de Nancy (Meurthe-et-Moselle) et avocat du grand-père, n'a pas souhaité réagir. La décision a été mise délibéré au 15 mai prochain.

"On ne fait pas bien les choses"

Une affaire emblématique selon les avocats de Lilou, car elle montre le traitement de l'inceste par la justice en France. "Aujourd'hui, la Ciivise (la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux mineurs, NDLR) qui était chargée d'enquêter sur l'importance du phénomène de l'inceste en France, a décrit combien pour les victimes, c'est un parcours du combattant, souligne Me Dider Seban. Très peu d'affaires viennent devant la justice par manque de preuves, par l'absence de prise en compte ou la contestation de la parole des enfants ou des jeunes."

On estime que 160 000 enfants par an sont victimes d'agressions sexuelles. Et il n'y a que 3% des plaintes pour viol qui aboutissent à une condamnation de l'auteur. C'est ridicule !

Me Marine Allali, avocate de Lilou.

"On peut peut-être se dire au bout d'un moment qu'on ne fait pas bien les choses, insiste l'avocate de la jeune femme. Que les enquêteurs ne font pas bien les choses, que les juges ne font pas bien les choses, que les chambres d'instruction ne font pas bien les choses, que la société toute entière ne fait pas bien les choses !"

"Lilou se sent aussi comptable de cette exigence de justice pour les victimes, conclut Me Didier Seban. Ce combat-là, ce combat pour le droit à être entendu, le droit à ce qu'un jugement ait lieu, elle considère que ce n'est pas seulement son combat, c'est aussi celui qu'elle mène au nom d'autres victimes."

"Je crie au scandale"

En septembre 2023, Lilou, soutenue par ses parents, avait déjà publié sur France Info une lettre ouverte pour dénoncer l'inaction de la justice et le manque d'écoute des interlocuteurs qu'elle a rencontrés. "Je crie au scandale", écrivait-elle, jugeant la procédure "bâclée""La justice, l’enquêteur, la juge, me disent qu’ils sont là pour m’écouter, pour m’entendre. Mais c’est faux. J’ai beau le répéter, et le répéter, je n’arrive pas à me faire entendre, à me faire comprendre", poursuivait la jeune femme.

Lilou terminait son courrier par cette phrase, en s'adressant directement au président de la République Emmanuel Macron.

"J’en appelle au président de la République, Emmanuel Macron, vous qui avez, début 2021, affirmé : 'On est là, on vous écoute, on vous croit, et vous ne serez plus, jamais seuls' . En tout cas, Monsieur Emmanuel Macron, je pense qu’à Besançon, ils ne vous ont pas entendu." 

Lilou, lettre ouverte publiée en septembre 2023

France info.

Le procureur de la République de Besançon, Etienne Manteaux, avait alors indiqué à France 3 Franche-Comté avoir placé le mis en cause "sous le statut de témoin assisté par le juge d'instruction, qui a considéré qu'il n'y avait pas d'indices graves et concordants". Il avait par ailleurs expliqué qu'il s'agissait d'un "dossier complexe" puisque le mis en cause est très crédible dans ses dénégations et que le père de la plaignante se trouve dans un conflit majeur de succession avec son père.