"Les conscrits ça ne se raconte pas, ça se vit" : pourquoi cette tradition perdure dans le Haut-Doubs ?

L'incontournable défilé des classes est prévu dimanche 2 avril à Pontarlier. Cette tradition des conscrits perdure dans certains villages du Haut-Doubs, à Morteau et dans le Saugeais, comme dans quelques régions de France. Mais quelle est son origine ? Explications.

Ils et elles ont 20 ans, ont grandi dans la même commune et fêtent ensemble leur passage de l'adolescence à l'âge adulte. Chants, surnoms, chapeaux, cagnotte, voilà la panoplie des conscrits dans le Haut-Doubs. Une ancienne tradition durant laquelle retrouvailles, partage et bonne humeur sont les maîtres mots. Pour Martial Bournel Bosson, un Mortuacien de la classe 2013, "les conscrits ça ne se raconte pas, ça se vit". Tentons tout de même de le résumer ici...

Mascotte géante, déguisement et bons vœux

A Morteau, les jeunes entrant dans leur 20e année préparent une mascotte géante faite de bois, de paille et de tissu. Pendant plusieurs mois, au sein d'une association créée à cette occasion, ils consacrent leur temps libre à cette activité de co-construction. Snoopie, Popeye, Babar ou Gaston Lagaffe, chaque année le "bonhomme" prend une forme différente. Ephémère, ce géant ambulant est intégralement brûlé à la fin de la fête. C'est la plus vieille tradition de la ville. La plus ancienne image de conscrits retrouvée remonte à 1897, elle a été prise devant la mairie. 

Dans les archives, Martial Bournel Bosson a retrouvé trace d'un bonhomme réalisé en 1925 à l'effigie d'un vendeur de meuble local. "Pour se venger d'avoir été très mal reçu par ce gérant, les conscrits avaient réalisé un bonhomme en meubles avant d'y mettre le feu" raconte-il. Autre époque, autre symbole : en 1986, les conscrits choisissaient Coluche comme mascotte. 

Outre le traditionnel banquet des classes en mai à Morteau, dans les petits villages du Haut-Doubs, les conscrits se réunissent lors du Nouvel An. Ils se rendent de maison en maison, présenter leurs vœux aux habitants. Cette tournée des conscrits peut durer jusqu'à deux semaines. Une chose est sûre, être conscrit, c’est pour la vie.

A Pontarlier, le défilé des conscrits prend des allures de carnaval. Dans les rues du centre-ville, plus de 800 personnes, de 20 à 80 ans, paradent regroupées par classe d'âge et déguisées selon un thème spécifique. La tradition veut que ce cortège générationnel s'arrête devant chaque monument aux Morts de la ville pour y déposer une gerbe de fleurs. Cette année le défilé a lieu dimanche 2 avril à partir de 10h.  

L'origine des conscrits remonte au XVIIIe siècle

La fête des conscrits est une tradition qui remonte à la création du service militaire. Autrefois connu sous le nom de conscription, le service militaire est né dans le sillage de la Révolution française de 1789. La conscription militaire devient obligatoire avec la loi Jourdan-Delbrel du 5 septembre 1798. La guerre n'est alors plus réservée à des professionnels. Tous les Français âgés de 20 à 25 ans révolus sont appelés sous les drapeaux sur ordre ou par tirage au sort, avec possibilité, pour les plus aisés, de se trouver un remplaçant.

Avant d’être appelés sous les drapeaux, les jeunes gens formant une même classe se réunissaient pour fêter leur départ. Ils faisaient du porte à porte dans les villages pour dire aurevoir et recevaient bien souvent de la monnaie qui complétait leur maigre solde. Avant de franchir cette étape importante de la vie d’un homme, le conscrit ne pouvait ni se marier ni commencer une vie professionnelle.

La tradition des conscrits à Morteau bientôt racontée dans un livre

Malgré la suspension du service militaire par Jacques Chirac en 1997, ces rites de passage perdurent dans le Haut-Doubs comme en Alsace, dans le Mâconnais, la Bresse ou le Haut-Bugey. À Villefranche-sur-Saône, dans le Beaujolais, la fête des conscrits est même inscrite à l'Inventaire du Patrimoine Culturel Immatériel.

Trois Mortuaciens passionnés préparent un ouvrage sur l'histoire de la conscription en France et à Morteau de sa naissance à 2023. Ils ont lancé une campagne de financement participatif pour les aider à éditer leur livre. L'ouvrage paraîtra le 5 mai, à la veille du traditionnel banquet des classes de Morteau. 

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