Stellantis : 3008, 5008... découvrez comment sont fabriquées ces voitures sur la nouvelle ligne de montage de l’usine de Sochaux

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Écrit par Sophie Hienard

Une nouvelle ligne de montage a été inaugurée début février à Sochaux (Doubs). L’usine du futur a pour objectif de s’adapter aux salariés et à la production des voitures Peugeot 3008 et 5008.

Cinq ans et 200 millions d’euros, voilà ce qu’il a fallu pour développer cette nouvelle plateforme. « Sochaux 2022 », c’est le projet d’une usine du futur, bien plus automatisée que les deux anciennes lignes de montage. 500 salariés utilisent ce nouveau système. D’ici juin, ils seront 1.500 soit toutes les équipes de montage. 

La voiture est assemblée au complet dans un seul et unique lieu. Dans le bâtiment de plus de 130 000m², les véhicules autoporteurs suivent un circuit. Totalement autonomes, ces robots apportent les pièces aux salariés.

Reportage de Rémy Poirot et Denis Colle. Montage de Margaux Martin.

Ergonomie et avenir

D'après Christian Texeira, responsable du projet de transformation Sochaux 2022 – Stellantis, tout est optimisé pour s’adapter aux travailleurs. Au sein de l'usine, il prend l'exemple des convoyeurs et explique :  « Chacun des skillets  [ndlr : appareil de manutention] embarque une table élévatrice, qui permet à chaque poste, en fonction de l’opération qui y est faite, de se mettre à la meilleure hauteur ergonomique possible pour l’opérateur, pour qu’il travaille dans les meilleures conditions possibles et assurer la meilleure qualité possible au poste »

La nouvelle ligne de montage permet aussi d’accueillir les différentes technologies, comme les moteurs thermiques, mais aussi et surtout les moteurs hybrides et électriques. En bref, les véhicules d’avenir. Christophe Montavon, directeur du site de Sochaux admet :  « l’électrification des gammes est en cours, ce n’est pas quelque chose qui était souhaité par les constructeurs. Pour autant nous avons dû nous adapter. Stellantis est en train de s’organiser pour être capable de faire du tout-électrique d’ici quelques années. »  

Une plus grande production de véhicules ?

Cette automatisation permet un gain de temps considérable : l’assemblage d’une 3008 ou d’une 5008 prendra 2 heures 30 minutes, contre 3 heures avec les deux anciennes lignes de montage. La direction l'affirme : l'objectif reste le même à savoir, produire 400.000 voitures par an, et donc 60 véhicules par heure.

Eric Peultier, délégué syndical de Force Ouvrière Stellantis, salue l'ergonomie de la nouvelle ligne de montage mais reste prudent :  « 60 véhicules par heure, c'est le temps de défilement des voitures sur la chaîne. Il est à la limite de l'acceptable pour le corps humain. Si on en vient à plus d'un véhicule par minute, alors nous interviendrons.  »

Moins d'emplois ?

Si la direction vante son système de montage automobile comme  « le plus efficace d’Europe », qu'en est-il des emplois ? Les gains de productivité pourraient aussi menacer les salariés. Il n’en est rien d’après la direction . « Si on ne fait pas cette automatisation, ce compactage du site, le coût de fabrication sera beaucoup plus élevé, et nous serons de moins en moins compétitifs, reconnaît Christophe Montavon. A l’inverse, c’est en rationalisant nos flux et en optimisant notre outil de travail que nous garantissons le coût le plus faible possible et c’est ainsi que nous garantissons l’avenir du site ». 

Jérôme Boussard (CGT Stellantis) n'est pas du même avis.  « Ce n'est pas pensé pour l'homme, c'est pensé avant tout pour la production », tance-t-il. Le délégué syndical CGT regrette que « les salariés n'[aient] pas été suffisamment consultés avant la mise en place » de cette ligne de montage . « Ce compactage annonce une possible casse de l'emploi à l'avenir. On le voit bien avec le modèle d'Amazon », s'agace-t-il . Et si cette meilleure productivité permettait aussi de répondre à de nouvelles revendications sociales ? C'est en tout cas ce qu'espère le syndiqué :   «  Peut-être que ce sera l'occasion de passer aux 32 heures, pour que tout le monde puisse garder son emploi  ».