Départementales 2021 en Haute-Saône : Alain Joyandet défie Yves Krattinger en espérant prendre le département

Alain Joyandet, conseiller régional d’opposition et sénateur LR, annonce sa candidature aux élections dans un canton de Vesoul détenu par des anciens LR devenus Divers Droite, et qui soutiennent Yves Krattinger, président Divers Gauche du département. Alain Joyandet brigue aussi la présidence.

Alain Joyandet (Les Républicains) candidat aux élections départementales de Haute-Saône, et aux régionales dans ce même département.
Alain Joyandet (Les Républicains) candidat aux élections départementales de Haute-Saône, et aux régionales dans ce même département. © Alexandre MARCHI - maxPPP

Surprise pour certains, pas pour d’autres : Alain Joyandet, sénateur LR de Haute-Saône, se présente aux élections départementales des 20 et 27 juin 2021. Il est également tête de liste pour la liste de droite, conduite par Gilles Platret (LR), aux élections régionales en Haute-Saône.

Selon lui, ce sont ses amis politiques qui l’ont sollicité : « Tout le monde me le demandait, des élus, des gens parce que sinon, personne n’a un leadership suffisant pour emmener l’équipe."

Après avoir été réélu au Sénat largement au premier tour, je fais mon devoir… et j’ai envie aussi

Alain Joyandet

Un fin observateur de la vie politique régionale, adhérent chez Les Républicains également, vient d’apprendre cette candidature : « La guerre entre les deux Alain est relancée. Là, c’est la haine ! »

Alain Chrétien , Agir la droite constructive
Alain Chrétien , Agir la droite constructive © Vincent Isore, Maxppp

L’autre Alain, c’est Alain Chrétien, ancien député et actuel maire de Vesoul. Alain Joyandet lui a « passé » la mairie. Son héritier a depuis quitté LR, et adhéré à Agir, mouvement qui soutient Emmanuel Macron, président de la République.

Alain Joyandet se présente dans le canton de Sylvie Manière et Thomas Oudot, qui est adjoint à Vesoul chargé des écoles, et donc soutenu par le maire Alain Chrétien.

La guerre est-elle relancée ? Alain Joyandet répond : « Non, il n’y a pas de guerre. Les relations entre nous sont normales. Mais il y a un accord politique entre Alain Chrétien et Yves Krattinger. Trois conseillers départementaux, élus Divers Droite, votent avec le président de gauche, Yves Krattinger. Il faut que les électeurs le sachent. C’est une réalité politique, Alain Chrétien a choisi clairement le camp de la majorité présidentielle.» Du Département et de la nation.

Dans l’autre camp, mi-surprise, mais pas d'esprit de guerre

Thomas Oudot et Sylvie Manière voient donc arriver sur « leur » canton Alain Joyandet.

Sylvie Manière s’étonne : « Alain Joyandet annonce sa candidature dans la Presse de Vesoul, l’hebdo qui lui appartient (NDLR, cet hebdomaire n'appartient plus à Alain Joyandet), avec une photo de lui à la une, seul, sans la femme qui compose le binôme avec lui. Cette attitude m’étonne et m’attriste ! Avec Thomas (Oudot), on n’est pas comme ça. Moi, je repars parce que je veux aider les gens, mener encore des dossiers, faire avancer les choses en Haute-Saône. » confie-t-elle.

Thomas Oudot ne s’étonne pas de l’arrivée de l’ancien maire, la rumeur courait à Vesoul. Frédéric Bernabé, communiste, qui avait annoncé sa retraite de la vie politique, est à nouveau lui aussi candidat sur ce canton, Vesoul 1.

Thomas Oudot connait l'ancien maire : « Déjà pour les municipales à Vesoul en 1995, l’affiche c’était Joyandet contre Bernabé. J’avais 10 ans."

Je connais bien Alain Joyandet, j’ai collé ses affiches quand j’étais jeune militant ! 

Thomas Oudot

Il raconte : « Sylvie Manière et moi, nous proposons de faire de la politique autrement. Nous représentons la droite moderne, modérée, ouverte. On ne cumule pas, on travaille avec les maires, les habitants, on s’engage pour nos territoires. Oui, Benoît Tomassin, Sylvie Manière et moi, nous avons voté le budget : pour Vesoul, il y a les subventions pour rénover les trois collèges de la ville. On n’allait pas s’y opposer quand même… »

Alain Chrétien, lui aussi, commente cette candidature : « Thomas Oudot, c’est le benjamin de l’assemblée départementale. C’est un type bien. Il a construit son propre groupe indépendant de tout le monde, oui, de tout le monde. Il a pris de l’épaisseur au fil des années. Il est très apprécié car, comme Sylvie Manière, il est très présent. Ils donnent une belle image des représentants du peuple. »

Mais la guerre est relancée avec Alain Joyandet ?  « Sa guerre n’est pas ma guerre, et je ne fais la guerre à personne. J’ai du respect pour lui mais nous avons des désaccords de fonds sur la façon de faire de la politique» ajoute Alain Chrétien.

Selon l’actuel maire, pas question de ne pas travailler avec des responsables de gauche comme Yves Krattinger, Divers Gauche, ou Marie-Guite Dufay, présidente PS du conseil régional.

Alain Joyandet, la présidence du département en ligne de mire

Alain Joyandet annonce clairement la couleur : rafler le département à la gauche et en devenir le nouveau président. Il souhaite « proposer une alternance crédible. Yves Krattinger est président depuis 20 ans, 24 ans de socialisme, ce n’est pas raisonnable. J’ai toujours dit être contre trois mandats successifs à la tête d’un exécutif. »

Selon lui toujours, tous les cantons sont prenables par la droite.

En cas d’élection, il ne pourra pas cumuler tous les mandats, sénateur, conseiller régional et conseiller départemental : « Je prends mon risque. Automatiquement, je perds le mandat le plus ancien, celui au Sénat."

Ce n’est pas un petit challenge. 

Alain Joyandet

A gauche, Christian Prudhomme, patron du tour de France, et Yves Krattinger, président du département de la Haute-Saône
A gauche, Christian Prudhomme, patron du tour de France, et Yves Krattinger, président du département de la Haute-Saône © Alexandre Marchi Maxppp

Yves Krattinger, le président du conseil départemental est lui sorti de l’hôpital ce jeudi 6 mai après avoir fait un léger AVC, accident vasculaire cérébral le samedi précédent. Il va beaucoup mieux et dit avoir continué de travailler même à l’hôpital.

Lui est très laconique à propos de cette candidature : « Cela ne m’intéresse absolument pas. Je ne veux parler que des Hauts-Saônois et de la Haute-Saône. Je ne ferai aucun commentaire. »

Hasard ou évitement ? Jusqu'à maintenant, aucun combat électoral ne les avait placé face à face. Pour la première de leur histoire, à ce scrutin départemental, les deux hommes forts de la Haute-Saône, l'un à droite et l'autre à gauche, s'affrontent dans une élection.

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