Elections municipales 2020 : petite commune rurale de Haute-Saône cherche candidats désespérément

Au Val-Saint-Eloi, le manque de candidats volontaires pour les prochaines élections municipales pose problème. / © A Marchi/MaxPPP
Au Val-Saint-Eloi, le manque de candidats volontaires pour les prochaines élections municipales pose problème. / © A Marchi/MaxPPP

Au Val-Saint-Eloi, en Haute-Saône, un candidat cherche désespérement à monter une liste municipale en vue des élections de mars 2020. Mais le manque de candidats jette le doute sur ce petit village. La situation met en lumière le désengagement politique en milieu rural.

Par Antoine Belhassen

Quelques maisons, un ancien lavoir, une église du 12e siècle et des forêts à perte de vue. D'habitude, la quiétude règne sur la petite commune du Val-Saint-Eloi, en Haute-Saône. Mais depuis quelques jours, l'agitation gagne ses habitants. Surtout un villageois en particulier : David Seimpere.

Arrivé il y a près de trois ans, ce Vésulien cherche à se présenter aux prochaines élections municipales de mars 2020. Problème : faute de candidats, il ne peut pas présenter une liste complète. Ces derniers temps, David occupe une partie de ses journées à démarcher, à dialoguer et à tenter de convaincre les quelque 100 habitants du Val-Saint-Eloi.

"Je suis tombé amoureux d'une maison. On s'y est installé avec ma femme qui venait du village. Je me suis vite bien senti dans le village. J'ai pris quelques responsabilités, je me suis investi dans l'association locale. Je voulais bien m'engager dans les prochaines élections municipales. Mais pas en tant que tête de liste", raconte-t-il.

Après de nombreux échanges avec les "anciens" du village, ce salarié de l'industrie automobile de 38 ans décide de se présenter. Un peu malgré lui. Faute d'autres volontaires.


Des chantiers qui inquiètent


Alors que le dépôt des candidatures est ouvert, David Seimpere, peine à regrouper une liste municipale complète. "Je n'ai que 7 personnes qui souhaitent s'engager. Il m'en faut au minimum 11", s'inquiète-t-il. Quelques Valois pourraient rejoindre sa liste, mais il n'est pas certain de leur motivation

Je ne pensais pas que ce serait si compliqué. Des habitants m'ont incité à me lancer dans la campagne. Ils m'ont beaucoup parlé mais ne me suivent pas par la suite. C'est rageant.

L'église du 12e siècle du Val-Saint-Eloi est en cours de rénovation depuis plusieurs mois. Le clocher menaçait de s'écrouler.
L'église du 12e siècle du Val-Saint-Eloi est en cours de rénovation depuis plusieurs mois. Le clocher menaçait de s'écrouler.

David Seimpere craint que les chantiers en cours et la situation de la commune découragent les possibles candidats. L'église subit d'importants travaux financés en partie par la fondation Stéphane Bern. Et, les forêts qui encerclent le village sont malades. A la sécheresse, se sont ajoutés, cet été, les scolytes, de petits insectes qui rongent les arbres.


"C'est trop difficile"

 

Le candidat, qui devrait vivre sa première expérience politique, n'a pas peur de se présenter. Mais, il ne pensait pas faire face à un tel désengagement politique.

Le maire sortant, Daniel Pinot, lui, n'est pas surpris : "Il est arrivé il y a peu de temps dans le village. C'est forcément difficile de faire l'unanimité dans un village constitué à trois quarts d'anciens et de retraités."

Ce retraité de 70 ans ne sera pas candidat à sa propre rééléction. Après trois infarctus en 2014, Daniel Pinot a continué l'exercice de son mandat. Mais, logiquement, après un peu moins de deux décennies au poste de maire, il témoigne d'une certaine fatigue : "Deux de mes adjoints sont partis en cours de mandat. Je me retrouve presque tout seul à gérer la commune. Nous ne sommes pas aidés, nous avons des ressources limitées. De plus, j'ai vécu des incivilités, des violences parce que j'étais le représentant de l'autorité. Alors, oui : je ne veux plus me représenter. Je laisse ma place. Je veux retrouver ma tranquilité", explique-t-il d'une voix calme, peut-être lasse de toutes ces années à la mairie.

C'est trop difficile. Je suis un enfant du pays, je suis conseiller municipal depuis 1971, j'ai toujours vécu dans ce village. Si ce n'avait pas été le cas, je serais parti depuis longtemps.


Un désengagement politique


Au fil de toutes ses années en tant que conseiller municipal, puis en tant que maire, Daniel Pinot a observé un certain désaveu de ses administrés envers la politique : "Il y a une usure de la citoyenneté, qui a été notamment démontrée lors de la crise des gilets jaunes. Ce mandat présidentiel a empiré les choses. Je n'ai pas souvenir que les élections municipales de 2014 aient généré un tel rejet de la vie politique", tente d'expliquer Jean-Paul Carteret, président de l'association des maires ruraux en Haute-Saône.

En 2014 déjà, parmi les 499 643 conseillers municipaux sortants en France, 203 480 ne s'étaient pas représentés. Soit 40,7 % des élus sortants, selon les chiffres du ministère de l'Intérieur.

Le manque de candidats s'explique notamment par le "désengagement citoyen de la part des jeunes", indique Jean-Paul Carteret : "Ils sont de plus en plus incités à se déplacer en ville s'ils veulent trouver du travail. Il y a une désertification des milieux ruraux de la part des jeunes qui ne date pas d'hier."

Face à ce problème qu'il juge systémique, il faudrait repenser la politique des milieux ruraux. "C'est un ensemble : il faudrait améliorer l'accès au numérique, aux services de santé, à la scolarité, à l'accueil de la petite enfance... Mais, surtout, il faudrait davantage de considération envers ceux qui s'engagent."

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