En fronde contre l'installation de franchisés, ces artisans boulangers "menacés" par le ministère de l'Économie

Après s'être mobilisés contre l'installation de deux nouvelles franchises de boulangerie industrielles, les artisans boulangers de Lons-le-Saunier (Jura) ont reçu une lettre du ministère de l'Économie. Loin de les soutenir, celui-ci les met en garde contre un appel au boycott, qui serait lourdement sanctionné.

Trois baguettes achetées, une gratuite. Ce sera tout ? Rajoutez avec ceci la colère des artisans boulangers de Lons-le-Saunier, et vous n'avez qu'une bouchée de la situation actuelle.

Cela fait plus de deux ans que la première chaîne de boulangerie, Marie Blachère, est arrivée dans la périphérie de la ville du Jura. Une autre, la boulangerie Feuillète, l'a suivie en novembre 2022. Et voilà qu'ouvriront prochainement deux boulangeries franchisées supplémentaires : Ange, et une autre Marie Blachère. 

L'agglomération de 27 000 habitants compte déjà quatorze artisans boulangers. "Artisans", insiste bien Nicolas Amaté. Dès septembre 2023, lorsque s'est propagée la rumeur de l'installation de ces deux nouvelles chaînes, le boulanger lédonien s'est mobilisé avec ses confrères contre cette concurrence, pour eux, féroce. 

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Les franchises "arrivent à pratiquer des prix auxquels on ne peut pas rivaliser", déplore Nicolas Amaté au micro d'Emmanuel Rivallain. "Je comprends qu'il en faut pour toutes les bourses, mais pour nous, c'est difficile de lutter".

En multipliant les tarifs bas et les promotions, les chaînes drainent "5 % de la clientèle par-ci, 5 % par là", et au bout du compte, "ce n'est pas vivable". "Mon commerce est déjà en danger, avec toutes les charges qu'on subit, les augmentations du prix des matières premières et de l'énergie". Alors, deux nouvelles franchises, ce serait le coup de grâce. 

Le boulanger souffle : "On essaie de se battre un maximum pour le local et le fait-maison", alors que les chaînes, elles, "ont des croissants surgelés qui viennent de Pétaouchnok".

Les autorités mettent en garde contre un boycott

Les boulangers se réunissent, alertent la mairie et les médias, manifestent. "Des petites actions gentilles", résume Nicolas Amaté, qui attirent cependant l'œil du ministère de l'Économie. Le 29 janvier, le boulanger reçoit une lettre recommandée de la part des Autorités de la concurrence du Grand Est. 

Il n'est pas le seul destinataire. Les artisans boulangers qui ont participé à la mobilisation contre l'arrivée des franchises ont, eux aussi, réceptionné le même courrier. En objet : "Lettre d'information sur la réglementation en matière de pratiques anticoncurrentielles". Il y est même rappelé l'article L-420-1 du Code du commerce, qui prohibe les pratiques visant à "empêcher, restreindre ou fausser le jeu de la concurrence sur un marché".

Pour l'heure, l'administration estime que les actions des boulangers n'excèdent pas une forme de "lobbying actif". Elle les met cependant en garde contre toute tentative d'appel au boycott des franchises. "Je l'ai pris pour une menace", lance Nicolas Amaté, agacé, alors "qu'on n'a rien fait de mal. On défend seulement notre métier". Pour lui, cette lettre est un aveu : les autorités "censées le défendre [...] préfèrent l'industrie à l'artisanat"

Les artisans-boulangers "dans leur bon droit"

Danielle Brulebois a, elle aussi, été "surprise" par la lettre des Autorités de la concurrence du Grand Est. La députée Renaissance du Jura souligne les "injonctions contradictoires de l'État, qui injecte plusieurs millions d'euros pour redynamiser le centre-ville de Lons-le-Saunier tout en laissant se développer en périphérie des commerces supplémentaires"Les artisans boulangers sont "dans leur bon droit d'alerter sur leurs craintes et leurs difficultés", estime-t-elle. 

Les artisans boulangers de Lons-le-Saunier ne comptent pas plier, malgré la menace de lourdes sanctions – l'amende prévue varie de 10 % du chiffre d'affaires à 750 000 euros, or "même à 5 % de mon chiffre d'affaires, je mets la clef sous la porte !". Nicolas Amaté conclut : "Ça ne me fait pas peur. On le fait au nom de tous les artisans de France. Si l'on se tait, les chaînes vont gagner."

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