Manque de neige dans le Jura : des procès-verbaux pour des vacanciers randonnant en zone protégée

Le changement climatique complique la protection des milieux naturels. Sans neige en ce mois de février, les vacanciers ou habitants du Jura sont tentés d’aller se promener en altitude en forêt. Les services de l’État mènent régulièrement des contrôles. Objectif : sensibiliser plus que jamais à la protection de certaines espèces.

Le massif du Jura a perdu son manteau blanc. Et déjà endossé sa parure de printemps. Des routes accessibles, des panneaux de randonnées d’été bien visibles. Les touristes qui ne connaissent pas tous le secteur peuvent très vite se retrouver dans des zones dans lesquelles la présence humaine est interdite en hiver.         

C’est le cas de Crêt Pela, situé dans la forêt du massacre près de la Station des Rousses. En hiver, un secteur y est protégé pour préserver la gélinotte des bois, le pic tridactyle ou le grand tétras.

En deux jours, 16 procès-verbaux ont été dressés dans ce secteur de la forêt du Massacre par les services de l’État (DDT, OFB, DREAL, ONF...) qui étaient sur le terrain les 17 et 18 février, pour informer et verbaliser si nécessaire.          

L’objectif est de contrôler les usagers sur ces espaces protégés, mais également d’aller à leur rencontre, de montrer également les conditions dans lesquelles on est aujourd’hui, qui sont le reflet du changement climatique.

Jean-Yves Mathieu, Chef de service adjoint Office Français de la Biodiversité (Jura)

La complexité des réglementations hiver, ou en été

Lors d’un hiver normal où la neige est présente, la préservation de ces milieux est simple. Pour atteindre ces secteurs d’altitude, il faut déjà chausser raquettes ou à skis. Au milieu des zones enneigées, des panneaux ou filets sont visibles des skieurs. Mais en cet hiver sans neige, les accès aux forêts sont plus ouverts. Les routes sont accessibles et la signalétique est parfois mal comprise. 

Comme au Crêt Pela ou ce filet interdit à l’homme l’accès à la zone protégée. “Il faut imaginer que là, normalement, il peut y avoir 1,5 m, voire 2 m de neige, et ce n’est pas damé. Donc, les personnes sont arrivées, ont vu le panneau accès interdit faune sauvage, et ils se sont dit ça ne nous concerne pas. Ça concerne les véhicules à moteur, moi, je passe en dessous et je vais faire ma balade” détaille Laurent Wattelet, Brigade d'intervention mobile de l'Office Français de la Biodiversité au micro de notre journaliste Isabelle Brunnarius.

D’autres personnes, vont se retrouver dans une zone protégée de bonne foi, car certaines applications de randonnée, ne prennent pas en compte les restrictions biotiques, explique un agent de la DDT, la direction départementale des territoires.

Préparer sa randonnée pour savoir où vous mettez les pieds

Il est donc demandé aux vacanciers ou promeneurs de bien lire la signalétique et si possible d'anticiper leur venue dans ces zones. La réglementation peut être différente en hiver, de l’été. Déranger des animaux ou un milieu naturel est passible d’une contravention de quatrième classe. 90 à 135 euros en général. C’est le parquet qui étudie les infractions constatées par les agents sur le terrain.

Cinq zones de protection de biotope “forêts d’altitude du Haut-Jura

Dans le Haut-Jura, cinq zones de protection des biotopes sont en places sur 12 communes et une surface de 4334 hectares. 

-Zone de protection du Massacre

-Zone de protection du massif du Bois de Ban-Arobiers

-Zone de protection du Risoux

-Zone de protection de Haute-Joux

-Zone de protection de Combe Noire

Ces zones sont destinées à garantir la conservation et la quiétude des biotopes nécessaires à la reproduction, à l’alimentation, au repos et à la survie de plusieurs espèces protégées par le Code de l’environnement.

Parmi elle, le grand tétras, particulièrement vulnérable en hiver. Le grand tétras est en déclin depuis 50 ans en France. “On estime à 280 à 300 individus dans le massif du Jura. On n’est pas sur un chiffre suffisant pour que l’espèce survive dans un délai de 10 à 20 ans” expliquait en 2022 Alexandra Depraz, du groupe Tétras Jura.  L’oiseau ne se nourrit l’hiver que d’aiguilles de résineux. Il est particulièrement vulnérable physiquement à cette période.