Les 10 ans des sœurs clarisses à Ronchamp : « On est une super belle famille recomposée ! »

Les sœurs clarisses du monastère Sainte-Claire de Ronchamp viennent de fêter les dix ans de leur présence sur la colline de la chapelle Notre-Dame du Haut de Le Corbusier. Elles ont quitté leur monastère de Besançon pour fonder une communauté internationale. Retour sur ce « risque pour la vie ».

Les sœurs clarisses de Ronchamp ont l’utopie créatrice chevillée à l’âme. Lorqu’elles ont senti la nécessité de quitter la quiétude et la beauté de leur monastère de quartier Saint-Jean à Besançon, ces religieuses se lançaient dans une aventure. Dix ans plus tard, leur rêve est en marche.

Une «utopie créatrice »

Cette « présence habitée » sur la colline Bourlémont de Ronchamp est née d’une double intuition qui a germé au début des années 2000. Les membres de l’association A.O.N.D.H. (Association Œuvre Notre-Dame du Haut), propriétaire de la chapelle Notre-Dame du Haut de Le Corbusier, craignaient que ce lieu de pèlerinage ancestral ne devienne au fil du temps qu’un site culturel. Les enfants de ceux qui avaient commandé la construction d’une nouvelle chapelle sur le site de Bourlémont au célèbre architecte Le Corbusier, voulaient poursuivre la mission de leurs aînés en offrant aux visiteurs un lieu de silence, prière, paix, joie intérieure. Un lieu habité par une présence religieuse, un lieu où l’on pourrait venir se poser loin des fracas du monde.

Les sœurs du monastère de Besançon ont répondu à cet appel du diocèse en 2005. Les religieuses savaient que leur monastère, lové dans un quartier escarpé du vieux Besançon, allait un jour ou l’autre fermer si elles ne se mettaient de nouveau en marche comme Sainte-Claire et Sainte-Colette en leur temps.

« Une nouvelle soif spirituelle se fait jour dans nos sociétés. Elle appelle une refondation de nos vies personnelles et communautaires » précise les clarisses sur leur site internet. Leur projet tient en trois lignes :

Assumer une liturgie qui parle et chante en plusieurs langues, témoigner qu’une vie fraternelle est possible dans la communion de cultures diverses, accueillir pour des entretiens ou de séjours de ressourcement des hôtes très divers, voilà la mission.

Une « maison du silence »

L’association devait alors convaincre un architecte de bâtir ce nouveau monastère pour les clarisses et un nouvel accueil sur le site dénommé « Porterie » au pied du chef d’œuvre de Le Corbusier. Un pari aussi audacieux que celui des sœurs. Renzo Piano, une des stars actuelles de l’architecture, s’est laissé convaincre. Imaginer un petit lieu de vie pour des sœurs clarisses allait pouvoir le ressourcer.



Silence, paix, prière, joie intérieure. Ces quatre mots que Le Corbusier et Jean Prouvé avaient inscrits sur leur feuille de route. Renzo Piano et le paysagiste Michel Corajoud les ont repris. Après maintes péripéties racontées dans les documentaires « Les clarisses de Ronchamp, un risque pour la vie » et « Ronchamp, une colline habitée », le monastère Sainte-Claire a été inauguré le 8 septembre 2011.

Dix ans plus tard, les sœurs clarisses de Ronchamp ont célébré cet anniversaire le 11 septembre 2021.

 « On fête les dix ans d’un chantier de construction de murs. Maintenant, on en est à la construction d’une fraternité avec neuf sœurs. Quatre nationalités, six lieux de formation intiale différents. Donc on est une super belle famille recomposée. Pour moi, c’est de l’ordre du défi, de la découverte. Le projet, c’est d’être toutes de Ronchamp, des Ronchampoises, même si on vient d’horizons différents ».

Sœur Maguy

A notre demande, les sœurs clarisses ont accepté de nous raconter comment se passait au quotidien la construction de leur communauté internationale.

Neuf sœurs, quatre nationalités, six lieux de formation initiale

Depuis leur implantation sur la colline en 2009 puis leur installation dix-huit mois plus tard dans le monastère construit par Renzo Piano, deux sœurs sont décédées. Une soeur belge a rejoint la communauté en 2012, une soeur d'origine hongroise est arrivée en mai 2014. Puis, en janvier 2016, une clarisse anglaise vient vivre au monastère. En mars 2018, une clarisse de la région de Nancy les a rejointes.

Pour Jean-Jacques Virot, le président de l’A.O.N.D.H, le défi a été relevé.

La présence des sœurs est manifeste. Bien sûr, il y a les bâtiments. Et puis, il y a tout ce qui se passe entre la chapelle et l’oratoire. Pour moi qui ai vécu des situations un peu loufoques, je dirais qu’il y a trente ou quarante ans, des comportements de visiteurs qui étaient complétement irresponsables, qui couraient dans la chapelle, qui grimpaient partout. Cela, cela a disparu.

Jean-Jacques Virot, président A.O.N.D.H.

Les clarisses ont voulu « rendre grâce » de leur présence à Ronchamp en célébrant les 10 ans de leur présence sur la colline. Ce n’est pas tant le bilan qui les intéresse que l’élan à venir. Elles se projettent déjà dans les dix ans à venir.

Je crois qu'il faut toujours avoir de la mémoire, des projets et de l'espérance. Des projets qui seront bousculés, qui se réaliseront ou pas de la même façon qu'on aurait pu prévoir. Peu importe, il suffit d'avoir une perspective. Vous souvenez, je vous le disais, il faut voir loin. Et ça, c'est la caractéristique de Brigitte. Mais peut-être la mienne aussi. On espère et on désire voir loin pour se donner des forces pour le présent.

Sœur Marie-Claire

La découverte de l’altérité

Les clarisses partagent pour la parole franche. Interrogées sur la construction de leur communauté internationale, toutes nous ont confié les difficultés de l’altérité.

Les cinq premières années ont été des années de découvertes, pleines d'espérance. Les cinq dernières années ont été beaucoup plus difficiles. D'une part, parce que vivre entre soeurs  de cultures et de  formations très différentes, cela s’apprend et cela s’expérimente. Ce n'est pas toujours facile. C'est vraiment l'expérience de l'altérité. Il faut reconnaître l'autre différent de soi. Donc, c'est en cours. C'est en bon cours, mais ça n'a pas toujours été facile.

Sœur Marie-Claire

Des difficultés surmontées grâce à leur foi et leur objectif commun : former la communauté des sœurs clarisses de Ronchamp. Le sens de leur présence sur la colline se révèle lorsque l’on parcourt les livres d’or laissés à disposition des hommes et des femmes venus passer une ou plusieurs nuits au monastère.

Depuis au moins quatre ans, il y a vraiment une recherche spirituelle et les demandes qui nous sont faites sont pour des séjours de ressourcement. Pour se poser, réfléchir, prier, chercher sa voie, etc. C'est très important et c'est permanent, surtout après le Covid. Dès que la colline a été rouverte, dès que nous avons pu rouvrir l'accueil, on a eu tout de suite des demandes.

Sœur Marie-Claire

 

Pour remercier « tous les acteurs du début du projet Ronchamp, leur dire -leur- reconnaissance et surtout leur donner la joie de constater que leur travail n’a pas été inutile et a répondu aux attentes des pèlerins et visiteurs qui passent par la colline de Bourlémont », la communauté des sœurs clarisses a édité un recueil avec une sélection des mots et dessins écrits dans les livres d’or. En voici un extrait :

« Un moment suspendu, dans la douceur et dans les arbres. Habiter toutes les secondes avec intensité. Habiter le dehors et le dedans. Habiter tout simplement. »

« Ce lieu est un accélérateur de bonheur intérieur. Tout ce qui est en nous est amplifié et aligné pour reprendre la route en pleine conscience. »

« Ce silence a guéri des blessures difficiles, certains regrets, certaines paroles passées. Je vous suis très reconnaissante de m’avoir accueillie telle que je suis sans rien savoir sur mon passé ni qui je suis. Je comprends enfin quelle force peut donner la foi. »

Une vie ouverte aux 4 horizons

Personnellement, je me suis interrogée comment cette vie ouverte aux 4 horizons avait pu changer (ou pas) les clarisses. Sœur Brigitte, abbesse, toujours fidèle à ses propos sans fard, m’a expliqué comment elle avait changé en dix ans :

Je suis sans doute moins catégorique par rapport à mes choix. Aujourd'hui, j'ai mis un peu d'eau dans mon vin et même un peu, beaucoup ! Même si j'ai gardé une certaine exigence et une certaine vigilance, parce que dans notre vie, il faut être vigilant et exigeant. Notre vie est exposée. Il y a quelques années, effectivement, j'aurais eu tendance à dire, que notre expérience était la meilleure. Aujourd'hui, je dis que notre expérience, notre vie est une des formes qui a sa place, toute sa place, dans l’Eglise mais qui, aussi, laisse la place à d'autres.

Soeur Brigitte, abbesse du monastère Sainte-Claire

Ecouter les clarisses de Ronchamp parler de leur vie sur la colline de Ronchamp, de leur foi, de leurs difficultés et de leur espérance, est une chance tellement leurs paroles sont sincères et revigorantes. « Votre vie hors du temps est empreinte de modernité et d’une immense vitalité. Elle nous exhorte à donner plus, à aimer plus, à devenir de meilleurs êtres humains. La lecture sur la joie de Dieu restera longtemps présente à mon esprit » écrivait dans l’un des livres d’or l’un des retraitants. Athées ou croyants,  les visiteurs de la colline sont nombreux à être touchés par cette présence à la fois discrète et intense.

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