Macron et son tee-shirt contre les violences policières : “On a le sentiment que le Président nous lâche”

Jul avec le président de la République Emmanuel Macron - 30/01/2020 / © JUL - reproduction France Télévisions
Jul avec le président de la République Emmanuel Macron - 30/01/2020 / © JUL - reproduction France Télévisions

Emmanuel Macron portant tout sourire un tee-shirt qui dénonce les violences policières. La photo prise au festival d'Angoulême ne passe pas. Colère noire des syndicats de police en Bourgogne-Franche-Comté. 

Par Sophie Courageot

Le selfie n'est pas passé. Les trois principaux syndicats de police s'insurgent. Dans les commissariats, la vision de cette photo d'un tee-shirt du festival de la BD d'Angoulême détourné et maculé d'une tache de sang a fait bondir les forces de l'ordre.  Le t-shirt représente offert par le dessinateur Jul représente un Fauve, la récompense du festival, éborgné. Sous le dessin, il est écrit: "LBD 2020", comme lanceur de balles de défense utilisé par les forces de l'ordre et décrié en raison des blessures et mutilation qu'il a engendré depuis plus d'un an. 


Macron, on l'a extirpé d'un théâtre parisien ! 


Pour Christophe Dalongeville, du syndicat Alliance dans le Doubs, "poser avec ce tee-shirt, c'est une prise de position politique grave. On a le sentiment que le Président lâche la police. Ce n'est pas digne de ses fonctions" lance-t-il.
Le président de la République oublie dit-il que la police est présente depuis des semaines sur tous les fronts, les manifestations, la lutte contre la délinquance. "Il y a des policiers qui ont sauvé la vie d'Emmanuel Macron dans un théâtre parisien, il ne faudrait pas qu'il l'oublie" s'indigne le policier de Montbéliard dans le Doubs.


C'est un sentiment d'écœurement, d'indignation


Même sentiment de déception pour le secrétaire régional du syndicat Alliance, Stéphane Ragonneau. "Au-delà de la liberté d'expression qui est normale, il y a le statut du chef de l'Etat. Il doit être garant des institutions. La police a été garante des institutions en empêchant les gilets jaunes de s'approcher de l'Elysée" lance le syndicaliste. "On attend du soutien, nous avons eu 59 suicides de policiers en 2019 en France, nous avons des gens en souffrance, des policiers ultra-sollicités depuis la crise des gilets jaunes... On ne peut pas avoir attendre de notre président un tel positionnement sur ce sujet" regrette Stéphane Ragonneau.

 


59 suicides de policiers, et des équipes qui enchaînent des heures sur le terrain 


Selon lui, la publication de la photo a été très mal ressentie. "On peut faire des journées de travail de 18 heures et on nous demande de travailler le lendemain. Certains collègues font 300 à 600 heures supplémentaires par an, et ne peuvent les prendre en repos...Dans le département du Doubs, on a perdu 21 policiers entre septembre 2017 et janvier 2020, des départs à la retraite, des postes non remplacés" argumente le syndicaliste d'Alliance pour qui ce selfie va laisser des traces dans les troupes. "On s'attend d'un chef de l'Etat à une certaine reconnaissance, ce qu'on retiendra ce ne sont pas les paroles, mais cette photo !" conclut Stéphane Ragonneau.

Pour Christophe Dalongeville, cette photo ne peut pas être une erreur de communication. "C'est aujourd'hui la goutte d'eau qui fait déborder le vase.. quand on voit comment les policiers se dévouent, c'est un sentiment d'écœurement d'être lâché à ce niveau de l'Etat" ajoute le policier. 


Interrogé peu après ce selfie par la presse,  Emmanuel Macron a dit qu'il "récusait le terme de violences policières", assurant que "la violence est d'abord dans la société". "Néanmoins de là où je suis je dois défendre la créativité, la liberté d'expression, y compris l'insolence et y compris la création d'artistes qui disent des choses (...) avec lesquelles je ne suis pas en accord", a encore dit le président. "Et s'il y a des policiers et des gendarmes qui ne respectent pas la déontologie, et je l'ai dit très clairement, je souhaite qu'ils soient poursuivis et sanctionnés de manière exemplaire", a ajouté le président de la République.




 

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