"Les Finlandais nous ont bien eus" en Saône-et-Loire, l'entreprise Konecranes accusée de contourner la loi Florange

Le fabricant d'engins de levage Konecranes prévoit la suppression de 115 postes à Saint-Vallier (Saône-et-Loire). Depuis lundi 6 juillet, les salariés sont en grève. L'entreprise est soupçonnée de vouloir masquer la fermeture du site. Le préfet a porté plainte.

Les employés de Konecranes sont en grève, plusieurs engins de levage ont été déposés sur le parking en signe de protestation.
Les employés de Konecranes sont en grève, plusieurs engins de levage ont été déposés sur le parking en signe de protestation. © Arthur Nys / France Télévisions
Qu'adviendra-t-il de Konecranes à Saint-Vallier (Saône-et-Loire) ? Depuis le lundi 6 juillet, les salariés de ce fabricant d'engins de levage sont en grève pour dénoncer le plan social visant à supprimer 115 postes sur 142.

"C’est dur. Ça fait 14 ans que je suis là. Je pensais finir ma carrière ici. On a quand même une belle usine. Vu le bassin à l’heure actuelle, qu’est-ce qu’on va trouver ?" s'interroge Gaetan Delpierre. "On espère retrouver du travail derrière" ajoute Alain Marchand. 23 ans dans l'entreprise. "J'ai 54 ans. Il reste quand même des années !"
 

"Les Finlandais nous ont bien eus"

Les employés de l'usine Konecranes de Saint-Vallier sont en grève depuis le lundi 6 juillet.
Les employés de l'usine Konecranes de Saint-Vallier sont en grève depuis le lundi 6 juillet. © Arthur Nys / France Télévisions
Derrière la colère des salariés rassemblés devant l'usine ce mardi 7 juillet, "les Finlandais" comme ils les appellent. Le groupe Konecranes a racheté le site en 2017. Aujourd'hui, l'entreprise veut supprimer l'essentiel de l'activité pour ne maintenir que le service après-vente, soit une vingtaine de salariés. 

"Les Finlandais sont arrivés en 2017, raconte Gaetan. Ça a été très peu de communication, ils ne voulaient pas amener de projets en production. On se doutait qu’on en arriverait ici." "Au niveau Finlandais, on a plus trop confiance, ajoute  Gaetan Delpierre. Ils nous ont quand même bien eus. Ils ont enlevé un concurrent." "On avait une bonne structure, avec des savoir-faire, des connaissances. Là, on ferme un site, c’est juste pour éliminer un concurrent" estime un autre salariés qui travaille au service après-vente et devrait donc garder son emploi.

Un point de vue que partagent les élus du bassin minier venus apporter leur soutien aux salariés en grève ce mardi. Cette fermeture "n’a pas de sens, si ce n’est de vouloir neutraliser sa concurence au niveau mondial" constate la maire de Montceau-les-Mines, Marie-Claude Jarrot (DVD). 
 

115 emplois menacés

Si la décision est connue depuis le mois de février, les grévistes dénoncent l'absence de dialogue avec leur direction. " On a tout fait pour que la situation soit viable, mais ils ne veulent pas discuter. Ils ne font pas les choses bien, ils ne respectent pas les salariés " dénonce Alexandre Duchene, du syndicat SUD. Vendredi 3 juillet, le groupe finlandais aurait proposé un document, sans concertation avec les syndicats. Ces derniers ont refusé de le signer. 

" Il faut qu’ils reviennent sur leur décision, ils ont la possibilité de le faire revendique Alexandre Duchene. Les différents syndicats en appellent à un abandon pur et simple de ce plan social. En 2017 déjà, 41 emplois devaient être supprimés, avant que la direction de Konecranes ne retire son projet.

De son coté, Jean-Claude Lagrange, maire de Sanvignes-les-Mines lui aussi venu sur place, veut encore croire que la discussion est possible. "Je ne suis pas là pour anticiper mais pour dire "travaillons ensemble", avec les salariés, une direction - si elle le voulait bien - et les élus locaux pour réindustrialiser le site." 
 

Le préfet condamne et saisit la justice

Mais pour l'instant, le dialogue avec la direction du groupe semble compliqué. Voire impossible. Au point de faire sortir de sa réserve le représentant de l'Etat en Saône-et-Loire. Dans un communiqué publié ce mardi 7 juillet, le préfet de Saône-et-Loire, Jérome Gutton " tient à condamner publiquement " cette décision. Il dénonce une fermeture qui " n’obéit, semble-t-il, à aucune logique industrielle, le site de Saint-Vallier étant l’an dernier encore rentable, au sein d’un groupe qui ne l’est pas moins." 

Sur la question de la reprise de l'usine, il regrette que le Directeur général France du groupe, avec qui il a longuement échangé au téléphone le 24 mars (...) en présence de l’avocate de ce dernier, ait fermé la porte à toute idée de reprise. Alors que des possibilités d’offre se sont manifestées ". Le préfet a décidé de saisir le procureur de la République de Chalon-sur-Saône, afin de l'informer sur la situation. Enfin, il se dit prêt à rencontrer la direction de l'entreprise, " avec le sous-préfet d’Autun, le commissaire au redressement productif, le directeur de l’unité départementale de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, notamment ". 

La loi Florange contournée ? 

Le groupe Konecranes tente-t-il de déguiser la fermeture de l'usine ? Avec le maintient de 26 salariés sur site, représentants du personnel et élus estiment que l'entreprise contourne la loi. Ralph Blindauer est l'avocat du CSE de Konecranes. "La loi Florange, c’est une disposition légale qui oblige une entreprise ou un groupe qui ferme un établissement à chercher un repreneur. La direction ici estime qu’elle ne ferme pas un établissement parce qu’elle laisse 26 personnes sur place. Mais les 26 personnes ne correspondent pas au cœur de métier de la société. Mais en réalité, l’usine, on la ferme. C’est un détournement de la loi Florange pour dispenser l’entreprise de chercher un repreneur."

La direction de l'entreprise a pour l'instant refusé de s'exprimer. Elle doit remettre un document à la direction de l'entreprise à la direction régionale des entreprises de la concurrence de la consommation du travail et de l'emploi (DIRECCTE) avant le jeudi 23 juillet.

" Toute la région va en pâtir "

A Saint-Vallier, les employés craignent de subir le même sort que leurs confrères de Vernouillet (Eure-et-Loir). Au mois de mai 2020, l'usine Konecranes a fermé ses portes, laissant 99 employés au chômage. " Les prochains sur la liste, c’est nous " s'inquiète Alexandre Duchene. Il poursuit : " Nous sommes dans le bassin minier, on sait qu’une usine qui ferme ne rappelle personne le lendemain. Cette usine, elle est implantée dans le paysage : depuis 1968 elle a nourri de nombreuses familles. La région en a vraiment besoin. On fait fabriquer des pièces dans la région par des sous-traitants, toute la région va en pâtir. " 

A quelques kilomètres, fin juillet, une autre entreprise, Eolane, qui compte 80 salariés pourrait aussi définitivement fermer ses portes à Montceau-les-Mines.

 


Le reportage à Saint-Vallier d'Arthur Nys, Anthony Borlot et Noé Leduc :

 

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