Saône-et-Loire : Le PDG d'Eolane veut relocaliser en France... mais vendre le site de Montceau-les-Mines

© Anthony Borlot / France Télévisions
© Anthony Borlot / France Télévisions

D’un côté, un PDG qui se veut défenseur des relocalisations en France, de l’autre, le même PDG qui veut se séparer du site du Creusot. Au milieu, les 80 salariés du bassin minier  s'inquiètent. Faute de repreneur fin juillet, le site de Montceau devrait fermer.
 

Par S.L. avec A.B.

Mardi 19 mai, une nouvelle réunion a eu lieu entre les représentants des personnels et la direction du groupe Eolane sur le site de Montceau-les-Mines. Après 5 heures de discussions, les salariés estiment ne pas avoir de réponse claire sur leur avenir. Seule certitude annoncée par la direction, faute de repreneur, l’entreprise fermera ses portes à la fin du mois de juillet.

L’entreprise Eolane compte 7 sites en France. Elle est spécialisée dans la fabrication de cartes électroniques. Il y a quelques années, le site de saône-et-Loire faisait la une de la presse avec la fabrication de la tablette Qooq, une tablette culinaire made in France vantée jusque sur les plateaux de télévision américains d'Oprah Winfrey. 
La tablette Cooq a valu au site de Montceau-les-Mines les honneurs des visites de ministres et des plateaux de télé.
La tablette Cooq a valu au site de Montceau-les-Mines les honneurs des visites de ministres et des plateaux de télé.
 

Réindustrialiser la France, mais pas Montceau-les-Mines

Le 6 mai dernier, dans un entretien accordé au journal le Figaro, le PDG d’Eolane, Henri Juin se faisait à nouveau le défenseur de la fabrication française en se réjouissant des opportunités actuelles. « Depuis le début du confinement, la demande de nos clients a augmenté. Nous n’avons pas eu d’annulation de commandes, à part dans le secteur automobile. Nous avons été sollicités parce que nous pouvons produire en France des produits indispensables, comme des éléments de respirateurs artificiels, de cabines de téléconsultation médicale » expliquait Henri Juin au quotidien, y voyant même une « opportunité à saisir pour la réindustrialisation de la France ».

"J'espère qu'on ne mettra pas trente ans à relocaliser. Mais ce n'est pas dans l'échelle de temps qui serait la solution de Montceau" - Henri Juin 

Mais quelques jours plus tard, la réindustrialisation ne semble pas passer par Montceau-les-Mines. Venu discuter avec les salariés, le PDG Henri Juin maintient sa volonté de se séparer du site montcéllien. « On a mis combien de temps pour délocaliser ? interroge-t-il. Trente ans ! Alors j'espère qu'on ne mettra pas trente ans à relocaliser. Mais ce n'est pas dans l'échelle de temps qui serait la solution de Montceau ».

"Ce serait l'ironie du sort de voir notre site disparaître juste avant une possibilité de renaître grâce aux effets de la crise du covid19" - Alain Schleich

Face à lui, sur le parking de l’entreprise, une partie des salariés est inquiète mais veut encore croire à la possibilité de trouver un repreneur. Alain Schleich est représentant du personnel au CSE : « J’accorde un certain crédit à la direction dans le sens où elle a consulté des entreprises qui pourraient être repreneurs. Toute la difficulté, c’est de concrétiser cela en reprise réelle, constate ce technicien en électronique. Ce serait l'ironie du sort de voir notre site disparaître juste avant une possibilité de renaître grâce aux effets de la crise du covid19 ». Quand ils ont lu les déclarations à la presse de leur patron, certains salariés ont en effet espéré un changement de stratégie.
 

« Redonner aux entreprises les moyens de vivre leur aventure »

La décision n'est pas nouvelle. C’est en 2017 qu’a été annoncée la cession ou la fermeture du site d’Eolane à Montceau-les-Mines, quelques temps après l’entrée au capital du fond d’investissement Hivest Capital Partners. Créé par deux entrepreneurs français, il se donne pour mission de « redonner aux entreprises les moyens de vivre leur aventure ». Dans les faits, la structure s'est spécialisée dans la transformation et l'amélioration de la rentabilité de grosse PME françaises.

"C'est inacceptable : il n'y a aucune raison économique, comptable et financière de fermer le site ! " - Marie-Claude Jarrot


Après une action en justice en 2018, l'entreprise a d'abord du revoir sa copie et prioriser la vente du site de Montceau. Mais aujourd'hui, Franck Calabresi, représentant CGT des personnels n’y croit plus. « Ils nous amusent… Il y a pas si longtemps, ils nous disaient qu'ils ne croyaient pas à la reprise. Maintenant, il sort ça, c'est pour nous amadouer ! » tempête le syndicaliste.

Venue rencontrer les salariés, la maire de Montceau-les-Mines, Marie-Claude Jarrot ne semble guère plus optimiste. « Que la direction d'Eolane, société française décide envers et contre tout de fermer le site de Montceau, c'est inacceptable : il n'y a aucune raison économique, comptable et financière de fermer le site ! »

La direction de l’entreprise refuse pour l’instant de prolonger la date butoir de fin juillet mais affirme que de possibles repreneurs sont intéressés. Salariés et élus envisagent désormais de se tourner vers le ministère de l’économie.
 

A voir : le reportage sur le site d'Eolane à Montceau :

Le reportage à Montceau-les-Mines d'Alexandre Baudrand, Anthony Borlot et Philippe Sabatier
 

Intervenants :
  • Alain Schleich, Technicien en électronique
  • Henri Juin, PDG du groupe Eolane
  • Franck Calabresi, Représentant CGT du personnel à Eolane Montceau-les-Mines
  • Marie Claude Jarrot, Maire de Montceau-les-Mines (LR)

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