"Pourquoi un tel sacrifice ?" : les salariés d'Euroserum sonnés par l'annonce de la fermeture du site à Saint-Martin-Belle-Roche (Saône-et-Loire)

Publié le Mis à jour le

119 emplois sont menacés par la fermeture du site de fabrication de lactosérum, prévue au troisième trimestre 2022. Cette décision inattendue a été annoncée lors d'un comité social et économique mardi 1er février.

L'annonce est tombée comme un coup de massue. Mardi 1er février, les salariés d'Eurosérum à Saint-Martin-Belle-Roche ont appris la fermeture du site, lors d'un comité social et économique.

Les 119 postes en CDI sont condamnés. " La première phrase adressée au personnel, c’était au 3e semestre il n'y aura plus de CDI, plus de CDD. J’ai trouvé ça choquant, très dur. Beaucoup étaient en pleurs, ou regardaient leurs pieds, on était mal", rapporte Fred, un travailleur intérimaire présent à la réunion. 

La fermeture, prévue au troisième trimestre 2022, est totalement inattendue.

 "Les salariés sont dans l'incompréhension de la stratégie brutale de Sodiaal, réagissent les salariés dans un communiqué.

"Les indicateurs du site présentés régulièrement n'ont jamais montré qu'une telle décision puisse tomber."

D'autant que certains salariés, préférant garder l'anonymat, confient avoir reçu de nouveaux équipements, une prime de 50 euros la semaine dernière et des vestiaires refaits à neuf il y a deux semaines. 

"Notre RH nous a félicités sur notre implication pour 2021. Nous allons toucher une prime de 1000 euros d’intéressement. Et là, on nous annonce que ce n’est pas rentable. Ce n’est pas possible", affirme Olivier Legros, manager de production (CGT). 

Sodiaal invoque un marché en difficulté

Cette filiale de Sodiaal, le poids lourd français du lait, est pourtant leader sur le marché du lactosérum déminéralisé destiné à la nutrition infantile.

Dans un communiqué, le groupe coopératif justifie cette décision par "la dégradation du marché des ingrédients laitiers infantiles, en particulier les poudres de lactosérum déminéralisées" découlant ainsi sur "la mise en œuvre rapide d'un plan de compétitivité."

Ce marché souffre du retournement de la demande chinoise sous l'effet de la chute du nombre de naissances, passées de près de 18 millions en 2016 à moins de 11 millions en 2021.

On perd de l’argent depuis deux ou trois années

Thomas Hämmelmann

Directeur d'Eurosérum

"Énormément de concurrents se sont installés en Europe et ailleurs ces dernières années. On perd de l’argent depuis deux ou trois années", ajoute Thomas Hämmelmann, directeur général d'Eurosérum, évoquant une situation "pas prévue."

Selon lui, le site de Saint-Martin-Belle-Roche serait très fortement impacté par un autre facteur.

L'approvisionnement local est en "décroissance", contraignant à l'importation de lactosérum venant en partie d'Italie. "Ce n'est plus rentable."

Pourquoi un tel sacrifice ?

Les salariés d'Eurosérum

communiqué

L'entreprise prévoit en parallèle des investissements de 600 millions d'euros sur 5 ans "pour sécuriser l'avenir de la coopérative".

Un argument que ne peuvent entendre les salariés. "Quel prix pour démanteler le deuxième plus gros site Eurosérum traitant plus d'un million de litres de matière première par jour ? Un site comprenant des installations non délocalisables, avec notamment une tour de séchage des plus récentes du groupe Sodiaal. Pourquoi un tel sacrifice ?", interroge le communiqué.

Régilait n'est pas concerné

Situé dans la même enceinte, le groupe Régilait n'est pas concerné par la fermeture. Sodiaal projette d'ailleurs de lui céder les activités de production de lait sucré. 

Saint-Martin-Belle-Roche est l'un des deux sites concernés par la fermeture, avec la laiterie de Campbon (Loire-Atlantique), sur les 70 que compte l'entreprise.

Sodiaal prévoit aussi d'arrêter les activités de séchage du site de Malestroit (Morbihan), l'une des deux tours de séchage de Bénestroff (Moselle), ainsi que les activités à destination du marché infantile de Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine). Au total, cela entraînerait la suppression de 316 postes de CDI.

Dans son communiqué, le groupe laitier s'engage à proposer "à chacun des collaborateurs concernés au moins un emploi en interne dans le groupe, et le cas échéant de les accompagner dans une recherche extérieure".

Les salariés assurent de leur côté que "tout sera fait" pour maintenir l'activité du site.