"La situation ne sera plus jamais 'normale" : le recteur d'Académie fait le point sur l'avant et l'après Covid-19

À la veille des vacances d'été, la totalité des établissements scolaires a rouvert ses portes dans l'Académie de Besançon, avec des taux de présence plus ou moins élevés selon les niveaux. Mais la pandémie de coronavirus a durablement modifié les façons d'être, d'enseigner et de contrôler.

Le recteur d'Académie, Jean-François Chanet, a donné la parole aux représentants du Conseil académique de vie lycéenne.
Le recteur d'Académie, Jean-François Chanet, a donné la parole aux représentants du Conseil académique de vie lycéenne. © Florence Cicolella/France 3
"Même si on espère tous un retour à la normale, cela n'arrivera pas", déclare gravement Jean-François Chanet, le recteur d'Académie de Besançon. "On a parlé de guerre, et en effet, comme dans une situation de guerre, on peut dire qu'il y a un avant et un après". Nous procédons étape par étape, mais c'est un processus sans retour..." S'il ne paraît pas envisageable, même en cas de seconde vague de l'épidémie de Covid-19, de reconfiner tous les élèves du premier et second degrés, des fermetures ponctuelles interviendront en cas de découverte ou suspicion de cas. Comme dans l'école maternelle de Baverans, dans le Jura, le 11 juin. 

Pas de génération sacrifiée


"Gardons nous néanmoins de la nostalgie de "l'école d'autrefois", que les Français aiment tant à glorifier, prévient Jean-François Chanet. Ces obesssions passéistes sont mauvaises conseillères. Cela ne contribue qu'à fragiliser notre jeunesse en véhiculant l'idée qu'elle n'a pas d'avenir, pas le niveau, qu'elle a perdu son temps pendant ces trois mois de confinement. Bien sûr il y a des manques dans les programmes, des retards pris dans certaines matières, mais les élèves ont aussi durant cette période développé d'autres compétences, mobilisé d'autres ressources et beaucoup appris de la vie."

Pas question non plus pour le recteur de dénigrer le brevet ou le baccalauréat obtenu par les élèves uniquement au contrôle continu faute de pouvoir organiser la tenue d'examens. "Les jurys ont pesé chaque dossier. Ils se sont basés sur les résultats du premier trimestre et les années précédentes, ajoute Jean-François Chanet. Et au moins, aucun lauréat ne s'est reposé sur le bachotage de dernière minute." 

Lutte contre le décrochage


Ce qui préoccupe le recteur ce jour, c'est bien le décrochage de certains élèves. La fameuse continuité pédagogique s'est faite, on le sait, de manière inégale selon les territoires, l'outillage et le milieu socio-culturel des jeunes. Certains ont complètement perdu le contact avec leurs professeurs et camarades pendant le confinement. "Nous étions parvenus avant le confinement à faire passer le nombre de décrocheurs en France sous la barre des 100 000, explique le recteur. Mais hélas, nous risquons de repartir en arrière. Je tiens vraiment à ce que l'accent soit mis, à la rentrée, plus que jamais sur la personnalisation des enseignements. Il ne doit pas y avoir de recrudescence d'élèves réorientés de la voie générale vers la filière professionnelle par l'échec. Nous devons travailler sur la remise en confiance des élèves des voies professionnelles, sur leurs possibilités d'apprentissage aussi". Aucune annonce de moyens humains ou financiers supplémentaires dans l'école n'a été cependant faite par le ministère de l'éducation nationale. 

L'expérience "Restez school"


En invitant à ses côtés des représentants du conseil académique de vie lycéenne, Jean-François Chanet a offert une bouffée de fraîcheur à sa conférence de presse. Notamment par le témoignage d'Alexia Marguier, en terminale 'gestion et adminitration' au lycée professionnel Montciel de Lons-le-Saunier. "J'ai longtemps détesté l'école, mes quatre années de collège, et même en seconde professionnelle, mais maintenant j'aime ça", raconte la jeune fille. Et j'ai rencontré tellement de gens pendant mes stages, que je peux me débrouiller dès que j'entreprends quelque chose dans la vie !" Comme ses camarades présents, la jurassienne a tenté d'aider au mieux les élèves en perte de vitesse pendant le confinement.
 

Nous avons essayé de tirer ceux qui s'éloignaient, vers le haut, de ne pas les perdre de vue. Mais paradoxalement, le confinement a été l'occasion pour certains, comme pour moi de rattraper le retard ou de prendre conscience de la valeur d'un cours en présentiel avec un vrai professeur devant soi. 

- Alexia Marguier, en terminale 'gestion et adminitration' au lycée professionnel Montciel de Lons-le-Saunier

 

Les représentants du conseil de vie lycéenne ont créé un outil propre à la Franche-Comté "Restez school", un espace d'entraide élaboré avec les services numériques de l'Académie, pour partager cours, conseils et discussions "Car il est plus facile d'avouer à un camarade qu'on n'a pas compris ou perdu le fil qu'à un adulte", explique Alexia Marguier. Un outil qui pourrait être intégré à terme dans l'espace numérique de chaque établissement.

Vacances apprenantes renforcées en août

Chaque année, grâce aux professeurs volontaires des établissements scolaires ouvrent leurs classes en été pour réviser ou préparer la rentrée. Impossible à mettre en place dès juillet, le dispositif de ces "vacances apprenantes" devrait s'étoffer dans la deuxième quinzaine d'août, sans que le rectorat soit en mesure pour l'heure d'en préciser l'étendue ni l'affluence. 

 
La cellule Coronagir
Autre outil propre à l'Académie de Besançon, la cellule Coronagir permet de réagir rapidement et de relier, en cas de suspicion de coronavirus, chez un adulte ou un enfant, les écoles, l'agence régionale de santé (ARS) et la préfecture qui décide de la fermeture ou non de l'établissement scolaire. 

Depuis sa mise en place, en mai, 646 situations ont été examinées. 9 personnes ont été testées positives à la Covid-19, parmi lesquelles 3 enfanst et 6 adultes. 72 cas contacts ont été mis en quatorzaine. 
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