TÉMOIGNAGES. "Indemnité inflation" de 100 euros : incompréhension, colère et désarroi... les Francs-Comtois loin d'être convaincus par la mesure annoncée par Jean Castex

Le premier ministre Jean Castex a annoncé jeudi soir une "indemnité inflation" d'un montant de 100 euros, versée à tous les Français qui touchent moins de 2000 euros/net par mois. Qu'en pensent les Francs-Comtois ? Réactions.

L'ensemble des salariés, retraités, artisans, indépendants, exploitants agricoles, apprentis et demandeurs d'emploi français, gagnant moins de 2000 euros net vous pouvoir toucher la prime de 100 euros. Cette mesure est censée leur donner un coup de pouce pour pallier l'augmentation du prix de l'énergie et notamment du prix du carburant qui atteint des sommets depuis plusieurs semaines. La prime, défiscalisée, a précisé Matignon, sera versée en une seule fois automatiquement, dès fin décembre par les employeurs aux salariés, et entre janvier et février pour les autres catégories, comme les retraités ou indépendants, a précisé le Premier ministre. 38 millions de Français sont concernés et vivent donc avec moins de 2000 euros net par mois.

Comme nous vous en parlions dans cet article, certains Francs-Comtois travaillant loin de leur lieu d'habitation réduisent leurs sorties, quand d'autres envisagent même de démissionner tant leurs dépenses en essence sont devenues exorbitantes. Nous sommes revenus vers certains d'eux pour savoir ce qu'ils pensaient de l'annonce gouvernementale. Titouan, étudiant en Licence Ressources Humaines à Strasbourg et employé en alternance au Centre Hospitalier de Baume-Les-Dames avait témoigné dans notre article quelques jours plus tôt. Il juge cette mesure insuffisante, notamment parce qu'elle ne comblera les besoins que sur un mois. "C'est super, cela fera deux pleins d'essence pour le mois de décembre, mais qu'adviendra t'il pour les mois suivants si le carburant reste à ce prix ? Et face à l'augmentation de tout le reste... Au risque de ne paraître jamais content, ce geste du gouvernement reste insuffisant sur le long terme. Un seul mois avec une aide sur toute une année où les charges augmentent de manière fulgurante, cela fait un peu dérisoire" témoigne-t-il à nouveau pour France 3 Franche-Comté.

"Effectivement, c’est un plus de mon côté. Je préférerais bien entendu que les prix baissent directement mais à priori on ne va jamais dans ce sens là" dit de son côté Camille, résidente à Tavaux dans le Jura et en emploi à Lons-le-Saunier. Muriel, quant à elle, pense que cette prime ne va pas améliorer son pouvoir d'achat mais que "c'est toujours mieux que rien".

"Du foutage de g****"

Vincent, un autre internaute, ne mâche pas ses mots. Il parle de "foutage de g****" concernant la prime Castex. Pour illustrer son propos, il prend le cas d'une personne qui fait 30 à 40 km pour aller travailler chaque jour. Soit 300 km par moi et donc 2,5 pleins par mois. "Bref les 100€ ça sera pour 1,5 plein. Franchement c’est du foutage de gueule. On ajoute une possible augmentation de la TVA pour financer cette mesure, bref on va les rembourser 2 fois les 100€. Le fameux en même temps de Manu a encore frappé. Le robin des bois des riches nous donne de la main droite pour nous en reprendre encore plus de la gauche" nous écrit-il, via les réseaux sociaux.

Le terme "Foutage de g****" revient également dans les propos de Redouane mais aussi de Luc, un habitant du Doubs. "D'où viennent ces 100€ ? Des impôts des mêmes personnes qui en bénéficieront, car avec des revenus à 2000€, ils s'agit bien de personnes imposables. Bref prendre d'un coté pour redonner de l'autre et faire les "bienveillants", c'est du foutage de gueule permanent' explique-t-il. Selon lui cette mesure est paradoxale et s'apparente à "des miettes". "Pour ce gouvernement, les aides (sociales ou non) coutent un pognon de dingue mais c'est ceux là même qui les critiquent qui en mettent de nouvelles en place plutôt que réglementer (augmenter légalement) les salaires" développe Luc, pointant du doigt la rhétorique utilisée par le gouvernement pour ce genre d'annonces.

Cette même rhétorique utilisée par Jean Castex au cours de ses différentes annonces gouvernementales a d'ailleurs été décortiquée par Clément Viktorovicth, docteur en science politique, il y a quelques jours sur France Info.

Plusieurs internautes qualifient aussi la mesure de "poudre de perlimpinpin".

"Baisser les taxes serait plus judicieux"

Autre témoignage, celui de James, agent d'entretien à Belfort et résidant à Châtenois-les-Forges. Cette mesure est une bonne aide mais le gouvernement l'envisage dans un but précis selon lui : "Je pense que c’est plus pour que les Français et gilets jaunes ne manifestent pas. En gros, on fermera notre bouche suite à son annonce tout simplement."

Nombreuses sont les personnes à réclamer une baisse des taxes, plutôt qu'une prime, comme Virginie, William, Stéphane, Céline ou encore Marie-Hélène. Cette dernière écrit : "Pas du tout équitable car même ceux qui n’ont pas de véhicule y ont droit… et ceux qui travaillent sur place ou à quelques kilomètres touchent la même somme que ceux qui font de nombreux kilomètres ! Ces 100€ ne vont pas changer efficacement le pouvoir d’achat de ceux qui peinent à boucler leur fin de mois. Baisser réellement les taxes sur le carburant serait plus judicieux."

Même remarque pour Zouber qui juge également cette mesure inéquitable : "En gros, Si tu gagnes 2001€ net par mois, tu ne touches pas cette aide même si tu fais 200km pour aller bosser mais si tu gagnes 1999€ net et que tu habites à côté de ton lieu de travail, tu as quand même les 100 €."

Selon un calcul de nos confrères de L'Indépendant, depuis le début de l'année, la hausse moyenne du prix du carburant est nettement supérieure aux 100 euros de la prime allouée "puisque, depuis le 1er janvier, le SP-95 a déjà coûté 232 euros de plus aux Français alors que le diesel leur est revenu 199 euros plus cher". Quels que soient les avis, toutes et tous espèrent que le prix du carburant, qui représente l'un des postes budgétaires les plus importants pour certains foyers, baisse dans les semaines à venir. 

► À lire aussi : Baril de pétrole, transport, taxes… De quoi se compose le prix d'un plein de carburant ?

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