À Belfort, 128 ans de Jeux Olympiques résumés en affiches à la bibliothèque universitaire

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L’exposition regroupe 52 affiches de Jeux Olympiques, depuis leur création, ainsi que des objets dérivés. Une manière de comprendre la place de ces compétitions dans l’histoire.

A Belfort, derrière les vitres de la bibliothèque universitaire, de drôles de guirlandes vêtissent les rampes de l’escalier. Certaines portent des anneaux, d’autres, des couleurs bien connues : jaune, verte, bleu, rouge et noir. Cinquante-deux affiches de Jeux Olympiques ont ainsi été placardées au centre de ce lieu d’études. Cinquante-deux affiches pour autant de compétitions internationales, été comme hiver. Une collection prêtée par Eric Monnin, vice-président de l’Université de Franche-Comté, chargé de l’Olympisme.

L’historien et sociologue du Centre d’études et de recherches olympiques universitaires a accumulé ces dizaines d’affiches, d’abord, dans un but de recherche. « Je suis allé les chercher au Musée Olympique de Lausanne pour les montrer, travailler sur l’affiche », décrit le professeur. Car à travers ces posters officiels, se cachent aussi des enjeux géopolitiques d’alors.

Un symbole patriotique

« Les Jeux n’ont été annulés que trois fois : en 1916, en 1940 et en 1944 », commence Eric Monnin. L’exposition à Belfort montre alors les affiches de 1896 à nos jours... ou presque ! « Il manque celles de Tokyo 2020 et Beijing 2022, qui n'ont pas encore été éditées », reprend-t-il. Des représentations qui ont pu se moduler au fil du temps, en fonction des relations entre les pays. C’est bien ce qui intéresse l’universitaire, au-delà de l’aspect sportif : « cette image des Jeux Olympiques, je m’en sers d’abord comme un biais d’analyse ».

Chaque détail compte : les couleurs, les représentations du sport, les postures des personnages. Le professeur reprend : « Lors des Jeux Olympiques, l’affiche, c’est avant tout un symbole patriotique. » Avec ces 52 Jeux Olympiques, Eric Monnin entrevoit déjà leur évolution historique : « il y a ce chamboulement total, celui des JO d’avoir quitté l’Europe et l’Amérique du Nord, pour aller en Asie, en Océanie et Amérique du Sud. »

Paris 1924

Au gré de la déambulation, on peut ainsi remarquer trois affiches, particulières, au regard de l’histoire. Celle de 1924, d’abord. Les Jeux Olympiques ont lieu à Paris. « C’est l’exemple même de l’utilisation d’une représentation à des fins de propagande », explique Eric Monnin. Sur ce dessin, trois hommes torse nu sont mis en avant, regardant vers l’Ouest, et saluant, peut-être, une foule. Au second plan, on devine d’autres hommes, effectuant le même geste. « Il s’agit d’un ordre militaire, interprète l’historien. En fond, il y a les couleurs du drapeau français : le bleu, le blanc et le rouge. »

Ces jeux interviennent dans un contexte de tensions avec l’Allemagne. Eric Monnin détaille : « Six ans après la fin de la Première guerre mondiale, l’Allemagne était interdite de Jeux. Il y a clairement une volonté patriotique derrière cette image. » S’ajoute aussi une représentation viriliste des personnages – exclusivement masculins –, comme le remarque l'historien et sociologue : « montrer la musculature de ces hommes, c’est aussi montrer leur force. » La toge rappelle quant à elle les racines antiques des Jeux Olympiques.

Les Jeux Olympiques sous l’Allemagne nazie

Après avoir été exclue des Jeux Olympiques en 1920 et en 1924, l’Allemagne réintègre la compétition à partir de 1928. Huit ans plus tard, la 11e Olympiade se déroule à Berlin, sous le régime nazi, dans une atmosphère xénophobe et antisémite. La performance de Jesse Owens, athlète afro-américain est d’autant plus remarquable dans ce contexte : il remporte quatre médailles d’or en sprint et saut en longueur.

L’affiche pourrait être le symbole de cette ère sombre. La porte de Brandebourg de Berlin et son char se distinguent, dans des couleurs ternes. Comme des ombres. Peut-être pour mettre en valeur sur un fond doré, un athlète auréolé de laurier. Eric Monnin l’interprète ainsi : « Pour l’Allemagne nazie, l’objectif est très clair : il s’agit de transmettre cette idéologie du culte de l’antiquité grecque. » Les JO d’hiver de Garmisch-Partenkirchen arborent quant à eux les couleurs de l’Allemagne nazie.

Sydney ou la réconciliation

En 2000, l’Australie organise les Jeux Olympiques. Sydney, la plus grande ville du pays, accueille les athlètes. L’affiche, sobre au premier abord, dessine un personnage avec un boomerang, en jaune et en rouge. Au fond, il y a son ombre, et l’on peut aussi distinguer l’Opéra de Sydney, monument incontournable. « Derrière les couleurs et le boomerang, il y a en fait la représentation du peuple aborigène », remarque l’historien. Le jaune, le rouge et le noir sont en effet les couleurs du drapeau aborigène. Les Jeux Olympiques se sont déroulés dans un contexte de « réconciliation entre les Blancs et les aborigènes. »

Pour admirer les 52 affiches, il faut se rendre à la bibliothèque universitaire de Belfort avant le 26 mars…ou bien dans la capitale. « Il s’agit en fait d’une double collection, confie Eric Monnin. Une partie est exposée à la mairie de Paris, rue de Rivoli, pour Paris 2024, avec uniquement les Jeux d’été. Mais à Belfort, l’exposition est exhaustive ! »

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