Thiéfaine, la scène dans la peau depuis plus de 40 ans

L'infatigable Hubert-Félix Thiéfaine, malgré plus de 40 ans de scène au compteur, apprécie toujours autant le "sas" qu'il faut traverser pour monter sur scène, ce moment où il "passe de l'introversion à quelqu'un d'extraverti, de l'immobilisme au mouvement". 

"Mais je sais aussi redescendre de scène", précise à l'AFP le poète-rock jurassien.  Reparti sur les routes depuis quelques jours, celui qu'on résume parfois à ses initiales, "HFT", était de passage lundi soir au printemps de Bourges où le public a continué de fredonner "La fille du coupeur de joints" bien après que le chanteur ait regagné sa loge.
"Quand je redescends, je redeviens celui qui va vivre au quotidien. Certains artistes ne savent pas redescendre de scène, c'est assez pénible...", poursuit Thiéfaine, 66 ans, tignasse ébouriffée, qui chausse de petites lunettes teintées quand il n'est plus sous les lumières.

L'homme est un cas un peu à part. Il s'est construit patiemment un public de fidèles qui viennent et reviennent le voir en concert depuis des décennies. "Au départ, il y avait 30 personnes dans une petite salle. Je savais que si je faisais bien mon job, je pouvais revenir l'année suivante, il y en aurait 60, et puis 200, puis 400...", dit celui qui a depuis rempli des salles comme Bercy.
L'histoire débute en 1973, à Reims. Pour ce premier spectacle, Thiéfaine est seul sur scène avec sa guitare et manie volontiers l'humour. "Je cassais pas mal de cordes à l'époque, pendant je les réparais, je faisais du sketch pour que ce ne soit pas que du silence..."
Il y a eu les "moments durs". "Les gens se demandaient qui était ce type moustachu qui disait des choses bizarres dans ses chansons... Je me faisais jeter parfois", se souvient-il.

- Avec son fils sur scène -

"J'ai même fini aux urgences. J'avais reçu une canette, les pompiers m'ont récupéré et m'ont envoyé à l'hôpital. Mais j'ai quand même terminé mon show avant ! C'est une belle école. C'est sûr que quand maintenant on arrive et que le public vous applaudit avant même que vous montiez sur scène, c'est autre chose", observe-t-il de sa voix traînante.
D'autres choses ont évidemment changé. Le chanteur s'est converti au prompteur sur scène pour pallier les éventuels trous de mémoire. Les fans de la première heure sont toujours là mais désormais parfois accompagnés de leurs enfants, voire leurs petits-enfants.
Et Thiéfaine lui-même se produit maintenant avec son fils, Lucas, 21 ans, qui a coréalisé son dernier album et l'accompagne à la guitare. "On est encore timides tous les deux, ce n'est que le septième show. On en profitera plus dans quelques concerts quand aura déblayé les aspects techniques", sourit le papa, pudique. Même en rodage, ce nouveau concert n'a visiblement pas déçu les fans, qui ont réservé des ovations particulièrement fournies aux "vieilleries" de leur idole, comme la ballade "Je t'en remets au vent", jouée comme au bon vieux temps par un Thiéfaine seul avec sa guitare.
Pour terminer, c'est comme souvent "La fille du coupeur de joints", le tube qui colle à la peau du chanteur de Dole.
"Dans les années 1990, j'en ai eu un peu marre (de cette chanson), je l'ai enlevée,
mais ce n'était pas possible... Et puis je l'aime bien finalement, c'est quand même un tube très souterrain, qui ne s'est pas fait par les radios, j'en suis fier",

confesse Thiéfaine, qui a dû patienter jusqu'en 2012 pour remporter les deux premières Victoires de la musique de sa carrière.
Quarante dates sont pour le moment programmées d'ici la fin de l'année mais cet habitué des tournées marathon, qui a désormais arrêté "les abus", devrait en rajouter d'autres.