Yonne : jugé trop bas, le nouveau pont ne devrait pas être rehaussé

Les bateliers manifestaient à nouveau ce samedi 3 avril contre le nouveau pont de Pont-sur-Yonne qu'ils jugent trop bas. Voies Navigables de France (VNF) propose de financer le rehaussement, estimé à un million d'euros. Le Département, responsable des travaux, ne souhaite pas donner suite.

Les bateliers jugent que le nouveau pont installé à Pont-sur-Yonne est trop bas.
Les bateliers jugent que le nouveau pont installé à Pont-sur-Yonne est trop bas. © Alain Bridiers et Pascal Malbrunot

La colère des bateliers est intacte. Pour eux, le nouveau pont installé à Pont-sur-Yonne est trop bas. Ce message, ils le martèlent depuis des mois. Ce samedi 3 avril, ils manifestaient de nouveau sur le pont et sur leurs bateaux avec banderoles et cornes de brume pour interpeller les habitants et les pouvoirs publics.

Le nouvel ouvrage a un immense défaut selon eux. Il est plus bas que le précédent de 38 centimètres. La différence peut sembler minime, mais à cet endroit, elle est capitale. "Ce pont est dans une légère courbe avec un cintre arrondi. Il faut vraiment viser juste pour passer au milieu", nous expliquait en novembre dernier le batelier Pascal Malbrunot.

Son bateau dispose d'une structure rétractable qui lui permet de continuer à franchir le pont. "L'ancien était déjà réputé bas, il fallait déjà que l'on baisse la superstructure. Mais là, cela crée une vraie entrave à la navigation !"

Le batelier ne compte pas s'arrêter après l'action de ce samedi. "On va être obligés de continuer à manifester. Ce que j'ai fait aujourd'hui, c'était une petite mise en bouche", affirme-t-il ce samedi 3 avril. 

Une action en justice est envisagée du côté des bateliers. "On y réfléchit avec notre organisation professionnelle, Entreprises Fluviales de France, dont je suis adhérent et membre actif, précise Pascal Malbrunot. Cela permettrait de bloquer les travaux du pont, mais vis-à-vis des riverains, c'est très embêtant". Pendant les travaux, la circulation automobile se fait en alternance sur le pont.

VNF propose de financer le rehaussement du pont

Pourtant, une solution pourrait être mise en place. "Techniquement, c'est faisable de rehausser le pont de plus de 50 cm, dans le cadre du chantier actuel, sans reprise lourde de la structure. En maintenant la circulation routière alternée et avec des délais d'intervention assez resserrés", nous indique ce samedi 3 avril Virginie Pucelle, la directrice territoriale adjointe de Voies Navigables de France (VNF) Centre Bourgogne.

Le pont se retrouverait alors 12 centimètres plus haut que l'ancien ouvrage. Des expertises menées par le Conseil départemental à la demande de VNF ont chiffré à un million d'euros le rehaussement du pont.

"On leur a proposé à titre exceptionnel de prendre le financement de cette rehausse, en leur proposant une subvention à hauteur d'un million d'euros TTC qui correspond au surcoût lié à la rehausse du tablier, ajoute la représentante de VNF. Nous ne sommes pas maîtres d'ouvrage, donc nous ne pouvons pas payer directement."

Nous avions embarqué en décembre dernier avec Pascal Malbrunot :

Polémique : un pont trop bas ?

Alors que VNF n'intervenait pas financièrement jusqu'ici dans le chantier du pont, l'établissement public est donc disposé à mettre la main à la poche. Il faut dire qu'il a investi avec plusieurs partenaires 11 millions d'euros depuis 2010 dans le port de Gron, près de Sens. Un port dont l'unique accès passe par Pont-sur-Yonne. "On a déjà un million de tonnes de marchandises qui sont transportées chaque année sur la rivière", poursuit Virginie Pucelle. 

On croit vraiment au développement du fluvial sur l'Yonne, c'est un secteur à fort enjeu. On ne voudrait pas qu'il reste ce caillou dans la chaussure.

Virginie Pucelle, VNF

Pascal Malbrunot voudrait même que le pont soit rehaussé d'un mètre, pour pouvoir travailler plus sereinement.  "Quand on fait un ouvrage neuf, il est pertinent de le faire avec un tirant d'air suffisant pour qu'on puisse passer en toutes circonstances et envisager l'avenir, indique-t-il. Les autres ponts neufs qui ont été faits sur cet itinéraire (Creil, Gron, Etigny) sont à 6 m. Donc la logique voudrait que ce pont soit lui aussi à 6 m. 50 centimètres, c'est bien, mais c'est encore la moitié de ce qu'il faudrait."

Sur l'itinéraire, d'autres ponts sont plus bas que celui de Pont-sur-Yonne, "mais ils sont en dérivation canalisée. C'est plus simple de naviguer en canal qu'en rivière", indique Virginie Pucelle.

Le Département "pas en mesure" de réaliser l'aménagement

Nous ne sommes pas parvenus à joindre un représentant du Conseil départemental de l'Yonne en ce week-end de Pâques. Dans l'Yonne Républicaine, ce samedi 3 avril, le cabinet du président du Département défend un ouvrage tout à fait conforme aux normes. "La reconstruction débutée fin 2019 respecte parfaitement le gabarit de navigation fixé par les autorités compétentes pour cette voie d'eau. L'ouvrage sera ainsi 40 cm au-delà de ce gabarit une fois l'opération achevée", peut-on lire.

Le gabarit est fixé à 4,7 m. Le nouveau pont, tel qu'il a été conçu, se trouvera à 5,1 m. Le pont comporte deux tabliers différents. Pour l'instant, seul le premier a été installé à sa hauteur définitive. Le second doit suivre prochainement. Si le chantier se poursuit comme prévu, le pont doit être livré fin juin 2021 pour un coût de plus de 7 millions d'euros.

VNF précise dans un communiqué que le Conseil départemental "a indiqué qu’il n’était pas en mesure de réaliser cet aménagement" de rehaussement du pont. L'établissement public ajoute vouloir "faire évoluer la règlementation et éviter qu’un nouveau problème de même nature se repose. Il s’agira de travailler à un cadre juridique qui officialiserait et érigerait en règle la pratique de ne pas diminuer la hauteur d’un pont pour préserver les conditions de navigation."

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