Elections : "S'il faut réquisitionner, on le fera", le casse-tête des maires pour organiser un double scrutin

Les élections régionales mais aussi départementales se tiendront les 20 et 27 juin. Encore faut-il trouver des assesseurs pour tenir les bureaux de vote. Deux fois plus qu'habituellement. Dans l'Yonne et la Nièvre, les protocoles sanitaires viennent compliquer l'organisation de ce double scrutin.

Un point d'eau ou du gel hydroalcoolique devrait être présent dans chaque bureau de vote afin de se laver les mains.
Un point d'eau ou du gel hydroalcoolique devrait être présent dans chaque bureau de vote afin de se laver les mains. © Bruno Levesque/MaxPPP

Certaines communes voient avec une certaine angoisse s'approcher les échéances des 20 et 27 juin, dates des élections départementales et régionales. C'est le cas de Mahfoud Aomar, maire de Valravillon, une commune nouvelle située dans l'Yonne. Depuis quelques jours, il multiplie les coups de téléphone aux élus et aux habitants de sa commune de 2 000 habitants pour tenter de trouver des volontaires pour tenir les bureaux de vote. 

Son objectif : trouver les 15 bénévoles nécessaires au bon déroulé du scrutin. Il a lancé un appel au volontariat pour recruter des assesseurs. "La difficulté, c'est de trouver un nombre de personnes suffisant pour tenir le bureau de vote du matin jusqu'au soir" explique le maire. "Dans ma commune, on est 23 conseillers. Il y a quatre bureaux de vote. Il faut qu’on trouve une douzaine, une quinzaine de personnes pour pouvoir travailler dans des conditions correctes. C’est presque autant que le conseil municipal." En cas de pénurie, l'élu n'exclut pas de faire appel à des employés municipaux. 

Les élections régionales et départementales seront finalement organisées, sauf rebond intempestif de la pandémie, les 20 et 27 juin. Ce scrutin est assez exceptionnel car il est dédoublé. Les électeurs voteront deux fois : pour leurs conseillers départementaux puis pour les élections régionales. 

 

La circulaire du casse-tête

En raison de la crise sanitaire, ce mercredi 28 avril, le Premier ministre, Jean Castex, a adressé aux maires une circulaire ministérielle. Un document que nous avons pu consulter. Il recommande aux élus de rechercher en priorité comme bénévoles des personnes âgées de 50 ans et plus, vaccinées d'au moins une dose. Le Premier ministre demande également aux édiles d'identifier les membres des bureaux pas encore vaccinés hors de cette catégorie d'âge, pour leur remettre sans délai une attestation de priorité d'accès à la vaccination. "La personne détentrice de cette attestation doit être vaccinée en priorité avant le 8 juin 2021" est-il indiqué dans la circulaire. 

Autre difficulté, l'organisation des bureaux de vote. Avec deux scrutin qui se déroulent en même temps, les opérations électorales doivent être physiquement dédoublées. Des aménagements peuvent cependant être envisagés. Le double dépouillement devrait être réalisé dans deux salles distinctes, voire en extérieur.

"La complexité, c'est d’avoir deux bureaux de vote," souligne Dominique Chappuit, maire de Rosoy, une commune de 1000 habitants situé au sud de Sens (Yonne). "C’est plus pour la jauge de personnes à respecter sur place." Elle reconnait que la préparation des élections est plus facile dans les petites communes. . "Globalement dans les petites communes, on a moins de problèmes pour trouver des assesseurs car les gens se connaissent. Vous appelez un tel ou un tel qui peut vous rendre service. En ville, ce n’est pas la même chose."

La difficulté, c'est que chaque assesseur doit être vacciné ou faire un test."

Marie-Josée Vaillant, maire de Chablis

A Chablis, commune de 2 200 habitants, Marie-Josée Vaillant est préoccupée. Pour les deux scrutins prévus en juin, elle doit trouver 80 assesseurs pour tenir les cinq bureaux de vote de la commune. "C'est énorme. La difficulté, c'est que chaque assesseur doit être vacciné ou faire un test. Sauf qu'à Chablis les volontaires ne sont pas tous dans la tranche d’âge qui peut être vaccinée."

 

Les assesseurs volontaires prioritaires à la vaccination 

Pour Mahfoud Aomar, c'est donc une bonne chose de vacciner prioritairement les bénévoles. Mais selon lui, le problème concerne les délais d'attente entre les deux doses de vaccins pour que les assesseurs volontaires soient vaccinés en temps et en heure. "Je ne sais pas si on arrivera à faire vacciner tout le monde. Et le problème, c'est qu'il y a peut être des personnes qui ne vont pas accepter d’être vaccinées. Cela va être un casse-tête mais c'est le prix de la démocratie."

Les maires vont devoir lister les personnes prioritaires dès que possible et le faire parvenir au plus tard au préfet le vendredi 21 mai à 12h. Les préfets pourront ainsi déterminer des créneaux prioritaires dans certains centres de vaccination. 

Cela va être un casse-tête mais c'est le prix de la démocratie."

Mahfoud Aomar, président des maires de l'Yonne

 

Pour Marie-Josée Vaillant, la préfecture de l'Yonne doit faciliter l'accès à la vaccination pour les assesseurs volontaires. "Ce qui serait bien, c'est que les centres éphémères de vaccination puissent servir aux assesseurs" propose la maire de Chablis. "Il faudrait faciliter la vaccination pour arriver à trouver des gens."

Pour les volontaires qui n'auront pas pu être vaccinés, ils devront réaliser un test PCR, antigénique ou un autotest dans les 48 heures précédant le scrutin. "En faisant les tests, c'est important que des jeunes puissent tenir des bureaux de vote car il va falloir être réactif" explique Dominique Chappuit. 

Si le compte n'y est pas dans les bureaux de vote, Dominique Chappuit et Marie-Josée Vaillant ne ferment pas la porte à la réquisition. "S’il faut réquisitionner, on le fera. On n'aura pas trop le choix" estime la maire de Chablis. "Dans le pire des cas, on s’en remettra à la préfecture qui peut nous trouver des assesseurs."

"Le bureau de vote sera beaucoup plus sécurisé et aseptisé que d’autres endroits."

Marie-Josée Vaillant, maire de Chablis

Des électeurs perdus ? 

Autre inquiétude pour les maires, que les électeurs ne s'y retrouvent pas entre les mesures sanitaires complexe et un double scrutin. Comme le demande la circulaire ministérielle, "les bureaux de vote et les opérations électorales doivent être physiquement dédoublées." 

Autrement dit : un bureau spécifique et autonome pour les départementales et un bureau spécifique et autonome pour les régionales. "Ma crainte, c'est que certains électeurs perdent le chemin du deuxième bureau" souligne Gilles Noël, maire de Varzy et président des maires ruraux de la Nièvre. 

Les deux bureaux peuvent être dans une même salle, si cette salle est assez grande. Sinon, il faut trouver un autre lieu, si possible à proximité, pour éviter qu’un électeur fasse dix minutes de marche à pied pour aller d’une urne à l’autre. Sauf que pour certaines communes, il y a un principe de réalité. "On a des réalités locales qui sont compliquées. Je pense à toutes ces communes qui vont devoir respecter 9m2 par personne s’ils font un bureau autonome. Ils vont devoir faire respecter ces règles sanitaires sans pouvoir pousser les murs", s'inquiète Gilles Noël.

Pour le matériel, après l'organisation chaotique des dernières municipales, les maires des petites communes sont plutôt sereins. L'État s'est engagé à fournir tous les équipements nécessaires que ce soit les visières, le gel, les masques ou encore des autotests aux communes. "Même sans ça, on serait capable de gérer mais c’est bien que l’Etat nous aide" admet Marie-Josée Vaillant. "On sait faire maintenant. Le bureau de vote sera beaucoup plus sécurisé et aseptisé que d’autres endroits."

Les horaires des bureaux de vote pourront également être étendus de 8 à 20 heures pour limiter les croisements de personnes.

Le principal enjeu pour Mafhoud Aomar, concerne la sécurité des personnes, et notamment des personnes âgées. "Il faut que les citoyens qui viennent voter se sentent en sécurité" souligne le maire de Valvarillon. "Toutes les communes sont équipées. Après, il faudra faire attention à ce que chacun aille voter avec son stylo."

"Ce qui va être difficile, c'est d'essayer de limiter la convivialité entre les personnes qui viennent voter, qu'elles restent vigilantes sur les gestes barrières", ajoute Dominique Chappuit. 

Le vote par procuration encouragé

Dans la circulaire transmise aux mairies, il est indiqué que le vote par procuration sera facilité. Le Conseil scientifique rappelle que le vote par procuration doit être encouragé afin de minimiser tout risque de contamination. 

"C’est bien de favoriser ce type de vote pour que les gens puissent remplir leur devoir de citoyen plutôt que de se désintéresser" souligne Marie-José Vaillant "Pour moi, on aurait peut-être pu anticiper et favoriser le vote par dématérisalisation aussi. Cela aurait pu éviter qu’il y ait autant de monde à mobiliser pour les élections."

Pour les élections départementales et régionales, chaque mandataire pourra disposer de deux procurations conformément à ce que prévoit la loi du 22 février 2021. 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
élections départementales 2021 politique élections élections régionales 2021 covid-19 santé société ruralité